Action contre le soutien de la BEI aux paradis fiscaux

Paris, le 9 juin 2009 – Alors que les ministres des finances se réunissent aujourd’hui pour l’Assemblée générale de la Banque européenne d’investissement (BEI), les Amis de la Terre et le réseau Counter Balance (1) organisent une action de rue à Bruxelles devant le Conseil européen pour dénoncer les investissements de la Banque transitant par des paradis fiscaux. Un rapport à paraître ce mois-ci révèle en effet que la Banque de l’Union européenne investit des milliards d’euros dans des entreprises liées à des centres offshores. Les Amis de la Terre demandent aux Etats européens de se montrer cohérents avec leurs déclarations contre les paradis fiscaux en exigeant que la BEI mette fin à cette pratique.

Les Etats membres de l’Union européenne donnant des valises de billets de banque à la BEI, qui les fait passer à de riches entrepreneurs réfugiés sur une île paradisiaque : voilà la mise en scène d’un groupe d’activistes réunis à Bruxelles pour dénoncer la façon dont l’Union européenne, à travers sa banque publique, soutient des multinationales qui profitent largement des paradis fiscaux.

Anne-Sophie Simpere, des Amis de la Terre, explique : «  L’étude que nous avons mené avec le réseau Eurodad (2) démontre que de nombreux projets financés par la BEI impliquent des paradis fiscaux et des multinationales qui utilisent des centres offshore. Pourtant, les politiques d’investissement de la BEI sont décidées par son Conseil d’Administration, composé des Etats membres de l’UE dont les décideurs enchaînent les déclarations de lutte contre les paradis fiscaux. Comment peuvent-ils prétendre lutter contre ces pratiques alors qu’en même temps, ils les cautionnent massivement avec la banque publique de l’Union européenne ?"

Ces cinq dernières années, la BEI aurait prêté 5,66 milliards d’euros aux banques françaises, néerlandaises et anglaises les plus impliquées dans des paradis fiscaux (3), alors que 210 millions d’euros seraient allés à des fonds africains utilisant les paradis fiscaux dans leurs stratégies d’investissement. En outre, de grands projets d’infrastructures tels que le Gazoduc Ouest Africain au Nigeria (4), la mine de Tenke Fungurume en République Démocratique du Congo (5) ou la mine de Mopani en Zambie (6) sont liés aux Bermudes ou aux Iles Vierges.

Pour Desislava Stoyanova, coordinatrice de Counter Balance : « Cette situation est inacceptable de la part d’une institution publique. Et en particulier de la BEI, dont les lacunes en matière de transparence et de responsabilité sont notoires, alors que ce sont deux aspects cruciaux en matière de lutte contre les paradis fiscaux. »

Les Amis de la Terre et Counter Balance demandent à la BEI et à ses Etats membres de ne plus soutenir de projets liés à des paradis fiscaux et d’assurer une transparence complète des prêts de la BEI à des intermédiaires financiers, pour garantir que ces flux ne contribuent pas à alimenter l’évasion fiscale.

Contact presse :
Caroline Prak, 01 48 51 18 96 / 06 86 41 53 43

Notes :
(1) La coalition européenne "Counter Balance : Réformer la BEI" rassemble les ONG suivantes : CEE Bankwatch Network (Europe centrale et orientale), les Amis de la Terre (France), Urgewald et WEED (Allemagne), Campagna per la Riforma della Banca Mondiale (Italie), BothEnds (Pays-Bas), Bretton Woods Project (Grande-Bretagne)
(2) EURODAD est un réseau de 55 organisations non-gouvernementales (ONG) provenant de 18 pays européens et travaillant sur le thème de la dette, du financement du développement et de la réduction de la pauvreté. www.eurodad.org
(3) Il s’agit de la Barclays Bank, la Royal Bank of Scotland, BNP Paribas, la Société Générale et ING
(4) Le consortium West African Gas Pipeline Company Limited (WAGPCo) est enregistré dans les Bermudes. La BEI a accordé 75 millions d’euros de prêt au Ghana pour la mise en œuvre de ce projet
(5) Tenke Holding Ltd /Lundin Holding, enregistrée aux Bermudes, est partiellement propriétaire du projet d’exploitation des mines de cuivres et de cobalt de Tenke Fungurume en République Démocratique du Congo pour lequel la BEI a approuvé sous conditions un prêt de 100 millions d’euros en 2007
(6) Mopani Copper Mines plc (mines de cuivre de Mopani), qui a bénéficié d’un prêt de 48 millions d’euros de la BEI, est détenue en majorité par Carlisa Investments Corporation, installée dans les Îles Vierges britanniques.

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