Le 19 mai 2004, le consortium d’entreprises mené par EDF et créé pour le projet de barrage de Nam Theun 2, au Laos, a rendu public trois ensembles de documents relatifs au projet. Ces éléments sont requis à titre d’études d’impact environnemental et social :
Le Plan de gestion et d’évaluation environnementale (EAMP, Environmental Assessment and Management Plan) concerne les impacts environnementaux et leurs mesures d’atténuation ;
Le Plan de développmeent Social (SDP, Social Development Plan) est relatif aux impacts sociaux et à la réinstallation des populations déplacées. Il comporte notamment le Plan d’Action de Réinstallation (RAP, Ressetlement Action Plan) et le Plan de Développement des Minorités Ethniques (EMDP, Ethnic Minorities Development Plan) ;
Le Plan opérationnel et le cadre de gestion social et environnemental (SEMFOP, Social and Environmental Management Framework and Operational Plan) est axé sur la conservation de la biodiversité, avec la création et la gestion d’une zone de conservation et un Plan de gestion environnemental et social (ESMP, Environmental and Social Management Plan).
Ces documents peuvent être téléchargés sur www.namtheun2.com.
Ce sont des documents importants ; les Amis de la Terre sont donc en train de les analyser au sein de la campagne internationale contre le projet. Mais une première analyse rapide permet de faire les remarques suivantes : l’épaisseur des documents ne peut suffire à masquer l’insuffisance des études sur certains points essentiels du projet :
plusieurs études importantes ne sont pas finalisées ni publiées (notamment l’impact du barrage sur les jardins cultivés en bord de fleuve en aval, dont plusieurs milliers de personnes tirent une source alimentaire et de revenus, ou l’impact du projet en période de crue) ;
les informations essentielles concernant la viabilité économique du projet ne sont toujours pas publiques, malgré des promesses réitérées notamment de la part de la Banque mondiale, promoteur du projet depuis plus de dix ans. La rentabilité du projet, dans un pays très pauvre et endetté prenant un risque financier énorme, n’est-elle pas un élément nécessitant débat ?
D’autre part, le consortium mène avec le gouvernement lao des consultations locales depuis mai 2004. Les Amis de la Terre s’interrogent sur la crédibilité de ces consultations : dans la mesure où les études n’ont pas toutes été achevées en amont, les populations ont du être consultées dans l’ignorance de leurs résultats. D’autre part, les consultations ont eu lieu en même temps que la publication (en anglais) des études : comment les villageois laotiens ont-ils pu prendre connaissance (en lao) de documents particulièrement denses et complexes ? (plusieurs centaines de pages). Enfin, se pose le problème récurrent du contexte politique du Laos, où la liberté d’expression n’existe guère face à un gouvernement qui martèle depuis des années son soutien massif au projet.
Le consortium et le gouvernement lao organiseront à l’automne 2004 des consultations internationales, dont une en France. Dans ce contexte d’études inachevées et de transparence en trompe l’oeil, les Amis de la Terre s’interrogent sur leur participation.
EDF est leader du consortium NTPC créé pour le projet ; la Coface, l’agence française d’assurance-crédit aux exportations, a été sollicitée pour une garantie publique ; l’Agence Française de Développement et sa filiale pour les entreprises privées, la Proparco, sont de la partie. Enfin la France pousse en faveur du projet au sein de la Banque mondiale, et sur place via son ambassade. Elle joue donc un rôle clé dans le projet.



