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Banques françaises et secteur financier privé


Finansol et acteurs de la finance solidaire

Par Hélène Gassie

Dans le cadre de leur nouvelle campagne sur les banques françaises, les Amis de la Terre ont débuté un travail d’analyse de l’Investissement Socialement Responsable (ISR) en France, afin de mettre en avant les acteurs financiers les plus responsables.


Finansol

Fondée en 1995 par des institutions financières solidaires et des établissements financiers engagés dans une démarche de solidarité, sous l’égide de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, l’association Finansol est le seul collectif en France de représentation du secteur des finances solidaires dont il réunit aujourd’hui la plupart des acteurs.

Finansol a pour mission de :
- Renforcer les finances solidaires au sein de l’économie sociale et solidaire
- Faire reconnaître le secteur des finances solidaires par les pouvoirs publics
- Développer la pratique de l’épargne solidaire pour une société plus citoyenne.

Selon Finansol, les circuits financiers solidaires ont un double rôle : ils apportent des financements qui :
- répondent aux besoins de financement des projets solidaires, non satisfaits par le marché ;
- stimulent le développement d’initiatives et de projets alternatifs et innovants.

Ils répondent à des interrogations et à un besoin de transparence des épargnants sur l’utilisation faite de leur épargne en suscitant une démarche nouvelle chez eux et en leur permettant de diriger leurs choix d’investissements, non plus uniquement en vertu de principes financiers, mais également en fonction de leurs critères éthiques (adéquation entre leurs valeurs morales et leurs actes), de solidarité (altruiste ou citoyenne) et de proximité (géographique ou sociale). Dans l’environnement mondial actuel, ces circuits financiers se distinguent par leur prise en compte du facteur humain en même temps que du facteur économique. Ils s’inscrivent au cœur de l’économie solidaire où marché, redistribution et réciprocité s’articulent et s’hybrident pour produire une économie où l’homme et son environnement ne sont plus des laissés pour compte.

Chaque étape de ces circuits pose un acte de solidarité : Les épargnants font un geste solidaire en choisissant une forme d’épargne souvent moins intéressante qu’une épargne classique d’un strict point de vue financier (rendement, sécurité, liquidité) parce qu’ils savent qu’elle va avoir une utilité sociale forte. L’épargne solidaire est une forme d’engagement solidaire au même titre que la consommation équitable, le bénévolat, la militance, le don...

Les produits d’épargne intègrent en leur sein un mécanisme de solidarité qui va permettre d’apporter des financements à des projets solidaires : encours placés de manière solidaire, revenus partagés avec des acteurs solidaires, rétrocession de droits d’entrée et de frais de gestion au profit d’acteurs solidaires. Les acteurs financiers solidaires ne sont pas tournés vers la recherche du profit mais sont spécialisés dans le financement de projets solidaires délaissés par le marché. Ils développent des pratiques d’écoute, d’accompagnement et de financement particulièrement adaptées à ce type de projets. Les projets financés sont des projets solidaires qui contribuent à l’insertion de personnes en difficulté, au développement local et durable.

A noter que dans la définition légale des placements solidaires, la loi impose que seulement 5 à 10 % du montant soit investi de manière solidaire.

3 exemples d’institutions financières solidaires

1. La Nef

La Nef est une société coopérative de finances solidaires qui publie annuellement la liste complète des prêts qu’elle a accordés, avec les noms des entreprises bénéficiaires, l’utilisation du prêt...Il est donc possible pour ses clients et sociétaires de savoir dans quels secteurs leur argent est investi : la transparence totale c’est possible !

Quelques chiffres significatifs

En 2004, plus de 2200 nouveaux sociétaires ont rejoint la Nef, soit une progression de 25%. Au 31 décembre, ils étaient 11 315 sociétaires à détenir des parts de capital de la Société financière, dans le respect du principe coopératif : « un homme = une voix ». Le capital social de la Nef s’élevait à 7.2 millions d’€ et le total du bilan bancaire à 81 millions d’€. Actuellement, en moyenne 200 nouveaux sociétaires rejoignent la coopérative chaque mois. En 2004, la collecte d’épargne a globalement progressé de 38% en passant de 112 à 155 millions d’€. Le montant des dons générés et reversés aux partenaires s’élève à 48223 €. 162 projets, dont 69 en création d’entreprises, ont été financés pour un montant total versé de plus de 8 millions d’euros. Au 31 décembre, l’encours total des prêts s’élevait à 22 millions d’euros, soit une progression de 21% par rapport au 31 décembre 2003.

2. Cigales, Clubs d’Investisseurs

Le premier Club CIGALE (Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne) a été créé le 14 juillet 1983. En 10 ans, 11 miilions de francs ont été collectés, dans 300 entreprises qui ont créé 1 800 emplois. La Fédération existe depuis 1986 ; elle regroupe actuellement 80 Clubs actifs. Ceux-ci ont une activité de capital-risque, de préférence dans les projets 1ocaux présentant une valeur ajoutée humaine (caractère alternatif, écologique, qualité humaine des porteurs, intérêt social des produits, succès d’insertion de chômeurs...).

Principes : "Le capital-risque au service des micro-entrepreneurs". Chaque Club CIGALE a une durée de vie de 5 ans, et comprend 5 à 20 membres. Des cotisations de 50 à 3000 F (moyenne 200F) sont versées mensuellement pour constituer une cagnotte. Les projets sélectionnés le sont suivant des motivations propres à chaque Cigale. Le financement se fait sous forme de prise de participation dans le capital (dans les entreprises en création, ou en développement de moins de 4 ans), de 15000 francs en moyenne. Il arrive fréquemment que plusieurs Clubs CIGALE investissent dans une même entreprise.

Les pratiques encouragées par les CIGALES insistent particulièrement sur :
- la notion de proximité : rapprocher l’épargne de l’investissement, dans un souci de développement local, d’implication du citoyen
- la notion de solidarité : un autre mode de gestion de l’épargne, le suivi et l’accompagnement de l’entreprise dans son développement, de la part des investisseurs. la priorité à des entreprises ayant une composante sociale (notamment insertion économique et création d’emploi), culturelle, écologique
- la rentabilité économique : des critères d’investissement réalistes. Un quart seulement des dossiers présentés est retenu.

L’appartenance à un Club CIGALE est également pour beaucoup de ses membres un moyen de mieux comprendre l’économie et le fonctionnement d’une entreprise. Cet aspect est aussi important que l’éventualité de faire des bénéfices. L’accompagnement du créateur potentiel, l’incitation à parfaire, compléter, munir le projet, le soutien humain que le Club CIGALE peut apporter sont aussi importants que l’apport financier.

Le suivi de l’entreprise après création, l’analyse en groupe des problèmes rencontrés, l’apport de contacts utiles sont eux aussi très importants. Le taux d’échec après 4 ans des entreprises financées par des CIGALES est en moyenne de 25% contre 50% pour la moyenne nationale.

Conventions et partenaires : Les Cigales peuvent bénéficier d’une garantie à hauteur de 50% de leurs apports par le biais de l’Association des Fonds France active. La Fédération est chargée de l’animation, du développement du réseau des clubs, de sa représentation. Elle est partenaire d’autres réseaux d’aide à la création d’entreprises et du financement solidaire. Elle est adhérente de l’association Finansol (voir ci dessus) ; elle est membre de l’INAISE (International Association of Investors in the Social Economy). Elle est sociétaire du Réseau de l’économie alternative et solidaire (REAS), réseau impliqué dans la construction d’une économie solidaire et plurielle.

Publication :
Le Guide du Cigalier Guide pratique : création d’une Cigale (publication FPH)

3. Garrigue

Société de capital risque solidaire, Garrigue accompagne financièrement des entreprises en création ou en développement qui placent l’humain et son environnement au cœur de leurs préoccupations. Elle encourage une pratique citoyenne de l’économie en présentant une alternative concrète et économiquement viable aux épargnants qui recherchent une affectation utile de leur épargne.