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Autosuffisance alimentaire : des paroles aux actes !

Sans doute avez-vous déjà entendu parler de la vente de paniers de produits frais en provenance directe de la ferme ? C’est l’une des activités des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne, les AMAP. Celles-ci naissent de la volonté de groupes de consommateurs·rices et de producteurs·rices qui poursuivent ensemble les mêmes objectifs : préserver l’existence et la continuité des fermes de proximité dans une logique d’agriculture paysanne, socialement équitable et écologiquement saine ; de permettre à des consommateurs·rices d’acheter à un prix juste des produits d’alimentation de qualité de leur choix, en étant informé·e·s de leur origine, et de la façon dont ils ont été produits, et de participer activement à la sauvegarde et au développement de l’activité agricole locale. C’est l’histoire de Charlotte, une AMAPIENNE d’Île de France que nous vous proposons de vous raconter.

Charlotte, salariée chez Sophie Duplay à la ferme des Millonets, a décidé en 2013 de changer de vie et d’envisager une reconversion audacieuse. Rien ne la destinait pourtant au maraîchage : née de parents commerçants, elle a littéralement grandi dans un supermarché pendant l’âge d’or des plats tout préparés. Mais à la naissance de son fils, elle a décidé de laisser tomber son premier métier (photographe) pour se lancer dans l’agriculture. Pourquoi ? Ça faisait un moment qu’elle parlait d’autosuffisance alimentaire, alors elle s’est lancée, pour être en accord avec son idéal, avec ses convictions, et accessoirement, « éviter de se faire bâcher » par le rejeton, à ses 15 ans.

La transition professionnelle est difficile : la reprise du rythme scolaire, la solitude, peu de soutien de sa famille qui croit à une énième lubie, de son mari, qui ne veut pas quitter Paris. Son conseil pour celles et ceux qui se lancent : ne pas lâcher ! On finit toujours par les convaincre, les proches, quand on leur démontre qu’on est crédible et motivé·e.

Un chemin semé d’embuches

Même chose pour les institutions : il a fallu batailler pour les persuader de la solidité de son projet. Le BPREA pour les demandeur·se·s d’emploi est financé par la Région, qui est un peu tatillonne et se méfie des coups de tête. Elle a donc d’abord fait des EMT (évaluation dans un milieu de travail : des stages pour celles et ceux qui n’ont plus l’âge d’être apprenti·e en fait !) pour étoffer son dossier et prouver qu’elle savait où elle allait. Elle a déniché les fermes qui l’ont accueillie dans l’annuaire de l’Agence Bio : deux semaines à Plaine de Vie (un Jardin de Cocagne) et deux semaines chez Sophie. Après le diplôme, obtenu en 2011, les Jardins de Cocagne la rappellent : elle est embauchée en CDI comme encadrante technique.

Mais l’encadrement plus la production, c’est trop : elle abandonne et démissionne. Du coup, elle décide de faire un break et un deuxième enfant. En septembre 2013, elle revient chez Sophie en CDI aux 35h annualisées : un bon système pour assurer un salaire fixe et régulier malgré une activité qui ne l’est pas. Confort et sécurité. Elle déménage avec sa petite famille en Normandie (vous voyez qu’elle l’a convaincu, le mari !).

Voler de ses propres ailes

Chez Sophie, c’est le rêve : un endroit merveilleux, une relation idéale, riche et rassurante. Elle apprend beaucoup, teste plein de choses : des méthodes, des pratiques, des outils. Mais aujourd’hui, elle a envie de se tester elle-même. Quitter le cocon confortable des Millonets et voler de ses propres ailes, se prouver qu’elle est cap’. Elle cherche des terrains pas loin de chez Sophie pour pouvoir s’entraider, mutualiser le matériel, faire des échanges de récoltes pour délocaliser les productions et libérer des espaces. Son rêve à elle : produire de manière artisanale pour la restauration collective, à petite échelle, idéalement pour une régie municipale. Ce qui la porte c’est son idéal de justice sociale, elle veut rendre la Bio accessible au plus grand nombre. Et c’est par la restauration qu’on peut changer les pratiques, en touchant celles et ceux qui n’ont jamais envisagé de se nourrir autrement qu’avec du « tout fait » ou du « déjà préparé ».

Dis moi ce que tu manges...

Parce que pour elle aussi, c’est comme ça que ça a démarré, par cette impression de ne plus du tout savoir ce qu’elle mangeait, et par extension, comme le dit le fameux dicton (« dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es »), ne plus trop savoir non plus qui elle était. Se réapproprier son alimentation, pouvoir nommer ce qu’on mange, savoir d’où ça vient, c’est un peu redonner du sens à sa vie, et c’est ça qu’elle veut transmettre. Pour ses enfants, ce sont « les pommes des Gaillard », « le pain de Rémi », « et les légumes de Sophie », bien sûre.

Alors voilà, elle veut une ferme avec une maison pour sa famille et plus de terrain que ce qu’elle pourra cultiver, parce qu’à terme elle veut travailler et partager avec d’autres. Elle a de quoi s’installer en comptant sur un prêt familial. Et ce sera vraiment beau cette revanche de l’histoire : un ancien des magasins Leclerc qui finance l’installation d’une paysanne en bio !

Maud, présidente du Réseau AMAP IdF, avec Charlotte, salariée en maraîchage.
Plus d’informations : http://www.amap-idf.org/

Rédigé le 12 octobre 2017