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Amazonie, les fils du guaraná

10 octobre 2006,
Par Hélène Gassie

Les Satere Were revivent avec Guayapi Tropical

de Bastien Beaufort pour Politis

Les Satere Mawe, Indiens d’Amazonie brésilienne, pratiquent la culture ancestrale du guaraná, qui est aujourd’hui convoitée par l’État et les multinationales. L’entreprise de commerce équitable Guayapi tropical soutient leur combat pour leurs traditions.

Août annonce la fin de la saison des pluies. Au nord du Brésil, la forêt est luxuriante et humide, à peine sortie de la crue du fleuve Amazone. Son cours est noir, profond et froid. Là, 83 communautés indiennes de l’aire indigène Satere Mawe, en tout 8 000 habitants, sont éparpillées le long des berges des nombreux affluents. À des centaines de kilomètres de Manaus, la capitale de l’État d’Amazonas, le plus grand du Brésil. Deux fois plus grand que la France, il recouvre un large territoire de la forêt amazonienne et compte une grande partie de sa population.

L’arrivée de nouveaux venus est une attraction où se mêlent intimidation et curiosité. Le village se regroupe, et les enfants rient sans retenue. Le tuxaua, chef d’une communauté en langue satere, reçoit les visiteurs dans sa hutte, toujours ouverte. Le toit est composé de poutres, de fibres de carana (un végétal très résistant) et de feuilles de babaçu (palmier) entremêlées avec raffinement. Cette architecture traditionnelle incite à la vie communautaire et rappelle que ces hommes de la forêt s’estiment comme partie intégrante de la nature. Une perception qui les a toujours amenés à ne pas considérer la terre comme une entité différente, une propriété potentielle à individualiser.

Cette vision s’oppose totalement à celle de la civilisation occidentale. Pour mieux comprendre la culture des Satere Mawe, Obadias Batista Garcia, chef du conseil général de la tribu, raconte ce mythe fondateur : « Mon fils, tes oncles ont voulu faire de toi un être insignifiant. Mais il n’en sera rien. Tu seras grand ; tu seras présent tous les jours, à tous les moments, dans la vie de tous les hommes. Tu leur apporteras le bien, puis tu sauveras l’humanité tout entière. » Il ajoute que c’est en prononçant ces paroles qu’Onhiámuáçabê, la première femme du monde, seule à posséder la connaissance absolue de la nature, enterra les yeux de son fils assassiné par ses oncles. De son oeil droit naquit le premier Satere Mawe, et de l’oeil gauche poussa le fruit du très convoité guaraná, utilisé par les Occidentaux comme un puissant dynamisant physique et intellectuel. Au-delà de la légende, les scientifiques précisent que l’arbuste, originaire de l’Amazonie brésilienne, trouve sa principale banque génétique naturelle sur le territoire des Satere Mawe.

Tradition oblige, ceux-ci boivent le çapó lors de toute réunion importante pour apporter l’harmonie entre les hommes, et la lucidité pour chacun. Cette boisson traditionnelle, composée de poudre de guaraná et d’eau, s’échange dans une calebasse de coco. Comme le montrent le mythe et ce rituel, le guaraná possède une valeur spirituelle, historique et culturelle forte chez les Satere Mawe. Se définissant comme « os filhos do guaraná » (les fils du guaraná), ils vivent dans une aire indigène reconnue par la Constitution de la République fédérative du Brésil de 1988, qui garantit les droits collectifs des peuples indigènes sur les terres qu’ils occupent historiquement.

Pour Obadias, le commerce équitable entrepris depuis dix ans avec l’entreprise française de commerce équitable Guayapi tropical réalise d’une certaine manière une partie du mythe. « Le contact de plus de trois cents ans avec le Blanc a entraîné des conséquences très néfastes pour notre culture, notre économie et notre société en général, explique Obadias. Avec le projet guaraná et le commerce équitable, non seulement nous regagnons notre indépendance économique et sociale, mais nous réaffirmons aussi notre culture ancestrale. Maintenant, nous sommes enfin libres de choisir le chemin que nous voulons suivre. » Cette indépendance s’est matérialisée avec la création, en 1987, du conseil général de la tribu satere mawe. Élu à la présidence du conseil trois fois de suite, de 1996 à aujourd’hui, Obadias a aussi contribué à mener à bien le « projet guaraná » avec Guayapi, en tant qu’intermédiaire entre producteurs et importateurs. La tribu fixe seule les prix de ses produits, que l’entreprise française importe sans négociation à la baisse.

Lire la suite dans Politis n° 920