Photographie

American Power : american nightmare* ?

Entre 2003 et 2008, Mitch Epstein a photographié les lieux américains de production d’énergie et les symboles liés à sa consommation. Ce tour énergétique des États-Unis est présenté à la fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris.

La première image donne le ton. Sur cette photo format XXL, on découvre un jardin comme il y en a tant à l’arrière des maisons des quartiers pavillonnaires américains. C’est vert, c’est joli, le cadre idéal pour un petit-déjeuner Ricoré… à condition de faire abstraction de la centrale thermique qui barre l’horizon. Début d’une série de clichés chocs qui interroge notre rapport à l’énergie.
Tout a commencé en 2003. Cette année-là, Mitch Epstein se rend à Cheshire, dans l’Ohio, pour effectuer un reportage sur la destruction d’un village condamné à l’abandon suite à une grave contamination de ses sols. Pour éviter d’attirer l’attention, l’entreprise fautive, American Electric Power (AEP), arrange vite faitbien fait le déménagement des habitants. Deux précautions valent mieux qu’une, l’AEP glisse au passage quelques liasses de billets dans la poche des exilés. En échange, ces derniers s’engagent à ne pas porter plainte… même si le fait d’avoir vécu à côté d’une usine rejetant les pires produits toxiques devait se traduire un jour par l’apparition de graves maladies infectieuses ou de tumeurs grosses comme le poing. Marqué par ce reportage, le photographe décide de se lancer dans un vaste projet autour de l’énergie.

L’énergie, le maillon central

« Six mois plus tard, je commençais à faire des images sur la production et la con sommation d’énergie à travers les États-Unis, ex plique Mitch Epstein. Je voulais photographier la relation qui existe entre la société américaine et le paysage américain, l’énergie étant le maillon central ; du moins était-ce la leçon que j’avais tirée de Che - shire. Le coeur du sujet, c’était l’énergie – son mode de production, son utilisation et ses ramifications multiples. » Pendant quatre ans, il fait le tour du pays, photographie les sites de productions d’énergie (centrales nucléaires, plateformes pétrolières, barrages hydrauliques…) et quelques symboles liés à son usage (pompes à essence, voitures, chaises électriques, la ville de Las Vegas…). Ce qui frappe le plus dans l’ensemble de ces images, c’est à quel point tous ces édifices créés pour satisfaire les besoins de l’Homme nient absolument ceux de la nature. Partout où poussent centrales nucléaires et raffineries de pétrole, la nature est sacrifiée. Pour quelles raisons ? Quels bénéfices ? Mitch Epstein, qui s’inscrit dans le courant de la photographie documentaire, ne donne pas la réponse. Il montre juste les faits. Et parfois quelques alternatives, comme cette maison de Kalapana, à Hawaï, alimentée par l’énergie solaire, ou ce four solaire où mijotent des aliments bien appétissants. Mitch Epstein nous donne matière à réflexion – et c’est déjà beaucoup. À nous de la modeler pour arriver à bâtir des sociétés soutenables.

> LUCILE PESCADERE
American Power. Jusqu’au 24 juillet 2011 à la Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, 75014 Paris.
www.henricartierbresson.org.
Catalogue édité chez Steidl.


* Puissance [cela désigne aussi la production électrique, ndlr] américaine : cauchemar américain ?

Photographie : Centrale à charbon d’Amos-Raymond (Virginie-Occidentale), 2004. (c) Mitch Epstein

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