Cette année, le Forum social mondial (FSM) avait été convoqué dans l’objectif particulier de préparer le prochain Sommet des peuples
qui se déroulera en parallèle de la conférence onusienne de juin prochain dite Rio +20 [le sommet de la Terre de Rio aura vingt ans au mois de juin]. La société civile se prépare dès maintenant à faire entendre sa
voix sur la justice sociale et environnementale – thème central de ce FSM. L’enjeu a réuni à Porto Alegre plus de cent cinquante organisations et mouvements sociaux, venus pour la plupart d’Amérique latine.

Ce grand rendez-vous a constitué une étape importante dans la poursuite de la mobilisation face au nouveau projet mondial d’exploitation capitaliste désormais plus connu sous le nom rassurant d’“économie verte” et porté par les préparateurs de Rio + 20. Il a permis de faire avancer la convergence entre les mouvements présents de la mouvance altermondialiste, des indignés, des organisations indigènes et des mouvements antisystème de tous ordres. On regrettera une sous-représentation des mouvements écologistes tant au niveau brésilien qu’international, ce qui est d’autant plus paradoxal que, pour la première fois depuis sa création, le FSM a placé la question environnementale au centre de ses travaux. Ceci peut s’expliquer par une analyse divergente de ces mouvements sur l’intérêt de ce Forum – et plus généralement des FSM – et la stratégie à développer aujourd’hui.
Se mobiliser en France et en Europe
A l’issue du sommet, le lancement d’une campagne internationale contre cette prétendue économie verte a été acté. Elle a été promue principalement par le bolivien Pablo Solon, un des créateurs du sommet de Cochabamba, et plusieurs réseaux dont Attac France. La participation des Amis de la Terre à cette campagne demeurait en discussion à l’issue de ce FSM.
En Europe, une campagne réellement écologiste devra pointer que sous couvert d’”économie verte”, il ne s’agit plus uniquement pour les puissances capitalistes de poursuivre la logique qui justifie la poursuite de la marchandisation des ressources des pays du Sud.
Au nom de l’écologie, les promoteurs de l’”économie verte” ambitionnent désormais l’appropriation d’absolument toutes les ressources mondiales restant disponibles – comme le montre l’exemple du projet d’extraction des gaz et huiles de schiste, en France comme ailleurs. Cette campagne devra aussi intégrer le soutien aux luttes locales contre les projets destructeurs, tout en réaffirmant que le mode et le modèle de vie de la majorité de la population des pays riches sont l’argument et l’alibi qui permettent aux multinationales et à leurs sous-traitants d’amplifier la prédation. Elle sera enfin l’occasion décisive pour faire connaître et partager le plus largement l’alternative globale proposée par les Amis de la Terre sur la base de l’espace écologique et la transition vers des sociétés soutenables. Affaire à suivre, donc.
Alain Dordé
Envoyé spécial à Porto Alegre
Cet article est issu de La Baleine 168



