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Avis sur le projet de train privé entre Paris et l’aéroport de Roissy ( CDG express)

18 décembre 2003,

Avis sur le projet CDG Express Liaison ferroviaire réservée aux utilisateurs parisiens de l’aéroport de Roissy

I. Contexte :
1) le débat intervient au moment ou se poursuit la controverse sur l’opportunité d’un troisième aéroport en région parisienne. Or il existe au moins deux points de vue antagonistes :
  celui de l’établissement Aéroports de Paris (ADP) qui, avec la compagnie Air France n’envisage pas une stabilisation du trafic sur Roissy mais un « développement de l’aéroport de Roissy » tel que cela est écrit dans le dossier de présentation du projet CDG. Le sous-entendu est bien sûr que la capacité de l’aéroport sera augmenté. Le silence des responsables nationaux sur cette perspective est édifiant.
  celui des habitants de la région parisienne qui sont de plus en plus exposés aux nuisances aériennes mais aussi aux bruits et pollutions des nombreuses rocades et autoroutes qui se surajoutent aux nationales et départementales existantes. En fait ni la limitation de l’urbanisation, ni les projets de transports en commun, ni les colloques des élus sur « l’effet de serre » ne semblent servir à limiter l’extension des capacités aéroportuaires, celle des infrastructures routières et à prendre à bras le corps la question des nuisances de bruit et de pollution de l’air - graves problèmes de santé publique.

2) les financements des projets de transports en commun, en périphérie, sont reportés ou sans cesse remis en cause. Les discours lénifiants des responsables ne sauraient cacher une réalité : les projets routiers s’empilent, ceux de transports en commun sont tellement retardés qu’ils ne sont plus des priorités.
  les projets de prolongement de la ligne E ( éole) et la création de la ligne 14 ( méteor) ont vu s’affronter les logiques d’entreprises SNCF et RATP avec à la clé des retards et une mauvaise coordination des deux projets
  le projet de réouverture de la grande ceinture ferrée et son premier tronçon Sartrouville Noisy le Sec est une nouvelle fois remis en cause.
  le PDU Ile de France est un énième document consultatif puisqu’il n’est pas opposable.

3) la priorité en Ile France comme sur l’ensemble du territoire est avant tout la gestion des flux de marchandises qui transitent en très grande majorité par la route ; et beaucoup moins les déplacements des personnes sauf ceux de « banlieue à banlieue » en Ile de France. Pourtant les projets « marchandises » rail ou voie d’eau apparaissent comme des arlésiennes ce qui provoque : des gaspillages, des embouteillages soigneusement mesurés… mais que l’on traite à coup de projets d’élargissement ou de créations de routes.

4) l’imprécision de la plupart des projets rails. Les projets « rails » semblent toujours menés de la même façon, comme a dit un participant lors d’un atelier : « on exproprie, on creuse et on bétonne ».

II. Propositions pour un débat sur CDG express sans « arrières pensées »
1) Une position du gouvernement sur le nombre de mouvements d’avions qui sera autorisé à Roissy. Actuellement le plafond des 55 millions de passagers n’a pas été démenti, et de nouvelles aérogares sont construites sans être sujettes, comme en Grande Bretagne, à une procédure d’enquête publique. Nous dénonçons la croissante rampante de Roissy. Le récent rapport parlementaire préconise un report de clientèle sur les TGV et de grands aéroports de province, ces propositions doivent maintenant faire l’objet d’engagements et d’un calendrier précis.

2) La levée du statut quo actuel : le gouvernement s’oppose à la construction d’un nouvel aéroport mais la protection des riverains de Roissy progresse beaucoup trop lentement pour être perceptible. Et de toute façon , ni les cours de récréations, ni les espaces verts ne pourront être insonorisés…La qualité de la vie passe donc par le plafonnement très rigoureux des niveaux de bruit et par une réduction du nombre de mouvements d’avions.

3) Une volonté de limiter l’urbanisation. Dans le dossier du maître d’ouvrage, il est signalé (p.25) que le RER B sera fréquenté par 7% d’usagers en plus tous les ans. Il est donc clairement envisagé d’augmenter le nombre de personnes vivant, pour la plupart, sous le bruit des avions.

4) Un engagement de la fin des projets routiers dans le secteur au bénéfice des projets de transports en commun prévus. Comment rendre crédible cet engagement ? par exemple en stoppant les différents bouclages : tels que la A104 et les rocades afférentes ; en ouvrant une file transport en commun sur les autoroutes A1 et A3 au bénéfice de liaison bus express, etc.

III. Pour les Amis de la Terre, les quatre orientations qui précèdent sont des préalables à la réalisation de CDG-Express. Ensuite, si le projet se concrétise, il semble indispensable :
1) que la liaison ne soit pas réservée aux voyageurs aériens, mais comporte quelques arrêts intermédiaires. Il nous semble curieux que ces exemples ne soient pas évoqués dans le rapport. Les aéroports de Hong Kong et plusieurs aéroports japonais sont desservis par des trains qui font quelques arrêts sans nuire à la qualité du service. Dans le cas du projet CDG, deux arrêts à l’entrée et à la sortie du tunnel pourraient permettre des correspondances avec des transports tangentiels existants ou prévus.

2) que l’enregistrement des bagages en gare soit opérationnel dès le démarrage du projet. En effet, si CDG express a aussi pour but (tel qu’annoncé dans le dossier) de diminuer notablement le trafic routier entre Paris et Roissy, il faut offrir toutes les formalités d’enregistrement en gare et les wagons nécessaires à cet usage dès l’ouverture de la ligne (et non plus tard, comme cela a été évoqué lors de l’atelier de la commission du débat public).

Anne Gellé