Ressources et médias

Rester informé


Rapport Moral et d’Activités 2015

Chèr.e.s adhérent-e-s,

L’Assemblée Fédérale des Amis de la Terre France s’est tenue le Samedi 4 et Dimanche 5 Juin 2016 au MUNDO-M, 47 Avenue Pasteur 93100 Montreuil.

Vous avez été nombreux-se-s à participer à ce moment incontournable pour la vitalité et le développement de notre Fédération. Ce fut l’occasion de se rencontrer, de partager, et de débattre lors de temps passionnés et conviviaux. Nous vous remercions pour votre soutien aux Amis de la Terre France !


Rapport Moral 2015 – 2016 2015 – 2016, de la transition au mouvement global

Les Amis de la Terre, c’est avant tout une vision, celle d’un monde en paix, durable et soutenable. Un monde fondé sur des sociétés vivant en harmonie avec la nature.

Nous imaginons des sociétés faites d’hommes et de femmes vivant dans la solidarité, la dignité, l’unité, l’épanouissement. Des sociétés au sein desquelles l’égalité, les droits humains et des peuples sont une réalité.

Ces sociétés seront fondées sur la souveraineté et la participation des peuples. Elles seront ancrées dans la justice sociale, économique, environnementale, avec une vraie égalité entre les hommes et les femmes. Elles seront libres de toute forme de discrimination et d’exploitation, comme le néolibéralisme, la mondialisation au profit des entreprises, le néocolonialisme et le militarisme.

Nous sommes convaincus qu’un meilleur avenir est promis à nos enfants grâce à nos actions. C’est ce qui nous anime au quotidien, ce qui rend nos actions nécessaires et légitimes.

La légitimité au coeur de notre action.

En 2015, l’état d’urgence a été déclaré. Au lendemain des attentats qui nous ont tous bouleversés, le contexte dans lequel devait se tenir la cop21 a été totalement renversé : interdiction de manifester et de se rassembler dans l’espace public. L’enjeu même de la lutte contre le dérèglement climatique était opposé à la nécessité de maintien de la sécurité. Face à cette nouvelle situation, il a fallu rebondir et trouver des solutions. L’urgence climatique et la gravité de ses impacts pose la question de la légitimité à agir et des moyens à utiliser pour gagner cette bataille qui ne se jouera qu’une seule fois et pour laquelle l’enjeu est bien celui de pouvoir conserver des conditions de vie civilisés sur terre.

C’est bien sur le plan de l’éthique qu’il faut penser notre action. Celle-ci est légitime et nécessaire au regard de l’urgence de la situation climatique, des atteintes à l’environnement et à la vie. Nous sommes à un tournant qui justifie le fait d’aller jusqu’à la désobéissance à certaines lois qui protègent un système injuste. Notre action est juste, non-violente et déterminée conformément à notre charte qui pose dès 1970 les bases de la non-violence comme principe directeur. C’est bien dans ce cadre que nous agissons et que nous devons nous organiser pour renverser les rapports de force.

Pour ce faire, nous déployons des stratégies efficaces qui poursuivent plusieurs objectifs. Nous devons accumuler des victoires propres à faire évoluer les rapports de force et nous permettre d’atteindre des objectifs supérieurs.

La base de notre travail se fonde sur l’expertise. En effet, c’est une connaissance fine des sujets qui nous permet d’identifier les acteurs en présence et de pouvoir définir nos cibles et les leviers à activer. De plus, c’est la maîtrise de nos sujets qui fonde notre légitimité à agir.

La stratégie à la base de nos campagnes.

La valeur ajoutée des Amis de la Terre, c’est l’articulation fine entre notre expertise, nos actions de sensibilisation, notre plaidoyer, et nos actions réalisées à des moments stratégiques, pouvant aller jusqu’à la désobéissance civile qui nous permettent d’obtenir des victoires.

C’est la mise en place de stratégies de ce type qui nous ont permis d’obtenir autant de victoires en 2015. Pour exemple, l’enchaînement d’objectifs successifs nous ont permis de faire bouger toutes les grandes banques françaises en partant d’un projet, « Alpha Coal », soutenu par la Société Générale. Cette première victoire d’étape nous a permis d’obtenir l’engagement des trois grandes banques françaises à ne financer aucun projet charbon dans le bassin de Gallilée en Australie puis à l’adoption de politiques sectorielles dans le domaine du charbon par ces mêmes banques (BNP, Société Générale, Crédit Agricole). Ensuite rejointes par Natixis, nous avons même réussi à faire réviser la politique sectorielle du Crédit Agricole six mois après son adoption. Ce ne sont évidemment que des victoires d’étapes, mais nous continuons notre action pour atteindre des objectifs encore supérieurs.

Une déclinaison locale.

Ce modèle de construction stratégique de campagnes est en phase de généralisation au niveau national. C’est fort de cette expérience que nous avons entrepris un travail particulier avec deux groupes locaux pilotes pour leur transmettre ce savoir-faire et développer un travail sur l’animation d’un groupe efficace et attrayant qui permet réellement d’engager des transformations concrètes sur son territoire.

A cet effet, nous avons développé des formations qui sont maintenant bien rodées et qui nous permettent de pouvoir proposer cette expertise à d’autres groupes qui souhaitent engager un travail en ce sens.

La stratégie au service d’un mouvement global.

L’urgence de la situation nous conduit aussi à réfléchir à une autre échelle. C’est avec nos alliés qu’il faut construire un mouvement global pour la justice climatique. Ce mouvement doit être de masse, capable de démontrer l’anormalité de la situation et permettre une prise de conscience collective de la nécessité de changer radicalement nos modes de vie et le système dans lequel nous évoluons.

La nécessité de réfléchir à l’avenir de ce mouvement et des stratégies à déployer dans ce cadre nous conduit au besoin de création d’un espace de discussion visant à réunir des personnes connues pour leur analyse de la situation et des enjeux climat.

Une commission sera créée en ce sens pour proposer perspectives et axes de travail sur le terrain du climat dans cette période post-COP21. Elle visera notamment à permettre des changements d’échelle dans la mobilisation populaire contre le changement climatique et fonctionnera par cooptation.

La stratégie est aussi digitale.

Depuis la dernière assemblée fédérale, c’est Pierre Sagot, notre nouveau chargé de communication qui est arrivé parmi nous. Son dynamisme à toute épreuve nous a apporté un nouveau souffle sur les questions de communication. Tout d’abord, c’est la maquette de la Baleine, notre journal, qui a été revisité et modernisé. Ensuite, c’est le Baleineau, notre newsletter mensuelle qui s’est remis en route de manière régulière et qui lui aussi a été repensé.

Au-delà de notre communication interne, ce sont nos actions sur les réseaux sociaux qui ont été amplifiée avec à la clé, une augmentation conséquente de notre audience.

Pour 2016, c’est un grand chantier sur notre stratégie digitale qui est engagé. Nos outils internes, notre communication externe manquent encore de fluidité dans leur façon d’interagir les uns avec les autres. Vous serez bien sûr sollicités pour prendre part à cette aventure qui va s’étaler sur deux ans, car c’est bien pour vous et avec vous que nous allons réussir cette tâche ambitieuse et construire notre histoire commune.

De la COP 21 à la montée en puissance de notre fédération.

L’année 2015 a été marquée par le calendrier climatique et la COP 21. Pour nous, il ne s’agit pas de subir un calendrier dicté par les institutions, mais bien de nous en servir. La COP a été identifiée et choisie comme un moment qu’il fallait exploiter pour permettre une accélération et une montée en puissance de notre action. Notre assemblée fédérale avait identifié cet enjeu dès 2013 et cela a représenté un engagement extrêmement important pour notre fédération. En effet, cela était aussi l’occasion d’accueillir notre fédération internationale et de nous replacer dans nos instances européennes et internationales. Ce pari a été gagné et notre fédération a repris sa place et gagné le respect tant de notre fédération européenne que de notre fédération internationale.

Aujourd’hui, il s’agit pour nous de construire notre calendrier et de l’imposer dans le débat public. En effet, ce sont les accumulations de force que nous allons construire qui vont nous permettre d’inverser les rapports de conscience. La COP 21 ne nous avait pas permis de réussir à créer à sa fin ce moment de rupture, de tension et d’anormalité propre à marquer les consciences et engager la suite du mouvement climatique.

Les Amis de la Terre se sont donc naturellement et fortement engagés au côté de nos alliés naturels que sont Alternatiba et ANV COP21, dans lesquels nous sommes impliqués depuis leurs début, dès que l’occasion s’est présentée afin de clôturer cette séquence de mobilisation et d’implication collective. Pau et le MCEDD (sommet des pétroliers qui se réunissaient pour réfléchir aux moyens de poursuivre encore et toujours plus les forages offshore) début avril a été ce moment. Des actions de désobéissance civile massives 100% non-violentes et déterminées ont été menées durant trois jours et ont très fortement perturbées ce sommet. Mais au-delà de la perturbation de ce sommet, c’est bien une forme d’action non-violente organisée, active et radicale qui s’est imposée dans le champ du militantisme en France. La rigueur et la discipline dans l’efficacité que nous nous sommes imposé depuis plusieurs années ont permis la montée en puissance et en compétence de nouveaux militants. C’est bien cette nouvelle génération de militants qui a les moyens de changer la donne, ils l’ont prouvé et cela ne fait bien sûr que commencer.

L’outil Amis de la Terre.

L’outil Amis de la Terre est bien un outil au service des luttes dont il faut se servir. L’année 2015 a vu une réforme statutaire aboutir au terme d’un chantier collectif et large nourri au sein de l’ensemble de notre fédération qui a duré deux ans. Nous avons repris des forces, mais il faut bien se l’avouer, notre fédération reste faible au regard de ce qu’il y a à accomplir. La réforme statutaire a posé de nouvelles bases. Ce sont bien des bases d’ouverture qui ont été construites collectivement. Notre Fédération est bien prête à accueillir de nouveaux groupes, de nouvelles personnes et de nouvelles dynamiques. L’enjeu de cette année est de transformer ce frémissement en dynamique large et forte. Pour ce faire, il s’agit pour nous tous de nous emparer de l’outil Amis de la Terre, et de lui apporter ce que nous sommes. C’est cette énergie et cette détermination que nous avons en nous qui nous permettra collectivement de remporter ce défi. Des formations, des compétences et le plus grand réseau écologiste international sont bien là pour nous y aider.

Les groupes des Amis de la Terre.

Les groupes des Amis de la Terre évoluent. L’évolution de nos statuts est venue le concrétiser. Nos groupes locaux, thématiques, transversaux, associés, affiliés… peuvent maintenant prendre de multiples formes et s’inventer des cadres et des fonctionnements aussi différents que nos sociétés sont différentes. Notre fédération est ouverte, c’est maintenant acté, clair et visible et nos groupes en sont le reflet. Une réunion large de nos référents et du conseil fédéral a aussi identifié la nécessité de l’animation des groupes qui est parfois défaillante. Des moyens sont déployés en ce sens et les groupes sont encouragés à exploiter le travail réalisé sur l’organisation d’une campagne aux Amis de la Terre. Un groupe, c’est au minimum un référent, à l’idéal deux, qui assurent le lien au sein du groupe et au niveau national, notamment avec le Conseil Fédéral et le Secrétariat National, ainsi que l’animation de ce groupe. C’est notre histoire commune que nous devons écrire ensemble et qui fera notre force.

Marcher sur nos deux pieds.

Notre fédération n’est pas qu’une fédération de résistance. Nous résistons à un système qui broie, qui détruit l’humain et l’environnement. Si nous résistons, c’est bien parce que nous opposons au système actuel une vision. Cette vision est au coeur de notre position pour des sociétés soutenables et de notre charte. Chaque fois que nous nous opposons, nous devons présenter l’alternative, car ce sont bien les alternatives et la décroissance que nous plaçons au centre de la solution. Ainsi, nous participons activement à les déployer et les renforcer. L’alternative doit devenir la norme et pour cela atteindre des effets de seuil, une masse critique propre à transformer la société. Notre implication importante au sein du collectif pour une transition citoyenne en est un exemple, mais cela ne suffit pas. Nous devons aller plus loin et participer à déployer et à inventer les alternatives qui construisent le monde de demain et engager des transformations concrètes sur les territoires.

Nous devons vivre le changement auquel nous aspirons, travailler ensemble dans la solidarité. La vraie richesse de l’être humain réside dans sa dimension sociale et spirituelle plutôt que dans l’accumulation de biens. Nous l’avons construit et acté collectivement, nous devons le déployer collectivement. C’est ensemble que nous y arriverons, c’est ensemble que nous sommes les Amis de la Terre. Mobiliser, résister, transformer ! Bien plus qu’un slogan, c’est notre façon d’être ensemble et d’agir ensemble.

Florent COMPAIN des Amis de la Terre

À télécharger...