Interrogé sur la présence de BNP Paribas dans les paradis fiscaux sur Europe 1, Baudouin Prot, directeur général du groupe, est resté très évasif : « Nous avons décidé de fermer nos filiales dans la plupart des paradis fiscaux ». Cette décision revêt un caractère plus médiatique qu’économique, comme l’explique Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre : « Cette sortie ne concerne en fait que les pays situés dans la liste grise de l’OCDE, ce qui reste très limité. Si BNP Paribas tente par cette annonce de redorer son blason fortement terni par tous les scandales liés à la crise financière, cette décision indique qu’elle reconnaît implicitement que les activités menées dans ces territoires contribuent aux pratiques néfastes dénoncées par les ONG depuis des années ! ».
Cette reconnaissance ne s’accompagne pourtant pas des mesures nécessaires qui devraient en découler. Dans une interview au Figaro, Jean Clamon, directeur général délégué de BNP Paribas, annonce la sortie de sa banque des pays de la liste grise de l’OCDE et précise que sa filiale au Chili est « une entreprise locale avec des clients locaux, sans aucune activité délocalisée », mais que BNP Paribas se retirera également du Costa Rica et de l’Uruguay (2). Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, commente cette déclaration : « La liste grise de l’OCDE est totalement insuffisante car elle ne concerne que la coopération fiscale, et arbitraire car elle ne nécessite que 12 signatures de traités d’échange de renseignements fiscaux pour blanchir un paradis fiscal et judiciaire (PFJ), ce qui est ridicule, les PFJ signant des traités entre eux ! BNP Paribas doit donc désormais justifier des activités de ses 189 filiales dans les PFJ telles que répertoriées par Alternatives Economiques (3), particulièrement dans des territoires comme le Royaume-Uni et les îles Caïman, et elle doit fermer toutes celles qui n’ont aucun lien avec une activité économique locale, comme doivent le faire toutes les autres banques françaises ».
Cette annonce intervient alors que plusieurs régulations sont à venir en la matière, à commencer par le projet de loi de finances 2010 du gouvernement. Yann Louvel conclut : « C’est surtout la peur du gendarme qui pousse BNP Paribas à bouger sur ce sujet. Les institutions internationales spécialisées doivent donc établir une liste exhaustive des paradis fiscaux, judiciaires et réglementaires prenant également en compte le blanchiment d’argent et la régulation financière. Il faut également une convention internationale d’échange automatique des données entre tous les Etats, pas les 12 ridicules conventions bilatérales demandées par l’OCDE. Dans le cadre de la campagne « Stop paradis fiscaux ! » initiée par un collectif d’ONG et de syndicats (4), nous demandons également à la France de prendre des sanctions drastiques à l’encontre des paradis fiscaux et de leurs utilisateurs en taxant les flux financiers et en obligeant ces utilisateurs (tels que les banques françaises) à publier des informations détaillées sur leur présence et leurs activités dans ces territoires. Les Amis de la Terre demandent enfin l’interdiction de tout soutien public à une entreprise située dans un paradis fiscal ».
Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43
(1) L’interview de Baudouin Prot à Europe 1 est accessible en ligne à la page suivante.
(2) L’interview de Jean Clamon au Figaro est accessible en ligne à la page suivante.
(3) L’enquête d’Alternatives Economiques sur la présence des entreprises du CAC 40 dans les paradis fiscaux est accessible en ligne à la page suivante.
(4) Le site Internet de la campagne « Stop paradis fiscaux ! » est accessible en ligne à la page suivante.




