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Au coeur des Assemblées générales des banques

Longs weekend, premiers apéros en terrasse, balades au soleil dans une nature encore verdoyante, « en mai, fais ce qu’il te plait » – qu’ils disent… car pour les Amis de la Terre France, ce joli mois rime plutôt avec heures sup’ et branle-bas de combat. C’est à ce moment là que se tiennent en effet les Assemblées générales des grandes banques françaises, un temps fort de notre campagne pour la fin des financements aux énergies fossiles. Pourquoi nous y rendons-nous ? Avec qui et comment ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur cette particularité propre à l’identité des Amis de la Terre France.

NOTRE TICKET D’ENTREE

Notre présence aux Assemblées générales des banques semble aussi extravagante que le serait celle d’un représentant du Crédit Agricole à l’Assemblée générale des Amis de la Terre France. Extravagante et perdue d’avance : comment passer les portiques de sécurité, comment pénétrer au coeur de cet événement privé organisé par et pour la banque à laquelle on s’oppose publiquement ? Rien de plus simple, il suffit d’être actionnaire ! Mais si une seule action suffit à obtenir le sésame d’entrée, un même actionnaire ne pourra pas obtenir plusieurs cartons d’invitation. Heureusement, pour nous y rendre à plusieurs, les Amis de la Terre disposent d’un réseau de personnes et d’organisations ellesmêmes actionnaires et disposées à établir des procurations en notre nom.

INCARNER LES COMBATS

Il est très rare que nous nous y rendions seuls. Le plus souvent, nous y allons accompagnés de représentant-e-s de communautés mobilisées ici ou là-bas contre des projets d’infrastructures énergétiques dans lesquels sont impliquées les banques françaises. L’objectif : rappeler à la direction et aux actionnaires de la banque que derrière leurs profits et leurs dividendes se trouvent des hommes et des femmes. Et le temps d’une assemblée, le décalage qui se forme entre des actionnaires venus compter leurs sous et ces personnes venues défendre leur vie bouscule, interpelle et fait réagir.

TRANSFORMER LES CONSCIENCES

Contrairement à certains de nos partenaires internationaux, nous ne nous rendons pas aux Assemblées générales pour les perturber, mais pour convaincre, sans naïveté mais armés d’une longue patience. C’est en gagnant les consciences d’un, dix, cent, mille actionnaires que nous forcerons la direction des banques à accélérer la transformation de leurs activités. Certes, cela ne suffira pas à obtenir les changements nécessaires – et ne vous inquiétez pas, nous ne perdrons jamais notre esprit critique et notre liberté d’action par ailleurs – mais toucher à ce pilier du pouvoir de la banque est une tactique intéressante à ajouter à nos autres formes d’actions non-violentes. Ainsi, être applaudis comme nous l’avons été chez BNP Paribas cette année constitue une victoire importante alors qu’il y a trois ans, on nous y réservait un accueil plutôt froid.

UN EXERCICE PAS SI SIMPLE

Poser une question en deux minutes en territoire hostile est loin d’être un exercice facile. Car certains actionnaires, nostalgiques du temps où les banques n’avaient pas à se soucier de questions extra-financières, n’apprécient guère l’irruption de préoccupations sociales et environnementales dans cette assemblée et n’hésitent pas à le faire savoir en nous sifflant, et en couvrant nos questions de bruits divers et de petits mots plus ou moins polis. Le caractère grégaire d’une foule faisant son oeuvre, cette année fut particulièrement difficile à la Société Générale où les actionnaires se sont montrés plus violents que d’ordinaire, permettant ainsi à la direction d’ignorer complètement une de nos trois questions.

OBTENIR DES RÉPONSES

N’oublions pas le plus important : nous y allons pour poser une ou plusieurs questions à la direction de la banque et la forcer à se positionner publiquement sur un dossier en particulier, comme le soutien de la banque à un projet de terminal d’exportation de gaz de schiste, le respect des droits des populations autochtones ou encore l’incohérence de leur politique climatique. Ici, aucune surprise sur les sujets abordés, nous préparons notre venue bien à l’avance, et nos questions visent à obtenir des réponses qui nous permettront de ponctuer et de faire rebondir nos campagnes. Que la direction choisisse de répondre positivement à nos demandes – comme ce fut le cas en mai 2015 lorsque Crédit Agricole a annoncé l’arrêt de ses financements aux projets de mines de charbon – ou fasse usage de la langue de bois pour noyer le poisson, toute réponse donne à voir l’état du rapport de force et nous permet de réfléchir à la suite de notre combat !

Par Lucie Pinson des Amis de la Terre France

Rédigé le