Aux origines de la campagne
Entre 2000 et 2007, la BEI, institution financière de l’Union européenne
et plus gros bailleur public au monde, investit massivement dans le secteur des mines en Afrique qui est devenu très lucratif en raison de la hausse des cours des matières premières, due notamment à la demande croissante des puissances émergentes. Mais l’industrie minière a des impacts sociaux et environnementaux souvent désastreux, et ses effets sur le développement sont remis en cause. La BEI n’avait aucune norme ou procédure pour contrôler ces projets très risqués et la plupart se sont révélés avoir des conséquences très néfastes pour les populations locales : pollutions massives, dégradation des conditions de vies, pauvreté [1]… Une situation accablante car la BEI agit avec des fonds publics européens et a une mission de développement dans la région. Mais la Banque est très discrète depuis sa création, et quasiment inconnue de la société civile et de l’opinion publique.
« BEI : l’Europe mine l’Afrique »
Pendant l’été 2007, la BEI approuve encore deux méga-projets miniers à Madagascar et en République Démocratique du Congo. Entre instabilité politique, corruption, atteintes à la biodiversité et aux droits humains, les deux projets ont tout d’une catastrophe annoncée.
En novembre 2007, les Amis de la Terre, soutenus par une vingtaine d’organisations dont le Secours Catholique, la FIDH, Survie ou Oxfam France, lançaient une importante campagne publique « BEI : l’Europe mine l’Afrique ». L’objectif : demander à la Banque européenne d’investissement (BEI) d’arrêter de financer le secteur minier en Afrique tant qu’elle n’est pas capable d’évaluer et de contrôler correctement les impacts des projets. Il s’agit de la première campagne publique menée contre la BEI. Une pétition permet aux citoyens d’interpeller Philippe Maystadt, Président de la BEI. Des milliers de cartes postales sont ainsi envoyées, tandis que les ONG multiplient les rencontres avec la Banque, les décideurs politiques, et les représentants de la société civile africaine.
Une victoire pour une première étape
Depuis le lancement de la campagne « BEI : l’Europe mine l’Afrique », la BEI ne semble pas avoir investi un centime dans un nouveau projet minier [2]. Compte tenu des impacts très lourds de ces projets sur les populations locales, le retrait de la BEI de ce type d’investissement est un grand succès.
Mais quelques nuances doivent être apportées. D’une part, la BEI ne s’est pas formellement engagée à ne plus financer les mines, et elle peut donc de nouveau décider à tout moment d’accorder des millions d’euros à un projet très controversé. Le risque deviendrait particulièrement sérieux en cas de remontée du cours des matières premières après leur chute fin 2008. D’autre part, le moratoire sur le financement de projets miniers devait être accompagné d’une amélioration de la qualité des normes environnementales et sociales de la BEI. Certes, la Banque a organisé une consultation publique de la société civile sur le sujet, qui a conduit à quelques progrès. Mais on est encore très loin du compte, et la Banque n’a encore aucune réelle procédure ou capacité de suivi des projets qu’elle finance. En bref, si l’objectif d’arrêt des financements aux mines est atteint, il est encore fragile.
Enfin, la BEI n’a pas arrêter d’investir sur le continent africain, mais elle le fait maintenant essentiellement par le biais du financement de Fonds d’actions, Fonds de micro-crédits ou autres prêts globaux [3]. Ce type de prêts est particulièrement problématique en raison de l’opacité totale qui les
entoure : il est à ce jour impossible de savoir ce que devient l’argent confié à ces fonds et intermédiaires financiers. Il n’est d’ailleurs pas exclu qu’une partie de ces prêts aient fini par financer des projets de mines de plus petite ampleur.
Il est donc crucial aujourd’hui d’exiger de la BEI une transparence et un suivi exemplaires des fonds prêtés. La Banque lance justement une consultation sur sa politique de transparence en mai prochain : l’occasion de l’interpeller sur ce sujet.

[1] Voir le rapport des Amis de la Terre "BEI : six ans de financement du pillage minier en Afrique"
[2] Cette information est basée sur les données fournies par la BEI sur son site internet : www.eib.org
[3] Les prêts globaux sont des lignes de crédits accordées à des intermédiaires (banques, sociétés de crédit ou institutions financières), qui à leur tour accordent des prêts à des autorités locales ou des PME pour réaliser des programmes d’investissement ou des projets admissibles dont le coût est inférieur à 25 millions d’euros.





