Plusieurs analyses techniques indépendantes ont été réalisées par International Rivers Network et Environmental Defense, partenaires des Amis de la Terre au sein d’une coalition mondiale. Portant sur le régime hydrologique, les plans de développement agricole ou encore de réinstallation des populations, ces analyses mettent en évidence des lacunes sérieuses dans l’étude d’impact du projet et les plans de gestion qui en découlent, et remettent en cause la viabilité du projet.
« C’est alarmant que la Banque mondiale entame son évaluation alors que subsistent autant d’incertitudes et de failles. Il est inacceptable que manquent encore une analyse rigoureuse des impacts potentiels et des plans de compensation clairs et réalistes pour les communautés affectées. Plusieurs études de base ne sont même pas publiées ni même achevées, notamment sur la qualité de l’eau et la biodiversité menacée », explique Aviva Imhof de International Rivers Network. Le barrage noiera 450 km2, déplacera 6200 personnes et en affectera plus de 100 000, dont le mode de vie dépend très largement de la rivière.
Le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale se disent préoccupés devant le manque de capacité du gouvernement lao à gérer adéquatement les revenus du projet pour lutter contre la pauvreté.
Suite à la pression de la société civile face à des barrages catastrophiques financés par la Banque mondiale dans les dernières décennies, cette dernière avait arrêté de financer le secteur et mandaté la Commission Mondiale des Barrages (CMB) pour faire des recommandations. Mais elle a refusé de les suivre. Aujourd’hui, la Banque souhaite se réengager dans des projets d’infrastructures risqués sans avoir tiré les leçons du passé : Nam Theun 2 serait le nouveau grand barrage que la Banque mondiale financerait, entraînant dernière elle d’autres institutions.
« En matière de grands barrages, la Banque mondiale n’a plus droit à l’erreur. Déjà affaiblie, sa réputation est en jeu. Or elle envisage un méga-projet qu’elle reconnaît elle même comme complexe et risqué, dans un pays dont elle reconnaît elle même la gouvernance limitée. Il y a un certain aveuglément à estimer que Nam Theun 2 est radicalement différent des échecs précédents, alors que la Banque mondiale refuse toujours de suivre les recommandations exemplaires de la CMB », estime Sébastien Godinot des Amis de la Terre. « Nous espérons que les administrateurs de la Banque mondiale évalueront les risques à leur juste mesure, et ne financeront pas le projet tant qu’il n’est pas en mesure de contribuer effectivement à la réduction de la pauvreté au Laos par un développement durable ».
Contact presse
Sebastien Godinot, Les Amis de la Terre 01 48 51 18 92 / 06 68 98 83 41



