Rester informé


105 ONG appellent les banques internationales à ne pas financer trois projets d’exportation de gaz de schiste au Texas

Mercredi 14 août 2019. Plus de 100 organisations de la société civile – ONG environnementales et de défense des droits humains, associations locales, représentants des communautés amérindiennes – appellent dans une lettre ouverte 45 banques internationales à ne pas soutenir le développement de trois projets de terminaux d’exportation de gaz de schiste prévus au sud du Texas [1] et actuellement en recherche active de financements [2]. Hautement controversés, ces projets présentent des risques irréversibles pour le climat, les communautés locales, ainsi que pour la réputation des banques qui décideraient de les financer. En France, la réponse de Société Générale est particulièrement attendue alors que celle-ci s’est imposée au cours des dernières années comme leader de secteur et poursuit un mandat de conseil financier pour le double projet de terminal Rio Grande LNG et de gazoduc Rio Bravo Pipeline.

S’ils voient le jour, les trois terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) Annova LNG, Rio Grande LNG et Texas LNG liquéfieraient et exporteraient 880 000 barils équivalent pétrole de gaz de schiste par jour. Au total, ils contribueraient à émettre annuellement autant de gaz à effet de serre que 61 centrales à charbon [3]. La construction de ces nouveaux terminaux d’exportation inciterait en outre à extraire toujours plus de gaz de schiste par fracturation hydraulique au Texas et dans les Etats voisins, contribuant à la contamination généralisée des eaux et des sols, et causant des impacts irréversibles sur la santé des populations. Le détail des risques associés à ces projets a été publié et communiqué aux banques à travers un rapport publié le mois dernier par plusieurs organisations dont les Amis de la Terre France [4].

Rebekah Hinojosa, membre de la coalition Save RGV From LNG et du Sierra Club, déclare : « Que ce soit très clair, les banques qui participeront au financement de ces terminaux ne pourront pas feindre qu’elles ignoraient les risques et seront tenues responsables de cette catastrophe annoncée. Ces trois projets se sont heurtés à une résistance massive et continue des habitants de la vallée. Ils causeraient un désastre environnemental pour notre région, impacteraient notre économie locale, et violeraient les droits de peuples autochtones présents sur ces terres depuis des siècles. L’avenir de notre communauté dépend désormais de la décision de quelques banques, et nous leur demandons expressément de ne pas se rendre complices de ces atteintes ».

Dès 2017, une délégation de représentants des habitants et des tribus amérindiennes de la vallée du Rio Grande, dont le chef des Esto’k Gna originaires du Texas, était venue en France pour interpeller les banques françaises à l’occasion de leurs assemblées générales, et en particulier BNP Paribas et Société Générale en raison de leurs mandats de conseil respectifs pour Texas LNG et Rio Grande LNG [5]. BNP Paribas avait réagi et annoncé son désengagement non seulement de Texas LNG mais de tout le secteur [6]. À l’inverse, Société Générale a d’abord défendu le projet avant d’annoncer en décembre 2018 qu’elle en évaluerait les impacts pour prendre une décision sur la poursuite de ses soutiens d’ici mi-2019 [7].

Si la lettre ouverte appelle aujourd’hui 45 banques internationales, dont Crédit Agricole, Natixis et Crédit Mutuel, à s’engager à ne pas financer directement ou indirectement les trois projets, la réponse de Société Générale est particulièrement attendue. Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France explique : « Contrairement à BNP Paribas qui a rapidement reconnu que les terminaux de GNL en Amérique du Nord étaient totalement incompatibles avec la lutte contre le dérèglement climatique et pouvaient contribuer à émettre plus que des centrales à charbon, Société Générale a sans cesse repoussé sa décision en demandant aux ONG toujours plus d’éléments d’analyse. C’est désormais le moment de vérité : Société générale renoncera-t-elle à financer ces projets et à mettre un terme à son soutien à Rio Grande LNG ? Prendra-t-elle enfin acte de leur incompatibilité avec les principes environnementaux et sociaux qu’elle s’est engagée à respecter, ses engagements en matière climatique, ou son respect de la loi française sur le devoir de vigilance des multinationales ? [8] ».

En savoir +

Légende de la photo : Terrie Nuñez de la commune voisine de Port Isabel au Texas, lors d’une manifestation contre l’implantation du terminal Rio Grande LNG, le 4 mai 2019.

[1] Lettre ouverte à 45 banques internationales les appelant à ne pas soutenir le développement de trois projets de terminaux d’exportation de gaz de schiste prévus au sud du Texas : www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/open_letter_-_rio_grande_valley_lng_projects_-_august_2019_1_.pdf

[2] Les entreprises Exelon, NextDecade et Texas LNG, qui développent respectivement Annova LNG, Rio Grande LNG et Texas LNG espèrent arriver à des décisions finales d’investissement (DFI) dans les mois à venir. Les banques ont été, ou seront très prochainement, sollicitées pour participer à ces financements. Les projets accusent néanmoins du retard sur leurs calendriers initiaux. NextDecade a annoncé hier un nouveau recul de sa DFI du troisième trimestre 2019 au quatrième trimestre 2019 : https://www.spglobal.com/platts/en/market-insights/latest-news/natural-gas/081319-nextdecade-revises-timeline-for-reaching-final-investment-decision-on-lng-terminal

[3] Voir le calcul détaillé dans la lettre ouverte.

[4] https://www.ran.org/wp-content/uploads/2019/07/RGV_LNG_2019_vF_1.pdf

[5] https://www.amisdelaterre.org/Reactions-aux-AG-des-banques-francaises.html

[6] https://www.amisdelaterre.org/Nouvelles-mesures-climat-de-BNP-Paribas-un-pas-dans-la-bonne-direction-2831.html

[7] https://www.societegenerale.com/sites/default/files/documents/lettre_ouverte_14122018.pdf

[8] Les projets Annova LNG, Rio Grande LNG et Texas LNG doivent également être examinés à l’aune des Principes de l’Équateur. Compte tenu de leurs impacts multiples et irréversibles, leur conformité à ces principes est loin d’être garantie.

Rédigé le