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Barrage au Laos et bonne gouvernance : le pari impossible

27 février 2005,
Par Sébastien Godinot

Une analyse interne de la Banque mondiale constate l’échec des réformes menées par la Banque et le gouvernement lao en matière de gestion publique sur la période 1993-2003. Or ces réformes sont vitales pour utiliser adéquatement les revenus potentiels générés par le méga-barrage de Nam Theun 2. En l’état actuel de gouvernance du pays, parier que le barrage permettra la réduction de la pauvreté dans le pays est illusoire.


En juin 2004, le Département interne d’évaluation de la Banque mondiale (OED) a rendu publique son évaluation des performances du Gouvernement lao et de la Banque mondiale dans la mise en oeuvre de réformes macro-économiques entre 1993 et 2003 [1].

L’OED analyse les résultats du Second Ajustement Structurel (SAC2) de 1992, et les évolutions suite à SAC2 entre 1993 et 2003. Il conclut :

« [...] Il y a eu un manque général de progrès pour la plupart des sujets dans la plus grande partie de l’après SAC2. [...] L’évaluation de la soutenabilité est passé de probable à improbable. (p.iii).

La Banque s’est appuyée trop fortement sur le manque de capacité de mise en oeuvre pour expliquer l’échec à mettre les réformes en oeuvre. [...] Cependant, la principale faiblesse dans les axes soutenus par SAC2 - mobilisation des revenus, publication du budget, institution de tarifs de recouvrement des coûts, gestion des dépenses publiques et privatisations stratégiques - semble davantage lié au faible engagement de réforme au niveau des décideurs publics réels qu’au manque de capacité de mise en oeuvre » (p.13).

Pour lire le détail, téléchargez le document ci-joint l’analyse réalisée par notre partenaire Environmental Defense et des extraits de l’évaluation de l’OED (anglais).

Les réformes SAC2 incluent des éléments de bonne gouvernance cruciaux pour déterminer le succès ou non du barrage de Nam Theun 2 : gestion des revenus, discipline budgétaire et transparence, renforcement des capacités administratives. Ce sont en effet ces conditions qui permettront ou non au Laos d’utiliser les recettes du projet pour réduire la pauvreté.

Le barrage va bouleverser le mode de vie de plus de 100 000 personnes. Le gouvernement lao a pris de nombreux engagements dans le projet, que ce soit en matière environnementale et sociale ou en matière de gestion des revenus pour la réduction de la pauvreté. L’analyse de l’OED conclut que sur les dix dernières années, malgré le soutien de la Banque mondiale, le gouvernement lao n’a pas respecté ses engagements. Il est donc malheureusement extrêmement probable qu’il en sera de même avec ses engagements pris dans le projet de Nam Theun 2, en particulier une fois que le soutien des bailleurs de fonds internationaux (notamment la Banque mondiale) sera acquis et que ces derniers perdront ainsi leur principal moyen de négociation vis à vis du gouvernement.

Les bailleurs de fonds internationaux ne doivent pas financer le projet aujourd’hui : les garanties dont ils disposent vis à vis du gouvernement lao sont très insuffisantes. Des mécanismes de surveillance doivent être instaurés. Ce sont les conditions de vie de plus de 100 000 personnes qui sont en jeu dans le projet.

[1] World Bank Operations Department, « Project Performance Re-assessment Report, Lao PDR, Second Structural Adjustment Credit", 24 juin 2004.





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