Bilan 2006 de la BEI : ce que vous n’entendrez pas à la conférence de presse

Alors que la Banque Européenne d’Investissement (BEI) tient demain sa conférence de presse annuelle, plusieurs ONG (dont les Amis de la Terre, CEE Bankwatch, CRMB, Urgewald etc.) attirent l’attention sur les lacunes de cette banque en matière d’environnement et de développement. Habilitée à financer des projets en soutien des activités de coopération internationale de l’Union européenne, la BEI n’a pas toujours brillé par ses interventions dans les pays du Sud. Alors qu’un nouveau mandat lui a été accordé récemment pour intervenir dans diverses régions du monde, il est urgent que la BEI s’équipe de dispositifs environnementaux et sociaux à la hauteur de cette mission.

Fin 2006, la BEI s’est vu attribuer pour les 7 prochaines années un mandat lui permettant d’intervenir dans diverses régions du monde à hauteur de 28,7 milliards d’euros [1]. Ce mandat externe s’ajoute aux activités menées par la BEI dans la région Afrique Caraïbes Pacifique (ACP) au titre de l’accord de Cotonou. Selon Magda Stoczkiewicz de CEE Bankwatch, « La BEI a besoin de normes exigentes et d’une plus grande expertise en matière environnementale, sociale et de développement, pour s’assurer que les projets financés ne nuisent pas aux conditions de vie locales et à l’environnement, aggravant ainsi les risques d’appauvrissement et d’atteintes aux droits de l’homme ». Mais plutôt que de renforcer ses procédures, la BEI semble inciter les autres institutions financières à abaisser les leurs afin de pouvoir rivaliser avec les banques chinoises (interview du Président du la BEI, EIB accuses China of unscrupulous loans, Financial Times, 29 Novembre 2006).

Quelle mise en oeuvre des Principes Européens pour l’Environnement ?

Si les ONG accueillent positivement les « principes européens pour l’environnement » auxquels la BEI a souscrit en juin 2006 [2], elles soulignent néanmoins que les instruments de travail actuels de la BEI ne reflètent pas concrètement ces principes. Le rapport publié par les ONG en 2006, « La BEI dans les pays du Sud : au bénéfice de qui ? » [3], expose une série de défaillances observées dans les projets financés par la BEI dans des pays en développement. Selon Majda Bouchanine des Amis de la Terre, « La possible révision par la BEI de sa déclaration environnementale en 2007 doit être l’occasion d’approfondir et détailler ses normes et procédures environnementales et sociales, puis mettre en place des outils transparents de suivi-contrôle pour s’assurer que les engagements sont respectés sur le terrain ».

Des projets parfois loin des engagements

Les projets de la BEI dans la région ACP sont parfois en contradiction _ avec la politique de coopération de l’UE. Pour la Zambie, la BEI n’a pas suivi les orientations définies dans le document de stratégie pays qui sert pourtant de feuille de route à l’UE : alors que les priorités identifiées se réfèrent au secteur des transports et au renforcement institutionnel, entre 2000 et 2006, près de 80% des financements BEI publiés pour la Zambie sont allés au secteur des mines (particulièrement le cuivre).

La BEI risque aussi de se contredire sur ses propres engagements environnementaux. Alors qu’elle dit se référer à la Commission Mondiale des Barrages (CMB), la BEI étudie actuellement la possibilité de financer Bujagali, un projet de barrage en Ouganda très controversé (coûts exorbitants, risques de déplacement des populations autochtones, mise en péril des ressources tirées du tourisme etc.). Antonio Tricarico, de l’ONG Campagna per la Riforma della Banca Mondiale, assure : « Nous suivrons de près ce projet et signalerons à la BEI tous les problèmes qu’il soulève. En l’état actuel, ce projet ne respecte pas les recommandations de la CMB. Si la BEI est sincère quand elle annonce qu’elle se conforme à la CMB, elle ne doit pas financer Bujagali et s’orienter plutôt vers des solutions alternatives ».

Notes :
[1] Voir la décision du Conseil
[2] Pour plus détails, cliquez-ici
[3] Voir le rapport qui comprend des études de cas sur les activités minières en Zambie, le projet d’oléoduc Tchad Cameroun, le projet Mexico Volkswagen, le projet Mexi-gas, le projet Veracel Pulp Mill au Brésil, la privatisation de l’eau à Jakarta et aux Philippines et le barrage Nam Theun II au Laos. Lien direct sur le site des Amis de la Terre

Contact presse :
Caroline Prak, 01 48 51 32 22 ou 06 86 41 53 43

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