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Barrage de Sivens, l’impasse meurtrière du système

L’obstination de ses promoteurs à construire coûte que coûte le barrage de Sivens et l’assassinat de Rémi Fraisse, qui en fut l’atroce conséquence, montrent, au-delà de la nécessité de l’arrêt définitif des travaux et de la mise en cause de tous les responsables, l’impasse dans laquelle se trouve le système.

Ce projet est en effet emblématique de la puissance néfaste des profiteurs de l’agriculture productiviste et de leurs soutiens politiques. C’est un exemple de la mainmise des mafias qui verrouillent les lieux de pouvoir. C’est un exemple typique des projets inutiles et imposés. Sa justification s’inscrit dans la fuite en avant qui détruit ce qui reste de l’agriculture française et refuse les alternatives qui permettraient de mettre en place une agriculture non-productiviste.

L’étude pour trouver une solution au déficit hydrique dans le bassin du Tescou a été confiée par le Conseil général du Tarn à la Compagnie d’aménagement des côteaux de Gascogne (CACG). Cette dernière compte dans les rangs de ses administrateurs le vice-président du Conseil général du Tarn, de plus en charge de l’eau. Quand on pose les questions et qu’on fait les réponses, cela facilite les choses ! Ce chantier était une véritable aubaine pour la CACG car le site demandait d’importants travaux, d’où le surdimensionnement du chantier.

L’enquête publique a été menée en catimini, la majorité socialiste au Conseil général a voté le projet avec une majorité écrasante, les plus réticents ayant suivi par discipline de parti ou par peur d’être oubliés à la prochaine distribution de subventions dans les cantons.
Dans un premier temps, les associations citoyennes et écologistes locales ont choisi la voie des recours judiciaires, recours dont les politiciens locaux ne jugèrent même pas nécessaire d’attendre les résultats pour commencer les travaux. A l’arrivée des zadistes venus s’installer sur le site pour empêcher la poursuite des travaux, les autorités ont déployé les grands moyens avec l’envoi sur place de plusieurs escadrons de gendarmes mobiles sur-équipés. La machine de la répression s’est mise en marche, générant son lot de blessés et d’interpellations, la multiplication des violences contre les zadistes. Dans le même temps, les pro-barrages ont organisé des expéditions punitives, avec la passivité complice des autorités.

Etant donné ce contexte, comment s’étonner de ce qui s’est passé dans la nuit du 25 au 26 octobre ? Ce n’était que l’aboutissement d’un pourrissement du conflit voulu par les pouvoirs locaux. Le pouvoir central, mis au courant dès les premières heures de la gravité de la situation, n’a cessé depuis de couvrir ses barons locaux.

Ce sont donc bien les pouvoirs publics locaux et nationaux qui ont engagé sciemment un enchaînement de provocations et de passages en force. Le 25 octobre, ils ont claire- ment créé les conditions d’un affrontement et doivent en porter l’entière responsabilité. La mort de Rémi Fraisse ne fut pas un hasard mais le résultat d’un processus révoltant. Elle est le symbole de ce système anti écologique et anti démocratique, qui a vocation à se perpétuer même si le prix à payer devient de plus en plus lourd pour les populations. A celles-ci d’y résister et d’élaborer l’indispensable alternative globale basée sur de réelles mobilisations locales, sans rien attendre d’une classe politique de plus en plus farouchement agrippée à la défense de ses intérêts, au prix d’une violence institutionnelle clairement assumée.

> ALAIN DORDÉ
> SEBASTIEN SAJAS
Président des Amis de la Terre Midi-Pyrénées

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image : Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet.

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