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Biodiversité - Une reconquête qui s’apparente à un repli

La stratégie nationale pour la biodiversité 2011-2020 a été présentée le 19 mai 2011. Lucide quant aux faiblesses de l’action publique, elle manque néanmoins de volonté et d’audace dans les mesures retenues pour remédier à la dégradation du vivant.

Les défis que la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) a tenté de relever entre 2004 et 2010 restent d’actualité : malgré les engagements pris, la biodiversité décline fortement. Les objectifs fixés par la Convention sur la diversité biologique n’ont pas été atteints et la conservation de la diversité génétique domestique et sauvage reste un objectif majeur.
Face à ce constat, les mesures proposés par la nouvelle SNB sont décevantes… Pour inverser l’érosion en marche et reconquérir la biodiversité, des réponses volontaristes sont nécessaires. Or elles semblent avoir été oubliées pour ne pas se heurter aux situations établies qui profitent à de grands groupes économiques. Vouloir enrayer le déclin de la biodiversité implique en effet de remédier aux problèmes récurrents causés par l’artificialisation des sols, l’uniformisation mondiale des modes de culture agricole, les impacts de nos consommations sur la biodiversité au-delà de nos frontières, la monétarisation des services de la nature…
Selon la stratégie de Développement durable du ministère de l’Ecologie, les espaces artificialisés s’accroissent de quelque 60 000 hectares par an depuis 1993, aux dépends principalement des terres agricoles et des milieux semi-naturels. Pour lutter contre le mitage, la SNB vise à réaliser un suivi de l’occupation des sols à travers la création d’un observatoire des sols. Pour les Amis de la Terre, il est plus urgent d’agir que d’observer : il vaudrait mieux arrêter le mitage et la spéculation foncière en bloquant le reclassement de terres agricoles en terrains constructibles, notamment à proximité des agglomérations.

Quid de la biodiversité domestique ?

Entre 1954 et 2008, 80% des variétés potagères ont été radiées du catalogue mondial des espèces et variétés. Là où il faudrait casser les oligopoles de la semence – dix compagnies contrôlent les deux tiers du marché mondial –, la loi « Grenelle 2 » entérine ce fait et contribue à restreindre la diversité, une erreur que la SNB ne répare pas. La diversité génétique constitue pourtant une ressource incontestée d’une meilleure adéquation des pratiques agricoles aux territoires et une protection incomparable contre les pandémies.
La SNB oriente essentiellement sa démarche sur la sensibilisation et l’implication volontaire (au travers de propositions de chartes et de codes de bonnes conduites) mais occulte tant le cadre réglementaire incitatif (normes, lois et décrets) que la biodiversité domestique qui seraient pourtant indispensables pour enrayer durablement cette érosion. En effet, la création d’espaces sanctuarisés – qu’on les nomme espaces protégés, espaces naturels ou trame verte-trame bleue – ne constitue que des réserves, des positions de repli qui sont un aveu d’impuissance.
Pour les Amis de la Terre, retrouver l’harmonie homme-nature, et cesser de considérer la Terre comme une ressource infinie et un puits sans fond suppose une remise en cause réelle des modes de production et de consommation.

> CLAUDE BASCOMPTE
Président des Amis de la Terre Paris

Rédigé le 16 juin 2011