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70 % des aliments consommés au Brésil contiennent des pesticides

Le Fórum de Lutte contre les pesticides du Rio Grande do Sul révèle aussi que les Brésiliens consomment 7,5 litres de pesticides par an et par habitant !

Environs 70 % des aliments in natura [1] consommés au Brésil sont contaminés par des pesticides (ou agrotoxiques, termes utilisé dans le texte brésilien). Cette information fut présentée au Fórum Gaúcho [2] de lutte contre les pesticides qui se tenait du 6 au 11 juin, au théâtre Dante Barone de l’Assemblée législative du Rio Grande du Sud, à Porto Alegre.

Karen Friederich, docteur en Santé publique pour l’Ecole nationale de santé publique Sergio Aroucar et membre de l’Association brésilienne de Santé collective (Abrasco), prit la parole lors de cet événement et expliqua que les combinaisons variées de pesticides utilisés dans la production d’aliments ne sont pas abordées dans les études et que donc, forcément, on ne connaissait pas leurs vrais effets sur la santé de la population.

Selon elle, un des problèmes tient au fait qu’il n’existe pas de lignes directrices pour les agriculteurs et que par conséquence, ils utilisent ces substances qui finissent pas atteindre la majeure partie de la population. L’idéal serait que le gouvernement encourage les producteurs à changer leur modèle de production.

"La seule façon de ne pas se contaminer est de consommer des aliments biologiques et d’encourager les agriculteurs à entamer la transition vers un modèle de production propre et plus sûr." expliqua la scientifique. Elle estimait aussi que les petites exploitations produisaient la majeure partie des aliments consommés au Brésil et elle soulignait que "par conséquence, nous devons soutenir l’agro-écologie et la réforme agraire. C’est ainsi que nous garantirons notre sécurité alimentaire".

Elle rappelait aussi que le Brésil est le plus grand consommateur de produits agro-toxiques au monde et insistait sur le fait que la consommation de ces substances a augmenté avec l’autorisation des semences transgéniques (OGM) sur le territoire national.

Les Brésiliens consomment en moyenne 7,5 litres de pesticides par habitant et par an. Le principal coupable est le glyphosate qui non seulement est le plus consommé, mais est aussi une substance cancérigène probable selon la spécialiste de la santé publique.

Maladies

Karen Friederich expliqua que lorsque les agriculteurs rentrent en contact avec les produits agro-toxiques durant la culture des aliments, cela peut provoquer des maladies comme des dépressions suivies parfois de suicides.

Elle ajoutait : "Les cas de contamination [par des produits agro-toxiques] ne sont pas signalés, mais touchent pourtant la majorité de la population et provoquent des anomalies de la reproduction, des malformations du fœtus et ont des effets négatifs sur le système immunologique".

D’autre part, la plus grande partie des pesticides ne sont pas directement liés à la production alimentaire. Près de 70 % des substances chimiques utilisées sont destinées à la culture du maïs, du soja et de la canne à sucre. "En conséquence, leur emploi est en diminution dans la culture du riz, du manioc et des haricots" ajoutait-elle.

Epandages

Le problème, cependant, vient du fait que l’exposition ne se produit pas seulement avec le producteur qui cultive ses aliments. Lors de l’épandage aérien (qui utilise des avions agricoles pour épandre des pesticides sur les grandes plantations), les communautés rurales, les rivières et les forêts proches peuvent être touchées.

Le député d’Etat, Edegar Pretto (PT-RS), soulignait que seulement 30 % des substances épandues par avion atteignaient leur cible et les 70 % restants pouvaient être dispersés et atteindre les propriétés voisines.

Pretto qui est le coordinateur du Front parlementaire Gaúcho de Défense de l’alimentation saine citait l’Institut national du cancer et signalait que cette maladie pouvait être liée à l’usage de pesticides agro-toxiques. Le parlementaire défendait la nécessité de changer le modèle de production.

Il fut aussi rappelé que le projet de loi 3200/15 dont la paternité revient au député Covatti Filho (PP-RS), a pour objet de changer le nom "agro-toxiques" par le terme "phytosanitaires" ou par celui de "produit de contrôle environnemental", ce qui apparaît n’être qu’une tentative pour "masquer" les conséquences de ces substances sur la santé publique [3].

Fernando Falcão, expert de environnement à l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles (Ibama), signalait que des membres du Comité de surveillance du Fórum Gaúcho avaient reçu des menaces et subi des pressions politiques pour que les travaux de recherches sur les produits agro-toxiques cessent.

D’après cet expert, en 2015 et grâce aux efforts conjoints de l’Ibama, de la Police routière fédérale et de l’Administration fiscale fédérale, une opération unique en son genre saisissait plus de dix tonnes de produits agro-toxiques passés en contrebande dans l’Etat du Rio Grande do Sul.

"La contrebande de produits agro-toxiques est quelque chose de grave. Les producteurs se fournissent en produits interdits et souvent cela n’est traité que de façon superficielle par les instances judiciaires. L’autre problème auquel nous sommes confrontés est la dissimulation des conséquences graves qu’entraîne l’utilisation de ces poisons."

Les personnes impliquées dans le Fórum voient la production agro-écologique d’un bon œil. Juarez Pereira, agriculteur qui produit des aliments sans utiliser de produits agro-toxiques depuis plus de 20 ans, expliquait les motifs qui l’on poussé à choisir cette forme de production :

"Du côté des agro-toxiques, on a un cadre complètement différent et d’une grande tristesse, qui accompagne les aliments que le population reçoit en masse dans les villes. Les agro-toxiques détériorent la qualité de vie […]. La terre produit en abondance, mais avec ces poisons, l’être humain perd la capacité de percevoir cette abondance et sa générosité."

Article tiré de Brasil do Fato, São Paulo (SP), 14 juin 2016. Traduction Christian Berdot. "70% dos alimentos in natura consumidos no Brasil têm agrotóxicos"

Notes

[1Enquête menée par l’association Abrasco.Toujours d’après cette enquête, 28 % des aliments contiennentt des produits non autorisés, alors que le Brésil autorise des produits chimiques interdits aux Etats-Unis et en Europe. Cette enquête ne tient pas compte des aliments transformés.

[2L’adjectif "gaúcho" ou "gaúcha" désigne les habitant(e)s de l’Etat du Rio Grande do Sul

[3Les industriels français n’aiment pas le mot "pesticides" et encore moins le terme "produit agro-toxique". Donc d’après ce parlementaire brésilien, le terme "phytosanitaire" imposé en France par les chimistes et lobbies agricoles, n’aurait pour unique but que de dissimuler les conséquences de ces substances chimiques sur la santé et l’environnement... Qu’en pensent nos parlementaire français ?

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