En effet, la SAFER en Creuse refuserait l’agrandissement d’une exploitation BIO au profit de l’agriculture productiviste. Alors qu’un rapport de la FAO (organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) démontre qu’il est possible de nourrir la planète en BIO, un nouveau coup est porté au développement de l’agriculture Biologique. Or, c’est seulement en augmentant la surface en BIO que nous pourrons réussir le défi d’une agriculture Biologique accéssible à tous, et non réservée à une minorité.
Le récit des événements par GABLIM, le Groupement des Agriculteur Bio du Limousin
Stéphane, maraîcher bio à St Vaury (Creuse) sur 1.87 ha, dépose le mois dernier un dossier pour racheter 3 ha d’une exploitation de 50 ha voisine de la sienne, et en vente à la SAFER. A souligner qu’avec 1.87 ha, Stéphane n’est même pas considéré comme agriculteur, d’où pour lui le double intérêt de la démarche.*
*Face à lui, un GAEC conventionnel (élevage de porcs) de 180 ha qui veut s’agrandir, et qui demande l’intégralité.
*Verdict en comité technique SAFER le 25 juin dernier : le GAEC raflerait tout.
*Un nouveau revers, donc, pour les bio après la perte d’une ferme bio de 40 ha le mois dernier (démantelée en 4 pour des agrandissements conventionnels) et un nouveau décalage entre le discours « priorité aux installations et à la diversification » et la réalité du terrain « agrandissement, éventuellement déguisée en installation ».
*Après avoir alerté la presse dès le lendemain (19-20 de jeudi sur FR3 région), GABLIM a décidé de se mobiliser sur le terrain pour sensibiliser l’opinion et les pouvoirs publics sur ce problème, en manifestant pacifiquement mercredi 4 juillet sur le lieu du litige.
*Il reste une petite chance d’inverser la tendance et de faire jurisprudence puisque c’est en commission régionale SAFER le 11 juillet que sera définitivement validée la décision du comité technique.
*Nous invitons donc toutes les personnes physiques et morales souhaitant s’associer au mouvement à se retrouver le 4 juillet à 12h30 devant la mairie de St Vaury, pour un départ sur la parcelle à 12h45. Manifestation de 13h00 à 15h00, avec présence très probable de la presse (FR3 notamment). Nous comptons vivement sur vous tous.
Les Amis de la Terre Limousin s’engagent depuis le debut dans les questions agricoles. Aujourd’hui, nous appelons à la manifestation aux cotés de Gablim pour soutenir un refus du modèle agricole productiviste destructeur de notre environnement et de nos vies.
COMMUNIQUE DE PRESSE
Tout récemment, un maraîcher bio creusois a manifesté son intérêt pour le rachat de 3 ha d’une exploitation voisine dont la superficie totale était de 50 ha. Avec une surface d’à peine 1,87 ha, ce jeune agriculteur titulaire d’un BTS avait besoin pour pouvoir s’installer et obtenir la SMI (surface minimum d’installation) de quelques hectares supplémentaires. Il souhaitait accroître sa production en arboriculture en plein essor, grâce notamment au développement de la restauration collective bio locale. Une autre exploitation voisine, un GAEC de 4 associés disposant de 180 ha en élevage bovin et porcin conventionnel, et qui souhaitait s’agrandir, s’était également porté acquéreur de l’intégralité de l’exploitation à vendre.
Le 27 juin dernier, le comité technique de la SAFER rendait un avis favorable pour une cession intégrale au GAEC. Dans la lutte entre le pot de fer et le pot de terre, le miracle n’a pas eu lieu.
Pour dénoncer cet décision, ce sont donc près d’une centaine de personnes représentant différentes structures syndicales et associatives (GABLIM, Confédération Paysanne, Les Verts, Les Amis de la Terre, ATTAC, le MODEF, De Fil en Réseau, Pivoine, le Collectif des Consom’acteurs bio…) qui se sont mobilisées aujourd’hui en manifestant pacifiquement à Saint Vaury. L’objectif de ce rassemblement était d’alerter les partenaires institutionnels du monde agricole et les élus en charge de ces dossiers, sur le décalage considérable qui demeure entre le discours et la méthode lorsqu’il s’agit d’installer de nouveaux agriculteurs.
Le discours, ce sont les priorités nationales, régionales et départementales en matière d’installation, clairement affichées par le gouvernement. La méthode, c’est la réalité du terrain, c’est-à-dire une politique pro-agrandissement prônée quasi-systématiquement par les organisations syndicales majoritaires. Résultat : très peu d’installations et des exploitations en place qui ne cessent de s’agrandir. Plus d’une ferme sur deux faisait moins de 50 ha il y a 30 ans, contre moins de 15% aujourd’hui. Dans le même temps, les exploitations de plus de 150 ha représentent aujourd’hui 28% du parc agricole national, contre 9% en 1979.
Les bios sont plus particulièrement touchés par cette crise car très peu d’entre eux sont issus du milieu agricole traditionnel. Par conséquent, de nombreuses portes leur sont fermées alors qu’ils représentent un réel potentiel dans le renouvellement des exploitants agricoles. Il faut savoir que le nombre de paysans bios a augmenté de façon exponentielle en 15 ans, alors que depuis 1980, le nombre d’agriculteurs conventionnels a diminué de moitié. Une récente étude de l’INRA prédit même qu’à ce rythme, il y aura moins de 100 000 agriculteurs en France en 2020, alors qu’ils étaient près d’un million dans les années 1980.
Sans parler de cette agriculture plus sociale, plus humaine, plus respectueuse de son environnement et plus proche de son territoire, une agriculture à laquelle aspirent tous les candidats à l’installation en bio et à qui l’on répond, comme à ce jeune aujourd’hui, que l’on a préféré favorisé l’agrandissement d’un élevage de bovins et porcins qui faisait déjà près de 200 ha.
C’est pour toutes raisons qu’il nous paraît aujourd’hui urgent de reconsidérer et de réformer le système de gestion et d’attribution des fermes à vendre, en commençant par exemple par intégrer, dans les comités de la SAFER notamment, des experts de l’agriculture durable, des environnementalistes et des intervenants de la société civile. Car il s’agit là d’objectifs dépassant largement le cadre agricole de redistribution des terres, et qui mettent directement en jeu la vitalité de nos campagnes et de notre territoire.
Contact Presse :
Mikaël Guerreiro
Tél. : 05 55 06 46 18 ou 06 03 61 18 89





