Port-Louis, le 25 juin 2001.
La plus longue barrière de corail des Antilles menacée par l’implantation d’une zone portuaire
La réserve naturelle* du Grand Cul de Sac Marin est aujourd’hui fortement menacée par l’implantation d’un port en eaux profondes couplée à l’installation d’une usine de charbon. Si les investisseurs, EDF et le Port Autonome de Guadeloupe avancent masqués, les habitants et les associations de Port-Louis commencent à réagir.
Imaginez un lagon bleu turquoise de 15 000 ha bordé de récifs coralliens peuplé de poissons et tortues, 8200 ha d’herbiers, des mangroves où viennent se reproduire oiseaux et poissons et vous obtenez la réserve naturelle du Grand Cul de Sac Marin de Guadeloupe. Un tel lieu est rare de par le monde et la juxtaposition de ces trois écosystèmes - herbiers, récifs et mangroves - lui confère un intérêt écologique considérable. Rajoutez à cela des plages de sable blanc peuplées de cocotiers, des vagues à faire pâlir d’envie plus d’un surfer et vous obtenez un petit paradis. Paradis hélas menacé par deux installations à la fois extrêmement polluantes et tout à fait inadaptées au milieu naturel.
Des tankers de 200 m de long attendus Le projet qui plane sur Port-Louis depuis quelques années comprendrait la création d’un port et d’une Centrale de charbon. D’immenses tankers traverseraient les mers pour venir livrer du charbon à une usine sensée alimenter en électricité une partie de la Guadeloupe. Malheureusement, pour s’approcher de la côte, ces tankers ont besoin d’au moins 20 m de profondeur. Et dans cette zone, on ne trouve cela qu’à partir de 500 mètres du bord. Le projet envisagerait donc de créer une digue dotée d’un tapis roulant pour acheminer le charbon jusqu’à l’usine. Ou bien de faire sauter une partie du récif corallien à la dynamite (des essais ont d’ailleurs déjà été réalisés). Dans les deux cas, on l’imagine aisément, les conséquences écologiques seraient catastrophiques.
Des besoins en eau très importants La Centrale en elle-même s’emploierait à longueur d’année à brûler du charbon, utilisant dans ses circuits de refroidissement des volumes d’eau importants. Or, l’eau se fait rare en Guadeloupe et, hasard du calendrier, l’île connaît depuis janvier dernier une sécheresse exceptionnelle qui prive les habitants d’eau plusieurs jours par semaine. C’est sans doute pourquoi les promoteurs du projet ont également envisagé d’utiliser l’eau de mer, de la dessaler, de l’injecter dans les circuits de l’usine ... puis de la rejeter dans l’océan, augmentée de 8°. Ce sont tous les écosystèmes marins qui seraient ici menacés à court terme.
Un projet très contesté Face à un tel projet, les questions ne manquent pas. Pourquoi, tout d’abord, les promoteurs se font-ils les plus discrets possible, rassurant même parfois les habitants en leur annonçant l’arrivée d’un complexe hôtelier ? Comment l’Etat pourrait-il laisser s’installer un tel complexe à deux pas d’une zone naturelle protégée, classée de surcroît en 1992 " réserve de biosphère " par l’UNESCO ? Pourquoi ne pas choisir les propositions des spécialistes en énergies renouvelables en remplacer le charbon par le procédé de la méthanisaton des déchets organiques ? Des unités de méthanisation positionnées loin des rivages auraient en effet l’avantage de répondre au besoin énergétique tout en préservant les réserves naturelles…
Si les informations sont si difficiles à obtenir, c’est bien que les enjeux sont importants. Peu à peu, habitants et associations se mobilisent, pêcheurs et riverains veulent faire entendre leurs voix. Car Port-Louis et la réserve naturelle se doivent d’être protégés et laissés tels quels aux générations futures. D’autant que d’autres solutions énergétiques existent comme, par exemple, l’éolien et le solaire, déjà bien développés sur l’archipel, ou la méthanisation, très adaptée au milieu et au climat naturel.
La Guadeloupe qui prétend être une région "pilote" en matière d’énergies renouvelables** semble donc céder à la pression industrialo-financière de grands groupes qui n’ont que faire de la faune, de la flore et des habitants.
Contact : Mariane Aimar
*Créée par le décret ministériel n° 87-951 du 23 novembre 1987. ** Article 18 de l’Agenda 21 de la Région Guadeloupe signé le 16/06/99 : "Promouvoir les nouvelles technologies à impacts environnementaux faibles : continuer à favoriser l’investissement dans les Energies Nouvelles Renouvelables (....) et conduire des études préliminaires sur la faisabilité de la valorisation du bio-gaz et de l’alcool comme source énergétique".



