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Rio + 20 : les peuples se mobilisent !

Beaucoup d’énergie, d’énergie positive et collective… C’est avec ces deux mots qu’on pourrait résumer l’ambiance qui s’est dégagée du Sommet des Peuples. Il s’est tenu du 15 au 23 juin à Rio de Janeiro (Brésil), en parallèle de la Conférence des Nations unies sur le développement durable.

Face à l’esprit morose et au pessimisme entourant le sommet officiel de Rio+20 – qui s’annonçait comme un échec avant même d’avoir commencé –, les représentants de mouvements sociaux et d’organisations des cinq continents s’étaient donnés rendez-vous à l’Aterro do Flamengo.

Une semaine de mobilisations

La délégation des Amis de la Terre réunissait près de cinquante personnes, venues d’une vingtaine de pays, reflétant la diversité et la richesse de la fédération internationale. Le choix avait été fait de concentrer les efforts sur le sommet alternatif, et c’est ainsi que Les Amis de la Terre, au premier rang desquels bien sûr les membres brésiliens et latino-américains, s’étaient fortement investis depuis plusieurs mois dans l’organisation de cette rencontre internationale.

Le résultat en valait la peine, puisque le Sommet des Peuples a accueilli en moyenne 40 000 participants par jour. Et mercredi 20 juin, lors de la journée mondiale de mobilisation, il y avait 80 000 personnes qui défilaient dans les rues de Rio. D’autres manifestations ont ponctué cette semaine de mobilisation, notamment pour dénoncer les activités et les projets de l’entreprise minière brésilienne Vale ou en solidarité avec les habitants du quartier de Vila Autodromo (à Rio de Janeiro, à quelques centaines de mètres du sommet officiel), menacés d’expulsion par un projet immobilier lié aux Jeux olympiques de 2016. Chaque défilé, coloré et rythmé par les percussions et les chants des manifestants, permettait par son énergie contagieuse d’entretenir ce souffle d’espoir indispensable pour poursuivre les débats le jour suivant.

L’un des objectifs du Sommet des Peuples était de renforcer l’articulation des luttes au niveau mondial et pour cela différentes assemblées “plénières de convergence” ont eu lieu. Si chacune de ces assemblées était centrée sur une thématique spécifique – telle que la souveraineté alimentaire ou l’énergie et les industries extractives – toutes suivaient néanmoins la même progression ! : la première séance était consacrée au décryptage des causes structurelles de la crise et des fausses solutions, la seconde aux alternatives et la dernière, à la construction d’un agenda commun de luttes et de campagnes. Il y avait une volonté réelle de sortir du cadre des combats “sectoriels” – tels que ceux contre les grands barrages, contre les agrocarburants, contre les mines ou encore contre les OGM – afin de trouver les points de convergence qui permettent d’agir de façon globale pour changer les relations de pouvoir et le système actuel.

Des multinationales omniprésentes

En fil conducteur s’est exprimée la volonté de lutter contre l’impunité des entreprises multinationales, mais aussi la nécessité de dénoncer et de rompre les relations de complicité qui les lient aux gouvernements du niveau local jusqu’au niveau international. C’est d’ailleurs l’un des messages centraux que portait la fédération des Amis de la Terre international, qui a lancé à l’occasion de Rio+20 la campagne “Libérons l’ONU de l’emprise des multinationales !!”

En effet, le poids démesuré et grandissant des lobbies des entreprises dans les négociations internationales et dans les différentes agences des Nations unies explique pour une grande part qu’elles aillent d’échec en échec. Au lieu d’apporter des solutions concrètes et nécessaires pour le bien des peuples, chaque sommet officiel est accompagné de mesures et d’’idées phares”, souvent distillées très en amont, qui ne contribuent qu’à aggraver les crises écologique, climatique et sociale actuelles. Les grands bénéficiaires en sont les multinationales, et en premier lieu celles des secteurs de l’énergie, de l’eau et du complexe agro-industriel ! : si elles ont promu l’agenda de l’économie verte cette année, c’est parce que la multiplication des outils de marché et le poids croissant des acteurs financiers leur permettent de continuer à détruire l’environnement et à violer les droits des communautés, notamment grâce aux mécanismes de compensation. Et, pendant qu’on s’enlise dans la création de ces instruments au service du secteur privé, on s’éloigne de la signature d’engagements contraignants et de la mise en place des changements et des solutions indispensables. Alors que, comme on s’y attendait, le résultat de la conférence officielle est largement décevant, le bilan du Sommet des Peuples est très encourageant. Il a permis notamment de démasquer les dangers de l’économie verte et de la financiarisation de la nature, et de montrer une fois de plus que les peuples sont porteurs d’alternatives concrètes et réalistes.

> JULIETTE RENAUD

Rédigé le 14 août 2012