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Aller plus loin...

Crise financière


G20 : de qui se moque-t-on ?

Par Yann Louvel

Le G20 s’est clôturé hier avec l’annonce de mesures qui ne remettent aucunement en cause le modèle de développement actuel, pourtant structurellement insoutenable et responsable de la crise. Les Amis de la Terre sont consternés face à la volonté contradictoire du G20 de restaurer la croissance sans remettre en question le système actuel d’un côté, et celle de poser les bases d’une économie « verte », de l’autre. La plupart des décisions se limitent par ailleurs à de belles promesses sans mesure concrète, comme l’illustre le cas des paradis fiscaux où la lourde responsabilité des multinationales est totalement occultée.



Le G20 a rendu hier sa déclaration finale à Londres, en dehors du cadre multilatéral des Nations unies et sans aucune participation officielle de la société civile. La réponse apportée à la crise n’est donc pas globale : elle émane d’une minorité de dirigeants des pays les plus riches du monde.

Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, commente : « Restaurer la croissance, réparer le système financier… le G20 nous propose tout simplement de revenir au système qui vient de s’effondrer, avec les mêmes recettes : augmentation du commerce mondial, relance de la demande, liberté des capitaux, libéralisation du commerce. Einstein disait : « Nous ne résoudrons pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. » Le G20 s’est montré incapable d’innover ».

Le G20 va même plus loin en renforçant ce système défectueux, comme le précise Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Finance publique aux Amis de la Terre : « La relance du cycle de Doha de l’OMC est symptomatique de l’absence de toute remise en cause réelle du système économique actuel. Le renforcement des institutions financières internationales telles que le FMI et la Banque mondiale, également. Les politiques mises en place par ces institutions sont pourtant dénoncées comme facteurs d’aggravation des inégalités, et leur gouvernance est extrêmement critiquée. Il en va de même pour la politique des banques de développement régionales telles que la Banque européenne d’investissement, ou celle des agences de crédit à l’exportation comme la COFACE, dont les pratiques sont décriées depuis des années pour leurs impacts environnementaux et sociaux massifs. En outre, soutenir les pays les plus pauvres par des prêts du FMI revient à les endetter pour le futur, alors qu’ils subissent actuellement les effets d’une crise dont ils ne sont pas responsables ».

Ce programme s’accompagne d’une série de belles intentions et de promesses qui ne franchissent malheureusement pas le stade des mesures concrètes, comme l’explique Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre : « Sur la régulation financière, malgré l’agitation autour des paradis fiscaux, les résultats restent totalement insuffisants : une liste de paradis fiscaux grotesque et aucune sanction concrète envisagée. De même, les agences de notation devront simplement respecter un « code de bonne conduite » dont l’efficacité vient d’être prouvée dans la crise actuelle. Les mesures proposées pour accélérer la transition vers une économie « verte » sont soit insuffisantes (une « charte pour une activité économique durable » de plus…) soit contradictoires ; tout comme les financements « verts » des banques de développement régionales, qui restent encore largement tournés vers les énergies fossiles et non vers les renouvelables. Enfin, à peine un mot sur la responsabilité des multinationales. Presque tout est à revoir ! En attendant, les populations vulnérables encaissent et la planète s’épuise ».