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Afrique : messages d’espoir.

23 août 2002,
Par Christian Berdot

OGM : contre la famine, les OGM ou la mort !
Début juillet, l’Ethiopie fêtait l’anniversaire de l’opération humanitaire Life Aid. A cette occasion, le pays pouvait présenter un bilan qui contrastait fortement avec le pays ravagé par la famine d’il y a quelques années. Le Dr Tewolde Gebre Egziabher qui dirige l’Agence de Protection de l’Environnement d’Ethiopie a présenté les résultats d’une étude qui en dit long sur le chemin parcouru : pour la septième année consécutive, l’Ethiopie enregistre un surplus agricole.

En examinant de plus près les conditions d’obtention de ces résultats, on constate que toute la nourriture est produite par de petits fermiers qui n’utilisent que des méthodes agricoles traditionnelles. (Les seules pratiques agricoles commerciales concernent le coton). Toutes les semences utilisées sont obtenues, sélectionnées et échangées par les petits paysans qui n’ont recours à aucune "semence améliorée" produite par des semenciers professionnels et bien sûr à aucune semence modifiée génétiquement. L’emploi des engrais chimiques est réduit au minimum. Et cerise sur le gâteau, le pays a même constitué, grâce à ses petits fermiers, de bonnes réserves de nourriture pour prévenir sécheresse ou pénurie.

L’Ethiopie est restée longtemps associée à l’image de populations mourant de faim. Aujourd’hui, sur ces mêmes lieux, où furent prises en 1985, certaines photos qui firent le tour du monde, on peut voir que des étendues importantes ont été regagnées, en régénérant les écosystèmes (récupération de l’eau, protection des sources d’eau, prévention de l’érosion, extension contrôlée du pâturage, etc...). La Banque Génétique Ethiopienne joue un rôle de conseiller important. Elle favorise la productivité, en augmentant la diversité et la densité des variétés fermières cultivées ensemble ; une fois encore, il s’agit de l’application d’un principe écologique de base.

L’expérience éthiopienne contredit tous les préceptes des grandes institutions internationales (Banque Mondiale, Fond Monétaire International, Organisation Mondiale du Commerce, etc...) qui conseillent à tous les pays du tiers-monde de s’engager dans une agriculture industrielle, orientée vers l’exportation. La conséquence directe en est une spécialisation monoculturale, la dépendance envers les firmes semencières internationales pour la fourniture des super-semences hybrides et modifiées génétiquement - avec en corollaire, la perte des ressources génétiques locales qui sont délaissées. L’importation massive de produits chimiques, pesticides et autres engrais onéreux appauvrit encore plus des pays souvent pauvres. Les meilleures terres étant utilisées pour des productions vouées à l’exportation, le but affiché de nourrir une population locale croissante, est rarement atteint...

Mais cela ne peut décourager les Etats-Unis qui, lors de la réunion de l’Organisation Mondiale pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), en juin, ont annoncé le lancement d’un programme de 10 millions de dollars pour promouvoir... les biotechnologies dans les pays en voie de développement, en vue bien sûr de réduire la faim dans le monde.

En ce moment, lors du sommet de Johannesburg, les compagnies de biotechnologies et leurs alliés utilisent toute leur influence pour promouvoir ces mêmes techniques. Pourtant, tout près de là, la Zambie qui doit faire face à une grave famine, due à de mauvaises conditions climatiques, a refusé que l’aide alimentaire internationale ne contienne des OGM (provenant principalement des Etats-Unis). Mais quand on a faim, on ne choisit pas : soit elle accepte du maïs OGM, soit le maïs refusé sera dirigé vers d’autres pays moins regardant, Mozambique, Lesotho ou Malawi. Dans ce contexte de chantage à la famine, l’affirmation par les partisans des biotechnologies que les OGM sont l’arme pour lutter contre la faim dans le monde, apparaît d’un cynisme sans borne !

Heureusement, on vient d’apprendre que le Kenya et la Tanzanie proposent de vendre du maïs blanc à la Zambie. Le Kenya qui a bénéficié de récoltes abondantes, ces trois dernières années, peut donc aider ses collègues africains avec de "la nourriture naturelle".

Après ce message de solidarité, nous laisserons le Dr Tewolde Gebre Egziabher conclure "L’Ethiopie démontre que des systèmes de production agricoles diversifiés et adaptés à la fois sur le plan culturel et écologique, soutenus et contrôlés par des millions de petits foyers paysans garantissent la sécurité alimentaire et protège le pays de la main mise sur la production alimentaire locale par des intérêts commerciaux internationaux. L’autosuffisance alimentaire, du fermier local à l’échelle d’un pays, est le fondement sur lequel on peut construire une démocratie".

Après l’Ethiopie, à quand une Afrique autosuffisante ?



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