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Arrêtez le pillage ! Pour la reconnaissance de la dette écologique

7 septembre 2004,

Les pays du Nord doivent reconnaître leur dette écologique vis-à-vis des pays du Sud !

La dette écologique envers le Tiers-Monde

La dégradation de notre environnement à l’échelle de la planète est une évidence pour tous aujourd’hui. Les modèles de production et de consommation utilisés par les économies du Nord sont principalement responsables de la perturbation des cycles naturels. Le changement climatique généré par les émissions excessives de dioxyde de carbone dans l’atmosphère est un phénomène qui est maintenant scientifiquement confirmé. Ses effets désastreux comme le bouleversement du cycle des saisons, les inondations, les ouragans, la montée des eaux des océans sont désormais perceptibles. Ils compromettent l’avenir les sources de subsistance de populations entières. La déforestation, la pollution de notre environnement, l’extraction intensive des ressources naturelles sont tous dus à un modèle de développement qui ne profite qu’à une minorité au détriment de la grande majorité des êtres humains. Selon les Nations Unies, la richesse mondiale est concentrée entre les mains des 20 pour cent de la population mondiale vivant dans le Nord et qui consomment 80% des ressources naturelles.

La Dette Ecologique Lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, une ONG chilienne, l’Institut pour une Economie Politique (IEP), a présenté la notion de dette écologique dans le contexte de la réduction de la couche d’ozone. Depuis plusieurs années, les Amis de la Terre ont approfondi ce concept et mènent une campagne internationale pour la reconnaissance de la dette écologique.

C’est en fait la responsabilité cumulée des pays industrialisés pour la destruction causée par leurs modèles de production et de consommation. Les richesses naturelles extraites par le Nord au détriment des populations du Sud a contaminé le patrimoine de ces derniers ainsi que leurs sources de subsistance.

La notion de dette écologique inclus aussi l’appropriation illégitime de l’atmosphère ainsi que la capacité d’absorption de notre planète par le monde développé. Cette dette est le résultat d’activités industrielles qui représentent une menace pour les économies locales plus durables.

D’une façon concrète, voici quelques unes des raisons qui militent en faveur de la notion de dette écologique :

. Le pillage et la destruction provoqués par les pays du Nord durant l’époque coloniale (France, Espagne, Portugal, Royaume-Uni, Pays-Bas…).

· L’extraction des ressources naturelles (pétrole, minerais, forêts, ressources marines et patrimoines génétiques) qui continue de menacer la survie même des populations du Sud.

· Les termes écologiquement inéquitables utilisés par le système commercial actuel, qui favorise l’exportation de marchandises sans aucune prise en compte des impacts social et environnemental générés par leur extraction ou leur production.

· L’appropriation intellectuelle et l’usage des connaissances traditionnelles en matière de semences et de plantes médicinales par la biotechnologie et l’agro-industrie moderne et pour lesquels les pays du Sud doivent payer des royalties !

· L’utilisation et la dégradation des meilleures terres, de l’eau, de l’air et des ressources humaines pour le développement des cultures de rente, ce qui met en péril la souveraineté alimentaire et culturelle des populations du Sud.

· La pollution de l’atmosphère résultant des émissions disproportionnées de gaz produites par les pays industrialisés. Une situation qui affecte la couche d’ozone et engendre le changement climatique.

· L’appropriation illégitime de l’atmosphère et de la capacité d’absorption de carbone des océans et de la végétation.

· La production d’armes et de substances chimiques et nucléaires ainsi que de déchets toxiques qui sont entreposés un peu partout dans les pays du Sud.

Il ne faut pas non plus oublier le fait que le niveau de vie des pays industrialisés doit beaucoup aux flux colossaux de ressources naturelles et financières ainsi que du travail sous-payé fournis par les pays du Sud, dommages social et environnemental non inclus. En d’autres termes, les pays appauvris du Sud subventionnent les pays riches du Nord !

Si durant la période coloniale l’extraction des métaux précieux et autres ressources était menée de manière violente, le pillage auquel nous assistons aujourd’hui utilise des méthodes beaucoup plus subtiles avec des institutions internationales comme le FMI, la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui cherchent à dicter la politique économique mondiale en vue de maintenir un système de domination et de main-mise sur le commerce des ressources financières et naturelles.

Ce système est maintenu et alimenté par divers mécanismes : la dette étrangère promue par les pays du Nord ; l’organisation du marché international de manière à favoriser les économies du Nord ; le flux des investissements étrangers, la privatisation de l’énergie ; des communications ; de l’eau ; des terres ; la révolution « verte » agricole ; la libéralisation du commerce ; la dépendance technologique et les lois de la propriété intellectuelle.

Sous le prétexte des obligations de leurs dettes extérieures, les pays du Tiers-monde sont poussés à accroître leurs exportations même si les conséquences sociales et environnementales de ces actions sont bien connues désormais. En outre, plus ces pays exportent, moins ils reçoivent.

Par exemple : entre 1980 et 1995, le volume des exportations le l’Amérique Latine a enregistré une augmentation de 245%. Entre 1985 et 1996, 2706 millions de tonnes de matières premières, dont la grande partie est non-renouvelable, ont été extraites et exportées. Tout ce qui a été transformé, extrait ou déplacé en termes de ressources pour cela n’a pas été évalué. Il en va de même pour le nombre de personnes affectées ou déplacées.

Entre-temps, (i. e. de 1982 à 1996) l’Amérique Latine a du payer 740 milliard de dollars pour sa dette, soit plus du double des 300 milliards qu’elle devait en 1982. La dette n’a pas diminué mais au contraire elle a grimpé à 607 milliards de dollars tout simplement à cause d’une augmentation arbitraire des taux d’intérêt. La dette extérieure du Tiers-monde a en fait été payée un certain nombre de fois déjà non seulement en termes de finance mais aussi et surtout compte tenu de l’immense flux des produits naturels et de la main d’œuvre bon marché qu’il fournit au Nord.

Malgré son caractère illégitime, cette dette continue d’être payée. La dette écologique augmente encore ce que le monde industrialisé doit envers le Tiers-Monde.

Auroma Donoso, FoE Equateur


Lors de sa dernière Assemblée générale, la Fédération Internationale des Amis de la Terre (FoEI) a lancé une campagne pour la reconnaissance et le paiement de la dette écologique. Un certain nombre d’objectifs sont visés à travers cette initiative :

· Mettre un terme à l’accroissement de la dette écologique,

· Restaurer les zones affectées par l’extraction des ressources naturelles et les cultures de rente afin de permettre aux communautés nationales du Sud de retrouver leur capacité d’autosuffisance,

· Rapatrier les patrimoines culturel (la mémoire historique pillée) et naturel (le matériel biologique et génétique),

· Restaurer les zones affectées par le changement climatique, réduire les émissions de CO2 et éliminer totalement les substances nocives à la couche d’ozone,

· Eliminer toutes les armes, tous les produits et substances toxiques qui constituent une menace pour la vie sur la terre.


Traduction d’articles du Magazine LINK de la Fédération internationale des Amis de la Terre

Liens vers d’autres sites ou sources d’information :

- la campagne internationale sur la dette écologique (en espagnol et en anglais)

- pour télécharger « De l’espace environnemenrtal vers la dette écologique - une perspective européenne »(Discours présenté par Martin Rocholl, FoEE, lors de la conférence des Amis de la Terre qui s’est tenue au Bénin fin 2001 "Globalisation, Ecological Debt, Climate Change and Sustainability)