La presse bulgare l’affirme depuis le début de l’année 2008 : le lancement de la construction de la centrale nucléaire de Belene, en Bulgarie, serait reporté au mieux à fin 2008, car l’entreprise d’électricité nationale, NEC, n’est pas parvenue à trouver les sommes astronomiques pour en financer la construction. C’est un nouveau revers pour ce projet très controversé. La presse bulgare affirme que les grandes banques occidentales demandent des taux d’intérêt élevés, prouvant à eux seuls les risques du projet.
Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée, explique : « Malgré les gesticulations du Président de la République en renfort du lobby nucléaire, force est de noter que les bailleurs privés ne se bousculent pas au portillon pour financer ce projet dangereux, coûteux et obsolète, et que la campagne européenne contre Belene porte ses fruits. Les gouvernements bulgares et russes craignent que la centrale nucléaire ne voie jamais le jour car de nombreuses banques commerciales l’ont jugé trop controversée ».
C’est également un revers en terme de crédibilité pour BNP-Paribas, la seule banque qui a accepté de faire un prêt (de 250 millions d’euros) dans le cadre du projet et qui se retrouve isolée : 93% des 4 milliards d’euros nécessaires sont actuellement manquants.
Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, ajoute : « Nous sommes stupéfaits de la myopie de BNP-Paribas, fragilisée en outre par la crise des subprimes, qui a accordé un prêt à une entreprise aux affirmations souvent grossièrement erronées. Cela témoigne de sa part, d’une analyse des risques pour le moins légère dans ce projet. »
Vladimir Poutine en visite en Bulgarie vendredi dernier, a annoncé que la Russie injecterait plusieurs milliards d’euros de son propre budget pour financer les travaux de sa propre compagnie Atomstroyexport, ou qu’elle était prête à garantir des prêts de tiers pour ce projet... démontrant également le rôle clé que Belene joue dans l’expansion de l’industrie nucléaire russe et la domination énergétique russe en Europe de l’Est. Cela rappelle surtout le cas de la construction de l’EPR vendu à la Finlande par Areva à prix « réduit » (3 milliard d’euros) et qui se révèle un désastre aujourd’hui avec un chantier de plus de deux ans de retard et avec l’explosion des coûts et des pertes qui s’élèvent d’ores et déjà à plus d’un milliard d’euros, qu’Areva tente de faire avaler aux contribuables français. « Le gouvernement bulgare devrait tirer les leçons de cet exemple », conclut Yann Louvel.
Les Amis de la Terre demandent l’abandon de Belene au profit de programmes d’efficacité énergétique. Une étude récente du Rocky Mountain Institute (Etats-Unis) met en avant que pour réduire les émissions de CO2, chaque dollar investi dans le secteur de l’efficacité énergétique est 2 à 10 fois plus efficace que dans des nouvelles capacités nucléaires (1).
(1) Nuclear Power and Climate Change, Amory Lovins, 27 Augsut 2007
Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43