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14 scientifiques n’ont jamais dit que tout corps plongé dans l’eau en ressort mouillé

11 janvier 2008,
Après avoir participé à l’élaboration d’un rapport constatant que la baignoire est pleine d’eau, 14 membres de la Haute Autorité contestent avoir laissé entendre que tout corps plongé dedans sans protection puisse en ressortir mouillé. Tel est le sens du communiqué publié hier soir par 14 membres du Comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM contestant les « doutes sérieux » mis en lumière par son Avis du 9 janvier.

Impact sur les productions agricoles sans OGM ou l’impossible coexistence.

Pour la première fois dans l’évaluation officielle française d’un OGM, le comité de préfiguration a refusé de limiter son travail à la santé et l’environnement sauvage pour s’intéresser aussi à l’impact sur les productions agricoles sans OGM, suivant en cela les recommandations du Conseil européen de l’environnement du 18 décembre 2006 encourageant les états à « prendre plus en compte les structures agricoles et les écosystèmes régionaux ». Les premières études nouvelles qu’il cite l’amènent à constater « l’impossibilité d’une absence de pollinisation croisée entre champs OGM et champs sans OGM à une échelle locale ». Plus loin, il constate l’absence d’études d’impact sur les abeilles « en conditions normales d’exploitation ». Il ne tranche pas, car cela n’est pas son rôle, le débat pour savoir s’il faut une coexistence avec un peu d’OGM partout ou pas de coexistence du tout. Mais il est incontestable que ces éléments nouveaux concernant « la dispersion du pollen sur de grandes distantes (kilométriques) » génèrent un doute sérieux sur la possibilité de la coexistence avec les distances d’isolement de quelques dizaines de mètres préconisées par les scientifiques payés par l’associations des producteurs de maïs. L’avis du comité fait aussi état d’études économiques montrant un gain possible à l’hectare de plusieurs dizaines d’€ grâce à la technologie Bt… à prix égal des maïs OGM et non OGM, alors que le maïs européen non OGM vaut aujourd’hui le double du maïs OGM américain ! Ces études qui n’ont jamais été évaluées étaient présentées comme incontestables, ce n’est plus le cas aujourd’hui et c’est peut-être ce qui justifie les protestations des scientifiques qui les ont menés ou cautionnées.

Des éléments scientifiques réellement nouveaux

La FNSEA et les semenciers voudraient faire croire que les études scientifiques citées par le Comité de préfiguration ne sont pas nouvelles et ne seront pas prises en compte par les autorités européennes. Il est vrai que certaines d’entre elles, nouvelles par rapport à l’autorisation du MON 810 datant de 1998, ont déjà été refusées par l’AESA (instance d’évaluation sanitaire européenne) qui n’a pas accepté qu’elles justifient les moratoires autrichiens, hongrois ou grecs. Cela n’a pas empêché, au grand dam des USA et de l’OMC, ces clauses de sauvegarde d’être systématiquement validées par un vote politique à la majorité des deux tiers des états européens, vote dont la France est par avance assurée si elle dépose une clause de sauvegarde du même type. De plus, les études concernant la dissémination de la toxine Bt et sa persistance dans les sols, les sédiments ou dans l’eau, l’apparition de résistances chez des ravageurs secondaires, les effets comportementaux dommageables sur le papillon monarque, la présence de la toxine Bt dans la chaîne trophique, les effets sur divers invertébrés… suscitent toutes un « doute sérieux » sur l’innocuité du MON 810 et sont toutes postérieures aux dernières évaluation de l’AESA : il est temps que les responsables de la FNSEA et des semenciers apprennent à lire !

La fin d’un secret de polichinelle : l’OGM ne produit pas un insecticide « naturel »

Pour la première fois, une instance officielle reconnaît que la protéine produite par le transgène n’est pas identique à celle que produit la bactérie naturelle. Elle reconnaît aussi qu’on ne sait pas si un même transgène se comporte de la même manière suivant les variétés de plante dans lesquelles il est inséré. Ces deux constats remettent en cause la validité de l’ensemble des procédures d’évaluation actuelles basées sur l’action de la protéine naturelle et donnant une seule autorisation par espèce quelles que soient les variétés concernées. Si cela ne constitue pas un doute sérieux, on peut comprendre que les promoteurs des OGM ne doutent jamais de rien !

Des études toxicologiques insuffisantes et des études épidémiologiques inexistantes

Alors que la mise sur le marché d’un pesticide nécessite des études toxicologiques sur trois espèces d’une durée minimale de deux ans pour l’une d’entre elles, la mise sur le marché d’OGM produisant un pesticide était jusqu’à aujourd’hui autorisée après des études toxicologiques ne dépassant pas 90 jours sur une seule espèce. Pour la première fois, une instance officielle fait état de l’insuffisance de ces évaluations et juge nécessaire des études menées sur le long terme et sur d’autres espèces. Le comité constate aussi l’absence d’études épidémiologiques du fait de l’absence de traçabilité.

La fable de la protection contre les mycotoxines que permettraient seuls les maïs Bt

Le rapport fait enfin état des teneurs en mycotoxines réduites des maïs BT par rapport… à des maïs non traités contre les insectes ravageur. Il rajoute que les traitements insecticides ne permettent pas une protection suffisante, mais oublie de dire que de nombreuses pratiques agronomiques simples (rotation des cultures, passage d’outils permettant de détruire mécaniquement les larves d’insectes dans le sols après la récolte…) permettent d’obtenir la même protection que l’OGM Bt contre la présence de mycotoxines. Il est vrai qu’on n’a jamais vu les vendeurs de voiture dire que le train coûte moins cher !

L’avis du comité de préfiguration ne fait que rendre public de manière officielle ce que les 14 scientifiques qui ne doutent pas savaient déjà. Tant qu’ils étaient les seuls à savoir, ils pouvaient continuer à ne douter de rien. Mais aujourd’hui tout le monde sait : les doutes du public appellent la clause de sauvegarde et menacent leur liberté de bidouiller nos champs et nos assiettes sans rendre de compte à personne. Leur protestation rappelle celle du roi découvrant qu’il est nu face à la foule ! Espérons que le gouvernement ne se joindra pas à leur lamentation et gardera le manteau du principe de précaution face à tous ces doutes sérieux.

Guy Kastler, le 11 janvier 2008



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