
C’était une des demandes prioritaires du rapport "Banques françaises, banques fossiles ?" (1) publié par les Amis de la Terre en mars 2007 pour le secteur bancaire : l’adoption d’une politique sectorielle sur le secteur de l’énergie s’appliquant aux financements effectués par les banques d’affaires françaises. Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre, explique : « Les émissions induites par les activités financées par les banques sont environ 1000 fois plus importantes que leurs émissions directes, issues de leur consommation d’électricité ou du transport de leurs employés. Par leurs financements et investissements, les banques françaises sont ainsi co-responsables de plus de trois fois les émissions totales de la France. C’est pourquoi nous accueillons aujourd’hui favorablement l’adoption d’une première politique dans le domaine par Dexia. Elle confirme l’orientation de cette banque qui consacre plus de 40% de ses financements énergétiques aux énergies renouvelables, alors que la moyenne des banques françaises est à 10% seulement ».
Cette politique permet ainsi certaines avancées significatives, comme l’adoption des recommandations de la Commission Mondiale des Barrages et l’exclusion des projets pratiquant le torchage du gaz. De même, l’adoption par Dexia d’un objectif quantitatif de réduction des émissions induites par ses financements dans la production d’électricité est très innovante. Toutefois, Dexia aurait pu aller plus loin et adopter un objectif de réduction plus large, comme le décrit Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes des Amis de la Terre : « L’objectif adopté par Dexia est un objectif d’intensité énergétique, ce qui signifie que les émissions totales du portefeuille en valeur absolue pourront continuer de croître. De même, cet objectif ne s’applique qu’aux financements de projets dans le sous-secteur de la production d’électricité. Il ne concerne pas les investissements énergétiques du groupe ; il ne concerne pas non plus l’extraction et la transformation des fossiles ».
D’autres choix retenus dans la politique sont également décevants, comme ceux concernant le nucléaire et les agrocarburants, ou encore le captage et le stockage du carbone accepté par Dexia malgré l’absence de consensus scientifique international. Yann Louvel conclut : « L’inclusion de ces trois fausses solutions au défi climatique devra être corrigée rapidement. Dexia vient néanmoins de prouver qu’il est possible d’adopter une politique sectorielle pour l’énergie, et nous attendons donc avec impatience les politiques à venir des autres banques de financement et d’investissement françaises, notamment BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole qui sont des financeurs majeurs de l’énergie impliqués aujourd’hui dans de nombreux projets très controversés ».
Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43
(1) Rapport "Banques françaises, banques fossiles ?", Les Amis de la Terre, Mars 2007.