Un an après le lancement du Grenelle de l’environnement, le président de la République a présenté les mesures dont l’application devrait débuter en fin d’année. Force est de constater que la révolution écologique tant vantée n’est toujours pas à l’ordre du jour.
Pour Claude Bascompte, président des Amis de la Terre : « Le Grenelle a eu le mérite de faire dialoguer des acteurs aux intérêts divergents et de placer dans le débat public des enjeux essentiels pour nos sociétés. Mais à l’issue de la table ronde finale, les arbitrages du président de la République ont pris bien soin de ne fâcher personne : ni les élus locaux, qui réclament toujours plus d’incinérateurs et d’autoroutes, ni le MEDEF, qui refuse tout contrôle extérieur des entreprises. »
Le 25 octobre 2007, Nicolas Sarkozy a bien prononcé un discours où chacun pouvait trouver les promesses qu’il voulait entendre. Mais il prévoyait aussi les exceptions pour ne pas les tenir : réduction de 50% des pesticides… si possible ; pas de nouvelles autoroutes… sauf raison de sécurité, de décongestion ou de développement local ; etc. Tout restait donc à faire.
Or, depuis, rien, ou presque, n’a été fait. Le projet de loi sur les OGM, qui devait s’appuyer sur le grand principe de la liberté de produire et de consommer sans OGM, a insidieusement laissé place à un prétendu principe de cohabitation qui conduirait, de fait, à la contamination de toutes les cultures.
Et ce n’est pas tout. L’étude de l’obligation de travaux d’isolation pour les logements anciens (assorti d’aides pour les plus démunis), seul moyen de diviser par six leurs consommations énergétiques, est repoussée sine die. Faute de moyens, l’objectif de 6% de surface agricole en bio est décalé de 2010 à 2013. L’étude d’une contribution climat-énergie, susceptible de financer les mesures du Grenelle, n’a toujours pas démarré, pas plus que la concertation sur les infrastructures de transport des prochaines années, pourtant déterminante pour les alternatives à la route et au transport aérien. De ce fait, les gaspillages énergétiques et nuisances sanitaires dus au nucléaire, aux énergies fossiles et bientôt aux agrocarburants, sont bien partis pour perdurer.
Le contexte de rigueur budgétaire n’explique pas tout. Alors que la population est prête, de nombreuses mesures, supprimées, ne demandaient que du courage, de la créativité et une intelligence collective qui font cruellement défaut au sommet de l’Etat.
Pour Claude Bascompte, « le Grenelle de l’environnement a suscité un espoir fort. Si sa première traduction législative d’importance, la loi sur les OGM, était votée telle quelle, elle signifierait le rejet d’un des principaux engagements du Grenelle. Cela marquerait la fin de ce processus de concertation et d’ouverture à la société civile, et le retour aux plus détestables habitudes de la politique à la française, avec ses tractations, ses dénis et ses petits arrangements ».