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Baisse du nombre d’oiseaux : les néonicotinoïdes mis en cause

Des chercheurs viennent pour la première fois de démontrer qu’une classe d’insecticides connue pour ses effets nocifs sur les abeilles, a aussi des retombées néfastes sur d’autres espèces.

Cette nouvelle étude vient de montrer que l’insecticide le plus utilisé dans le monde est un des principaux facteurs de la baisse récente du nombre d’oiseaux des champs.

Ces insecticides étaient reconnus comme dangereux, mais cette étude conclut qu’ils sont encore plus dangereux. Cette étude fait suite à une évaluation, en juin, qui sonnait l’alarme face à cette pollution omniprésente par des agents neurotoxiques, qui menace l’ensemble de la production alimentaire.

On pense que les néonicotinoïdes nuisent grandement aux abeilles et à autres insectes pollinisateurs. L’Union européenne a décidé de suspendre trois de ces poisons en 2013. On supposait qu’ils avaient aussi des retombées sur d’autres espèces, mais elles n’avaient pas été démontrées jusqu’à aujourd’hui.

Cette recherche revue par un comité de lecture a été publiée ce mercredi (08/07/14) dans le journal de premier plan Nature. On y découvre des données provenant des Pays-Bas et qui montrent que les populations d’oiseaux ont brutalement chuté dans les zones où la pollution par les néonicotinoïdes était la plus élevée. Les étourneaux, les moineaux friquets et les hirondelles étaient parmi les plus touchés.

Au moins 95 % des néonicotinoïdes épandus sur les cultures finissent dans la nature et tuent les insectes dont les oiseaux ont besoin, en particulier pour nourrir leurs jeunes.

L’équipe de chercheurs dirigée par Hans de Kroon, un écologue de l’université de Radboud aux Pays-Bas, a examiné d’autres causes possibles, y compris l’intensification de l’agriculture pour ce déclin des populations d’oiseaux durant la période étudiée (2003 à 2010). Mais la pollution par un néonicotinoïde connu sous le nom d’imidaclopride restait, et de loin, le facteur numéro un.

Pour Hans de Kroon, « C’est à la fois très surprenant et très inquiétant ». Des niveaux de pollution des eaux d’à peine 20 nano-grammes de néonicotinoïde par litre ont provoqué une baisse des populations d’oiseaux de 30 % sur 10 ans, mais certaines eaux avaient des taux de contaminations 50 fois plus élevés. « C’est pour cela que c’est si inquiétant – il y a une quantité incroyable d’imidaclopride dans l’eau et il est peu probable que ces effets ne se limitent qu’aux oiseaux. »

M De Kroon ajoute : « Toutes les autres études [sur les problèmes posés par les néonicotinoïdes] se basent sur des études de toxicologie. Mais nous avons abordé le problème par l’autre bout. Nous avons commencé par les données concernant les populations d’oiseaux et essayé d’expliquer leur déclin. Notre étude montre clairement qu’il y a quelque chose qui ne va pas. On ne peut pas continuer comme ça. Ca doit s’arrêter. »

David Goulson professeur à l’université du Sussex qui n’était pas impliqué dans ces nouvelles études, trouve ces recherches convaincantes et exclut tout autre cause pour le déclin des oiseaux. « L’explication la plus simple et la plus évidente est que les substances fortement toxiques qui tuent les insectes provoquent aussi le déclin des populations qui mangent les insectes ».

Il n’y a aucune raison de penser que la faune sauvage au Royaume-Uni et des autres pays ne soit pas exposée aux mêmes dangers. « Ce travail montre clairement qu’il ne s’agit pas que des abeilles, mais de la globalité de la faune. Lorsque des centaines ou des milliers d’espèces sont anéanties, cela aura des conséquences sur les chauves souris, les musaraignes, les hérissons et bien d’autres. Ce travail démontre clairement comment nous saccageons systématiquement l’environnement. »

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En 20 ans , le nombre de coucous a baissé de moitié au royaume Uni

Contrairement aux Pays-Bas, nous dit Goulson, le Royaume Uni ne surveille pas la pollution par les néonicotinoïdes. Quant à l’interdiction de l’Union européenne, elle ne retire pas les substances de l’environnement. « Ils sont encore largement utilisés puisque le moratoire ne porte que sur trois néonicotinoïdes et que sur certaines cultures. Ils pénètrent encore fortement l’environnement. La porte est loin d’être fermée. »

Un porte-parole de Bayer CropScience, le fabriquant du néonicotinoïde dont il est question dans l’étude, conteste les conclusions. « Cette étude n’apporte aucune preuve tangible des prétendus effets de l’imidaclopride sur les oiseaux insectivores. Bayer CropScience travaille avec les autorités néerlandaises et les parties prenantes dans l’agriculture pour assurer une utilisation sans danger des produits de protections des cultures contenant de l’imidaclopride, et pour protéger l’environnement. »

Il ajoute : « Les néonicotinoïdes ont subi une évaluation des risques très complète qui a démontré qu’ils ne présentent aucun danger pour l’environnement lorsqu’ils sont utilisés de façon responsable, en respectant les instructions données sur l’étiquette. » [1]

Par contre pour Hans de Kroon, les nouvelles recherches dont la sienne montrent que les néonicotinoïdes sont encore plus dangereux que ce qui avait été prévu et les nouvelles règlementations doivent prendre ces faits en compte. En 2012, des députés prévenaient déjà que les autorités de régulation donnaient l’impression de « fermer les yeux sur les dégâts causés par les néonicotinoïdes. »

David Gibbons, qui dirige le centre scientifique de conservation du RSPB (ligue de protection des oiseaux britannique) déclare : « Cette étude intéressante et importante fournit des preuves inquiétantes des impacts nocifs des insecticides à base de néonicotinoïdes sur les oiseaux. Il est urgent et nécessaire de surveiller la pollution par les néonicotinoïdes des eaux et des cours d’eau du Royaume Uni et de lancer des recherches sur les effets de ces insecticides sur la faune sauvage. »

Un porte-parole du ministère de l’Environnement affirmait en réponse : « L’utilisation de pesticides en Europe est strictement règlementée pour protéger l’environnement et la santé publique - [les pesticides] sont un moyen sûr, efficace et économique de gérer les cultures. »

Toujours ce mercredi, le journal Functional Ecology publiait une autre étude qui montrait que les néonicotinoïdes diminuaient la capacité des abeilles à chercher leur nourriture. Ce travail utilisait de minuscules balises pour suivre les abeilles et montrait que celles qui étaient exposées à l’insecticide récoltaient moins de pollen.

« Il semble que lorsque les abeilles sont exposées à des néonicotinoïdes elles ne soient plus capables d’acquérir des compétences essentielles » dit Nigel Raine, professeur à l’université de Guelph au Canada. Les essais règlementaires qui ne s’occupent que des effets mortels à court terme sont déficients pour prévenir des effets graves. « Ces essais devraient être menés sur des périodes longues pour détecter les effets d’une exposition chronique. »

Article de Damian Carrington The Guardian : http://www.theguardian.com/environment/2014/jul/09/neonicotinoids-farmland-birds

Traduction : Amis de la Terre Landes

Notes

[1Voir les stratégies de Bayer, Monsanto et Syngenta qui prétendent que leurs produits sont sans dangers, si on les utilise comme il faut : "Néonicotinoïdes et abeilles ; "Ils nous emmièlent !" http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/version_finale_2.pdf

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