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Le Grand Paris : plus qu’à côté de la plaque

Le débat public sur le Grand Paris, portant sur le réaménagement de la « région capitale » en termes de transports et d’activités, a abouti à un projet dangereux et déconnecté des attentes de la population.

Le débat public sur le Grand Paris, auquel les Amis de la Terre Ile-de-France ont participé, a montré le caractère totalement inadapté du réseau de transport en commun issu du projet d’aménagement initié par Nicolas Sarkozy fin 2007. Le schéma retenu relie des pôles excentrés censés être des moteurs de compétitivité internationale. Le tracé passe en grande partie par des villes peu denses, oubliant les communes de la petite couronne, où la population et l’activité sont concentrées et les besoins de transport très bien identifiés : le prétendu développement du plateau de Saclay repose ainsi sur un pôle éloigné de Paris situé dans une zone à très faible densité.

Projet dépassé

Le but n’est pas de répondre à une demande, mais bien d’aménager l’Ile-de-France selon la vision d’un démiurge rêvant de structurer les besoins de déplacement autours de 9 pôles économiques aux contours vagues. Le projet est dépassé d’avance : les transports franciliens sont déjà surchargés et la Cour des Comptes a révélé que les fréquentations augmentent de 2 % à 3 % par an, alors que le Grand Paris envisage de soulager ces liaisons de 10 % à 15 % en moyenne… à partir de 2023. Avec ce projet, les longs trajets deviendront la norme et des hectares d’espaces naturels et agricoles seront bétonnés pour être plantés de pavillons et autres centres commerciaux. La desserte des aéroports, symbole de l’hypermobilité déconnectée des réalités environnementales, impose un tracé coûteux et inadapté : la ligne reliant La Défense et l’aéroport d’Orly ne compte que 7 gares pour 44 km.
Selon Claude Bascompte, président des Amis de la Terre Paris, « ce projet d’aménagement devenu un projet de transport conçu pour le business international doit être redéfini pour satisfaire aux enjeux auxquels les Franciliens sont confrontés : mobilité régionale, mixité territoriale et préservation des terres agricoles ». Un projet conséquent aurait dû privilégier un aménagement équilibré alliant proximité, mixité sociale, report modal vers les transports publics, habitat, services et activités. Et surtout, chercher à rapprocher les lieux de travail et de vie, ce qui est totalement absent du projet. Au lieu de cela, le tracé ne propose qu’une ronde frénétique évitant largement les zones denses où vivent 8,5 millions de Franciliens.
En matière de financements, le Grand Paris mise sur une croissance économique de 4 % pendant vingt ans, chiffre pour le moins surréaliste… mais de toute façon, savoir si l’exacerbation d’une croissance aveugle et la poursuite d’un aménagement urbain ultra spécialisé aurait la moindre chance d’effacer des décennies de ségrégation sociale en banlieues parisiennes n’effleure même pas l’esprit des promoteurs du projet.

> PHILIPPE COLLET

Illustration : David Cochard

Rédigé le 16 août 2012