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Assurer le chaos climatique : AXA soutient toujours le développement du charbon

Mercredi 26 avril - A l’occasion de l’Assemblée générale d’AXA, les Amis de la Terre France, avec le soutien des leurs partenaires internationaux, ont publié une note sévère à l’encontre des assureurs qui manquent à leur devoir de protection en continuant de soutenir par leurs investissements et leurs services d’assurance le développement des énergies fossiles au niveau mondial. Les Amis de la Terre étaient présents au Palais des Congrès à Paris pour appeler son PDG Thomas Buberl à renouer avec le leadership dont le groupe avait fait preuve en 2015 et à annoncer de nouvelles mesures d’arrêt de ses soutiens au charbon.

Les Amis de la Terre France ont participé le 26 avril 2017 à l’Assemblée générale d’AXA qui s’est tenue à Paris afin d’interroger son PDG Thomas Buberl sur les mesures adoptées, côté investissement et assurantiel, par le groupe pour prévenir et répondre aux risques climatiques (1). A cette occasion, ils publiaient, avec le soutien de Greenpeace Suisse, Re:Common, Sierra Club, Sunrise Projet et urgewald, une note sur l’exposition des 15 plus grands groupes d’assurance européens aux énergies fossiles (2).

Intitulée “Assurer le chaos climatique”, la note pointe les 130 milliards de dollars qu’ils ont investi dans les énergies fossiles et l’absence de politiques de désinvestissement à la hauteur des enjeux. Car aucun de ces 15 assureurs ne s’est engagé à ne plus investir dans un sous-secteur des énergies fossiles, pas même du charbon, qui n’est qu’en partie couvert par des mesures de désinvestissement adoptées par Allianz, AXA et SCOR. AXA se place deuxième avec 34 milliards d’euros d’investissements dans les énergies fossiles.

Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privé des Amis de la Terre France, commente : “AXA s’est positionné comme leader en mai 2015 en étant un des premiers assureurs à annoncer se désinvestir des entreprises qui tirent plus de 50% de leur chiffres d’affaires du charbon. Mais il a très vite été dépassé par Allianz et d’autres investisseurs qui ont pris des engagements beaucoup plus ambitieux et avec des impacts plus importants sur le climat (3). Aujourd’hui, AXA continue d’investir dans des entreprises qui parient contre l’Accord de Paris et ses objectifs en construisant de nouvelles centrales à charbon, comme le sud-coréen KEPCO qui prévoit 14GW de nouvelle capacité charbon mais dans lequel AXA a investi 90 millions de dollars en 2016. Un an et demi après la COP21, il est urgent qu’AXA revoie à la hausse son critère de désinvestissement et pallie ses failles les plus importantes”.

La note fait quatre recommandations à AXA sur ce sujet, et notamment celle d’adopter le seuil de désinvestissement de 30% déjà retenu par Allianz et d’autres investisseurs comme le Fonds de pension norvégien, et d’appliquer sa politique à l’ensemble des actifs qu’il gère, qu’ils le soient pour compte propre ou pour compte de tiers (4). Au-delà de la question du désinvestissement, la note s’interroge sur le métier même d’assureur et pose la question de la légitimité d’assurer de nouveaux projets d’énergies fossiles. Dans un contexte de crise climatique, elle affirme immoral de protéger les responsables de risques qui menacent l’humanité toute entière.

“ Si les entreprises des énergies fossiles continuent d’extraire toujours plus d’hydrocarbures et de construire de nouvelles centrales thermiques au gaz et au charbon ou raffineries en contradiction avec l’objectif de limiter le réchauffement de la planètea en-dessous du seuil de 1,5°C, c’est notamment grâce aux sociétés d’assurance qui leur fournissent différents services. Sans assurance, les 800GW de nouvelle capacité charbon encore prévue dans le monde entier ne pourront pas voir le jour. En tant que gestionnaires ultimes du risque dans nos sociétés, les assurances doivent donc arrêter de cautionner ces projets qui menacent notre avenir. AXA a déjà fait un premier pas dans cette direction en appliquant à ses activités assurances les critères de sa politique de désinvestissement mais on est encore loin d’un engagement à ne plus assurer tout nouveau projet de charbon, et encore moins d’énergies fossiles ” poursuit Lucie Pinson.

Enfin, la note rappelle que les assureurs ont tout intérêt à contribuer à la réduction des gaz à effets de serre en arrêtant d’assurer et d’investir dans le secteur du charbon et plus largement des énergies fossiles. Car les sociétés d’assurance sont les seules institutions financières exposées aux trois catégories de risques financiers liés au changement climatique : les risques physiques liés aux impacts du réchauffement, les risques de responsabilité juridique et les risques économiques liés à la transition bas carbone. Déjà AXA est une des 30 sociétés menacées de poursuites par l’électricien américain Duke Energy s’il refuse de payer pour les coûts de dépollution de ses bassins de cendres de charbon.

Erratum : AXA a annoncé l’application de sa politique de désinvestissement aux actifs gérés pour des tiers par AXA IM la veille de son Assemblée Générale et de la publication de la note des Amis de la Terre France "Assurer le chaos climatique". Cette annonce n’a pas été intégrée à la note mais vous pouvez lire la réaction des Amis de la Terre France ici.

Est aussi disponible la réaction des Amis de la Terre France aux réponses de Denis Duverne, président du Conseil d’administration d’AXA.

Contact : Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France, 0679543715, lucie.pinson@amisdelaterre.org

Crédit Photo : Waterkeeper Alliance - fuites de cendres de charbon du bassin de Dan River géré par Duke Energy aux Etats-Unis

(1) Les Amis de la Terre France poseront trois questions à AXA, une sur les critères généraux de désinvestissement, une sur la légitimité d’assurer les secteurs des énergies fossiles et une sur l’application de ces politiques aux actifs gérés pour compte tiers. Pour plus d’informations, contactez Lucie Pinson au 06 79 54 37 15
(2) La note est téléchargeable ci-dessous.
(3) En France CNP Assurances notamment a adopté un seuil de 25%.
(4) Les deux autres recommandations sont de compléter le seuil de 30% par un critère absolu de production ou consommation de charbon inférieure à 20 millions de tonnes de charbon, et de retenir comme critère de référence le pourcentage de génération d’électricité à partir de charbon pour les producteurs d’électricité (et non le chiffre d’affaires) car lui seul permet de refléter l’impact climatique réel.

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