Le rapport publié aujourd’hui, basé sur plusieurs entretiens dans la ville de Yusufeli et les villages environnants, apporte la preuve que le barrage de Yusufeli ne respecte pas les normes de l’OCDE ni les conditions spécifiques du Ministère des Finances français pour ce projet controversé. En particulier :
75% des sites prévus pour réinstaller les 16 000 personnes déplacées de force sont situés dans des zones montagneuses arides et inhabitables ;
les compensations financières pour les terres perdues sont très inférieures aux estimations, car la Turquie ne prend en compte que les surfaces et non les activités économiques installées (agriculture, restaurants, commerces, thermes, etc). Ces sommes sont trop faibles pour redémarrer une activité ;
aucun programme précis n’existe pour créer des activités génératrices de revenus afin de compenser les pertes économiques pour les habitants ;
aucun mécanisme officiel de suivi des conditions n’est prévu dans le projet.
La Turquie utilise comme argument de pression sur la France l’accord donné cet été au barrage d’Illisu par les agences de crédit suisse, allemande et autrichienne. Un nouveau rapport de mission sur le terrain vient de montrer que le barrage d’Illisu viole gravement les normes de l’OCDE. Les trois agences de crédit européennes exercent ainsi une pression à la baisse sur les normes de la Coface et sur celles de l’OCDE en général.
Christine Eberlein de la Déclaration de Berne (Suisse) explique : « La Turquie dit pour Yusufeli qu’elle respectera les normes de l’OCDE une fois la garantie accordée. Mais c’est exactement ce qu’elle avait promis pour le barrage d’Illisu, où des décalages énormes apparaissent déjà : des populations ont été expulsées sans indemnisation. Concrètement, la Turquie rejette les normes internationales auxquelles elle s’était engagée. Les agences de crédit suisse, allemande et autrichienne refusent de l’avouer publiquement mais elles sont conscientes de l’ampleur des problèmes. Elles doivent agir en conséquence et bloquer leur garantie au barrage d’Illisu, comme cela est prévu en cas de violation des normes ».
Sébastien Godinot des Amis de la Terre est furieux : « Au moment même du Grenelle de l’environnement où le Président a pris des engagements, nous demandons à la France de ne pas céder à ce chantage turc et à la course vers le bas jouée par la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche. La France doit respecter les normes internationales et refuser de garantir le barrage de Yusufeli tant qu’il ne les respecte pas. Mais elle doit également taper du poing sur la table de l’OCDE, qui regroupe les agences de crédit à l’exportation des pays riches, et dénoncer le jeu inadmissible de l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche qui font du moins-disant et violent des normes pourtant négociées collectivement. Sinon, les pays européens n’auront pas plus de valeur ajoutée sociale et environnementale dans leurs exportations que la Chine ».
Contacts presse :
Les Amis de la Terre (France) : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43
La Déclaration de Berne (Suisse) : Christine Eberlein, +41 (0) 44 277 70 08



