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Bolivie - Quand les peuples discutent climat

Du 20 au 22 avril 2010 s’est tenue à Cochabamba en Bolivie une Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique. Retours sur cet événement alternatif au sommet de Copenhague.

« Contrairement à ce qui s’est passé à Copenhague, il n’y aura pas de discussions secrètes, derrière des portes closes » avait assuré Pablo Solón, ambassadeur de Bolivie à l’ONU. A la veille de l’ouverture de la première Conférence des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre-Mère, le discours se voulait sans ambages. Faisant partie des rares gouvernements s’étant farouchement opposés au calamiteux « accord » de Copenhague, Evo Morales prend l’initiative dès janvier 2010 d’inviter gouvernements, scientifiques, institutions internationales, ONG et mouvements sociaux à Cochabamba afin d’ « établir et promouvoir un agenda avec des solutions justes et efficaces ». En quelques semaines, près de 20 000 personnes venues de 100 pays sont annoncées. Le réveil du volcan islandais quelques jours avant la conférence va ramener sur terre des millions d’êtres humains et en empêcher plusieurs centaines de se rendre sur place. L’excitation autour de l’événement va néanmoins rester palpable.

« Une lueur d’espoir »

Pour Nnimmo Bassey, président de la fédération internationale des Amis de la Terre, cette Conférence des peuples est « une lueur d’espoir [qui] permet de promouvoir des alternatives et de discuter d’une approche plus juste avec les représentants des mouvements sociaux, des syndicats et des peuples indigènes. » Autre délégation fortement présente, celle de la Via Campesina. « Ici à Cochabamba, nous élaborons des solutions et nous proposons des mesures concrètes qui seront présentées à Cancun, au Mexique, en décembre » témoigne Josie Riffaud de la Confédération paysanne. Parmi les principales propositions issues de l’accord des peuples, l’adoption d’un objectif contraignant de réduction pour les pays développés de 50 % des gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport à 1990. « Avec une telle réduction estime Pablo Solón, le réchauffement de la planète pourrait être limité à 1,5° C au lieu des 2° C fixés à Copenhague. » L’objectif est ambitieux alors même que la Commission européenne a confirmé que les engagements des pays développés sont pour l’instant compris entre 13,2 et 17,8 %.

Prochaines étapes

L’accord d’une dizaine de pages compte de nombreuses autres propositions parmi lesquelles le projet de Déclaration universelle des Droits de la Terre-Mère, l’institution d’un fonds d’adaptation, la création d’un « tribunal international des consciences » pour protéger les droits des réfugiés climatiques et une consultation populaire sur le changement climatique. Une deuxième Conférence mondiale des peuples pour la Terre-Mère est d’ores et déjà prévue en 2011, Evo Morales appelant à ce qu’elle se tienne dans un pays européen. Les mouvements réunis à Cochambaba ont également décidé d’une semaine d’action mondiale pour la justice climatique du 10 au 16 octobre 2010. Une nouvelle étape vers l’expression collective des peuples semble avoir été franchie.

> SOPHIE CHAPELLE

Rédigé le 17 mai 2010