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Agrocarburants de seconde génération : pas si verts que ça !

Il y a longtemps que les écologistes tirent la sonnette d’alarme à propos des agrocarburants comme l’éthanol de maïs. Et voici qu’une nouvelle étude montre que même les agrocarburants dits « avancés », qui utilisent les déchets de cultures comme le maïs pour fabriquer des carburants, pourraient être nuisibles aux climats.

L’éthanol de seconde génération, fait à partir de résidus de maïs n’est pas si vert que ça (Photographer’s Choice via Getty Images)

The Time - Bryan Walsh - le 21 avril 2014. Traduction Christian Berdot

En 2008, le Time publia une couverture controversée qui se résumait en une ligne « Le mythe de l’énergie propre ». Le rapport de Michael Grunwald du Time était accablant pour l’industrie de l’éthanol et affirmait que les subventions massives versées aux agrocarburants dans le but de réduire les émissions de carbone en diminuant la demande en pétrole, avaient en fait l’effet contraire :

« Le problème de fond avec la majorité des agrocarburants est étonnamment simple, étant donné que les chercheurs l’ont ignoré jusqu’ici : utiliser des terres pour faire pousser des carburants provoque la destruction de forêts, de zones humides et de prairies qui stockent d’énormes quantités de carbone. »

Les années qui suivirent ont vu passer toute une série d’études contradictoires sur les impacts écologiques des agrocarburants, même lorsque la quantité d’agrocarburants produite continuait d’augmenter. Cette année, on s’attend à ce que les Etats-Unis utilisent plus de 182,7 millions de tonnes de maïs pour produire presque 50 milliards de litres d’éthanol, grâce en particulier aux mandats gouvernementaux. Des recherches ont fait le lien entre l’usage pour les carburants de plantes comme le maïs et le soja, et l’augmentation des prix alimentaires mondiaux ces dernières années. (En 2013, 40 % du maïs produit aux Etats-Unis a été transformé en éthanol, presqu’autant que le maïs utilisé dans l’élevage). La diminution de la consommation des véhicules et l’accroissement de la production domestique de pétrole – grâce au boum récent des huiles de schistes – ont affaibli l’argument comme quoi les agrocarburants sont nécessaires pour l’indépendance énergétique.

Pourtant, les partisans des agrocarburants ont toujours insisté sur le développement des agrocarburants de seconde génération qui résoudraient ces inconvénients écologiques, en utilisant les déchets de cultures comme le maïs, des plantes non-alimentaires comme le panic raide ou des copeaux de bois. Bien qu’il se soit avéré difficile de développer cette nouvelle génération de carburants cellulosiques à une échelle industrielle – la libération de l’énergie contenue dans la cellulose étant un gros défi à relever sur le plan chimique – il y a eu récemment quelques avancées, notamment avec les grandes usines d’éthanol cellulosique de compagnies comme DuPont et Abengoa Bioenergy.

Il s’avère cependant aujourd’hui que même la prochaine génération d’agrocarburants pourrait être pire pour le climat que les carburants d’origine fossile qu’elle est censée remplacer. Une étude financée au niveau fédéral et publiée dans Nature Climate Change a mis en évidence que les agrocarburants produits à partir de déchets de maïs relâchent à court terme, 7 % de gaz à effet de serre de plus que l’essence. La raison est simple : en utilisant les déchets du maïs, comme les tiges ou les épis, pour faire des carburants, on prive les champs de matières végétales qui auraient au fil du temps enrichi le sol en carbone. Le carbone que l’on gagne en remplaçant l’essence par cet éthanol de seconde génération produit à base de déchets de maïs, ne compense pas le carbone supplémentaire perdu par le sol. Alors que les agrocarburants de seconde génération seraient meilleurs pour les climats sur le long terme, l’étude conclue qu’ils ne sont pas suffisamment verts pour satisfaire les normes fédérales d’obtention des subventions, qui exigent que l’éthanol cellulosique produise au moins 60 % de carbone de moins que l’essence. Sans ces subventions - qui s’élèvent à 0,26 dollars par litre – l’industrie à peine née des agrocarburants « avancés » pourrait ne pas dépasser le stade du berceau.

Ce serait un rude coup pour l’industrie des agrocarburants qui comptait sur la croissance des agrocarburants de seconde génération, vu que les subventions pour l’éthanol de maïs sont supprimées progressivement. La Renewable Fuels Association – un groupe qui commercialise l’éthanol - n’a pas tardé à critiquer l’étude de Nature Climate Change, faisant remarquer qu’une étude antérieure concluait que les résidus de maïs pouvaient être récupérés, sans que la quantité de carbone des sols n’en soit diminuée. De même, la porte-parole du Ministère de la Protection de l’environnement (EPA) déclarait que cette étude « ne fournit pas les informations utiles sur le cycle de vie des émissions de gaz à effet de serre pour l’éthanol produit à partir de cannes de maïs ». Le professeur Adam Liska de l’Université du Nebraska, qui a dirigé l’étude de Nature Climate Change, faisait remarquer que l’utilisation de résidus de maïs pour produire de l’électricité – la où il pourrait remplacer le charbon plus sale – pourrait rendre les agrocarburants de seconde génération plus verts. Ce pourrait être aussi le cas, en choisissant d’autres sources de cellulose, ou avec les algues. La majorité des usines d’agrocarburants de seconde génération qui sont sur le point d’être terminées, vont utiliser les résidus de maïs en tant que première source de combustible.

La vérité, c’est que l’industrie des agrocarburants est dans le pétrin. Pour la toute première fois, le GIEC (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a explicitement mis en garde dans son dernier rapport sur les changements climatiques, contre les risques d’un développement incontrôlé des agrocarburants. Vu la puissance politique des agriculteurs qui profitent directement des subventions liées à l’éthanol - et la rareté des autres options immédiates pour réduire les impacts écologiques des transports – les agrocarburants ne vont pas disparaître. Mais l’industrie a encore beaucoup de travail devant elle, pour prouver que les agrocarburants – même les prochaines générations – ne sont pas qu’un nouveau mythe de l’énergie propre.

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