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Alter-conso, une démarche différente des AMAP

A Lyon, Alter-conso a fait sien le principe de relocalisation et propose une alternative concrète aux modes de production agricole et de distribution imposés par quelques grands groupes. Reportage.

Il est près de 9h et Marc Divry engage son camion sur les routes enneigées de la campagne lyonnaise. « De tournée », il doit rejoindre la commune de Saint-Martin-en-Haut (Rhône) pour récupérer la production du maraîcher Cyrille Moulin. Le chargement se fait sur le bord de la voie à l’intersection d’un chemin conduisant à la ferme de l’agriculteur. Des caisses de blettes, pommes de terre, panais, carottes et autres légumes de saison s’entassent à l’arrière du véhicule. Fraîchement récoltés, ces produits seront distribués le soir même aux adhérents d’Alter-conso. « Alter-conso a été créée en 2006 afin de proposer une alternative à la production agricole intensive et aux modes de distribution imposés par des grands groupes ancrés dans une logique de profit, raconte Marc, salarié d’Alter-conso. La structure a été pensée comme un outil de développement au service de petits exploitants locaux dont les pratiques se rapprochent de celles mises en place en agriculture paysanne ou biologique ».

Un système de cogérance

Société coopérative d’intérêt collectif (Scic), Alter-conso est en fait une sorte de plateforme qui met en contact producteurs et consommateurs en proposant des paniers de fruits, légumes et produits laitiers. Au centre du dispositif : la notion de proximité et l’investissement de chacun des acteurs. « Nous avons adopté le principe de la cogérance avec un système de collèges : collèges des salariés, des agriculteurs et des adhérents. Il faut ajouter qu’il n’y a ni chef ni hiérarchie. Les huit salariés sont impliqués de la même manière dans le fonctionnement de la société », explique Marc. Au moment de préparer les paniers, tout le monde se met au travail. Dans l’entrepôt situé à Vaulxen- Velin, commune de la banlieue lyonnaise, les quatre salariés présents ce jour-là trient les cagettes en fonction de leur destination et chargent le tout dans deux camions. Aux alentours de 16h, les véhicules démarrent. Le premier se dirige vers Villeurbanne, le second doit desservir deux lieux de distribution dans le 5e arrondissement de Lyon.

« Faire travailler les gens du coin »

A la MJC Ménival, les distributions sont assurées par un salarié accompagné d’un des 40 exploitants affilié à Alterconso. Ce jour-là, Clément Pons – salarié – et Jean-François Chosson – producteur – installent les marchandises. Très vite, les adhérents affluent. Ici, tout le monde semble trouver un intérêt à cette forme de distribution alternative. Pierre-Yves Jallud témoigne : « Je suis adhérent à Alter-conso depuis un an et demi et j’en suis très satisfait. Alter-conso, c’est une garantie de qualité et je sais d’où viennent les aliments. C’est bien de faire travailler les gens du coin. Pourquoi faire venir des produits cultivés à l’autre bout du monde quand on peut trouver tout aussi bien voire mieux juste à côté ? Sans compter les bénéfices en termes d’émissions de CO2 ».

« Une vraie solidarité »

Jean-François Chosson renchérit : « Tout me plaît dans cette démarche ! D’abord, parce que contrairement aux AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), ce sont des salariés qui gèrent tout le côté administratif et logistique permettant aux producteurs de se concentrer sur le travail agricole. En plus, avec son réseau d’adhérents de près de 700 personnes, Alter-conso nous assure d’importants débouchés. Enfin, il y a une vraie solidarité qui lie chacun des acteurs. Il y a quelques mois, j’ai eu quelques difficultés financières. Tout le monde a fait en sorte, les producteurs en se restreignant, les salariés en me promettant de prendre ma production, que je puisse écouler ma marchandise et conserver un revenu ». Arrivée au terme de son développement et pour ne pas rentrer dans les travers qu’elle dénonce, Alter-conso ne devrait pas grossir davantage. Mais le concept a déjà fait des émules. Deux structures du même acabit, Arbralégumes et Croc’Ethic, ont récemment vu le jour. Et à Saint-Etienne, un réseau citoyen a décidé de se lancer dans l’aventure avec pour objectif d’intéresser les populations les plus défavorisées, un public qu’Alter-conso a pour l’instant du mal à attirer.

> LUCILE PESCADÈRE


Aller plus loin : www.alter-conso.org

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