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Botnia : la Cour internationale de Justice condamne le projet financé par le Crédit Agricole

23 avril 2010,
Par Yann Louvel

La Cour internationale de Justice a condamné cette semaine l’Uruguay pour le non-respect de ses obligations dans le cadre de la construction de l’usine de pâte à papier de l’entreprise finlandaise Botnia [1]. Ce jugement confirme les craintes exprimées par les Amis de la Terre au Crédit Agricole, qui a négligé l’analyse des conflits entre l’Uruguay et l’Argentine et avec les populations locales et a financé le projet. Les banques françaises doivent tirer les leçons de cet échec et prendre en compte les aspects humains et géopolitiques dans leurs analyses en amont.


Le 20 avril dernier, la Cour internationale de Justice a « constaté que l’Uruguay avait manqué à ses obligations procédurales de coopération avec l’Argentine et la commission administrative du fleuve Uruguay (CARU) lors du développement des projets d’usines de pâte à papier CMB (ENCE) et Orion (Botnia) ». Cette décision intervient après des années de conflits entre l’Argentine et l’Uruguay, et entre les communautés locales de chaque côté de la frontière. L’origine du conflit : la construction de l’usine de pâte à papier Botnia sur le fleuve frontalier Uruguay.

Cette décision vient confirmer les craintes et les mises en garde exprimées depuis des années par les ONG, dont les Amis de la Terre, auprès des acteurs de ce projet, de la compagnie finlandaise aux financeurs du projet, parmi lesquels le Crédit Agricole [2]. Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre, précise : « La violation des procédures de coopération par l’Uruguay et ses conséquences rapidement visibles sur le terrain auraient dû alerter les financeurs du projet, de la Banque mondiale au Crédit Agricole. Il est irresponsable d’avoir laissé s’envenimer la situation, qui a notamment entraîné le blocage du pont entre les deux pays, depuis près de quatre ans maintenant ».

L’hostilité entre pays traditionnellement amis et populations locales doit servir de leçon aux financeurs du projet qui n’ont analysé que ses considérations techniques. Yann Louvel conclut : « Analyser la viabilité d’un projet ne consiste pas simplement à s’assurer de la technologie utilisée et des niveaux de pollution enregistrés. Elle repose aussi et surtout sur un suivi méthodique et rigoureux de sa construction. Il est inacceptable que la construction d’une usine de pâte à papier ait entraîné des conséquences locales et internationales aussi désastreuses. Le Crédit Agricole et les autres banques françaises doivent tirer les conséquences qui s’imposent et considérer comme essentielles, les composantes humaines et géopolitiques des projets qu’elles financent ».

Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 18 96 / 06 86 41 53 43

Notes :

[1] Voir l’arrêt de la Cour internationale de Justice de la Haye sur la page suivante.

[2] Voir le rapport des Amis de la Terre publié en décembre 2006 :

« Usine Botnia (Uruguay) : risques majeurs pour le Crédit Agricole » accessible à la page suivante.