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BNP Paribas championne française des paradis fiscaux

1er avril 2009,
Par Coordination ATF

Alors que le sommet du G20 sur la crise financière s’ouvre demain à Londres, les Amis de la Terre organisent ce matin une action devant le siège de BNP Paribas : jouant les banquiers de « BNP PARADIS, la banque d’un monde paradisiaque », ils dénoncent le nombre record de filiales de la banque dans les paradis fiscaux, qui minent les capacités fiscales des États du Sud comme du Nord. Au moment où les crises financière, sociale et écologique imposent des financements publics importants pour réorienter l’économie vers des sociétés soutenables, les Amis de la Terre demandent la fermeture des paradis fiscaux, en commençant par interdire aux entreprises françaises comme BNP Paribas d’y maintenir des filiales.


BNP Paribas est de loin l’entreprise française la plus implantée dans les paradis fiscaux, avec 189 filiales (1). Elle est notamment très implantée au Royaume-Uni, en Suisse où elle se glorifie d’être la première banque étrangère (2), mais aussi aux îles Caïman (21 filiales). Les paradis fiscaux aggravent l’instabilité financière ; ils sapent les mécanismes de redistribution financière et de régulation judiciaire (évasion et fraude fiscales, moins disant fiscal, complaisance maritime).

Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre explique : « Notre action « BNP PARADIS, la banque d’un monde paradisiaque » met en avant la lourde responsabilité des multinationales françaises, en particulier les banques, dans les paradis fiscaux. La crise systémique actuelle nécessite de nouveaux financements publics, pour réorienter très vite les modes de production et de consommation vers des sociétés plus équitables. Or les paradis fiscaux assèchent les Etats de centaines de milliards de dollars par an (3) : halte à l’hémorragie ! Face à l’urgence sociale et écologique, toutes les ressources publiques doivent être mobilisées ».

Gwenael Wasse, chargé de campagne Responsabilité des entreprises, ajoute : « La fraude fiscale et commerciale liée aux multinationales représente 60 à 70 % des sommes s’évadant des pays du Sud. C’est beaucoup plus que l’argent du crime ou de la corruption. La régulation très stricte des multinationales est donc une priorité : c’est faisable puisque la majorité d’entre elles sont situées en Europe ou dans les pays riches. Nous demandons la responsabilité juridique des maisons mères pour toutes leurs filiales et un reporting précis et obligatoire de leurs impacts sociaux et environnementaux et des flux financiers dans chaque pays où elles sont implantées. »

Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes, conclut : « 80 % des flux financiers mondiaux transitent par une trentaine de banques, dont les maisons mères sont presque toutes situées dans des pays riches. L’Union européenne et la France ont donc plusieurs moyens de s’attaquer efficacement au problème :

- faire le ménage chez soi et autour de chez soi, en s’attaquant aux très nombreux paradis fiscaux européens (Londres, Luxembourg, îles anglo-normandes, Monaco, Andorre, Belgique, Autriche, Suisse, etc.) ;

- imposer aux multinationales de fermer toutes leurs filiales implantées dans des paradis fiscaux quand elles n’ont pas de raison d’y être autre que « l’optimisation fiscale » ;

- interdire tout soutien public (subvention, crédits à l’exportation, financement multilatéral type Banque mondiale ou Banque Européenne d’Investissement, etc.) aux entreprises situées dans des paradis fiscaux.

Que ce soit pour la lutte contre les paradis fiscaux ou la responsabilité des multinationales, la France et l’Union européenne doivent prendre les devants et agir sans attendre : elles en ont les moyens. Auront-elles le courage politique demandé par les citoyens ? ».

Notes :

(1) Voir la récente enquête d’Alternatives Economiques
(2) Voir le site Internet de BNP Paribas Banque Privée
(3) Source : Plateforme Paradis fiscaux et judiciaires