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Brésil : "L’éthanol de canne à sucre baigne dans le sang, la sueur et la mort."

6 février 2008,
Par Christian Berdot

L’éthanol brésilien est présenté comme l’agrocarburant modèle. Mais ce modèle a un coût humain très élevé : la chercheuse María Cristina Gonzaga, de Fundacentro, un organe du Ministère du Travail, affirme qu’ " Au Brésil, le sucre et l’alcool sont baignés de sang, de sueur et de mort ".

Chapitre extrait de « Agroenergia : Mitos Impactos » par Maria Luisa Mendonça, Malluce Melo et Placido Junior. Merci à Juanito pour la traduction.

Esclavage et mort de travailleurs

Ce modèle d’exploitation a causé de sérieux problèmes de santé et même, la mort de travailleurs. Entre 2005 et 2006 on a enregistré 17 morts par épuisement lors de la coupe de la canne à sucre. La chercheuse María Cristina Gonzaga, de Fundacentro, un organe du Ministère du Travail, affirme qu’ "Au Brésil, le sucre et l’alcool sont baignés de sang, de sueur et de mort ".

En 2005, le MTE enregistra 450 autres morts de travailleurs dans les sucreries de Sao Paulo. Les causes de ces morts sont les assassinats, les accidents lors du transport précaire vers les sucreries, les maladies comme l’arrêt cardiaque et le cancer et en plus il y a des cas de travailleurs carbonisés pendant les brûlages. María Cristina Gonzaga estime que 1383 travailleurs sont morts dans des conditions semblables entre 2002 et 2006. Entre Avril et Mai 2007, on a enregistré trois morts de travailleurs dans les plantations de canne à sucre de l’état de São Paulo. José Pereira Martins, de 52 ans, est mort d’un infarctus après le travail de la coupe de la canne dans la localité de Guarida. Lourenço Paulino de Souza, 20 ans, fut trouvé mort dans la sucrerie São Josè, à Barretos.

Le 15 Avril, un employé de la sucrerie Santa Luisa, dans la commune de Motuca est mort asphyxié et un autre, gravement brûlé, alors qu’ils procédaient au contrôle du brûlage de la canne. Ils furent atteints par les flammes. Adriano de Amaral, 31 ans, est mort car le camion-citerne qu’il conduisait pour contrôler le feu, n’avait pas assez d’eau. Il était le père d’un enfant de 7 ans et d’un bébé de 20 jours. Un autre travailleur, Ivalnido Gomez, de 44 ans, a eu des brûlures sur 44% de son corps.

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Récolte de la cane à sucre au Brésil
Un travail très pénible, même dans des conditions décentes. (Photo : Banque Mondiale , Célio Messia)

Tous les ans, on trouve des centaines de travailleurs dans des conditions similaires : sans enregistrement du travail, sans équipements de protection, sans eau ni alimentation adéquate, sans accès aux salles de bains et installés dans des logements précaires. Souvent les travailleurs doivent payer pour avoir des instruments comme les bottes ou les machettes. Dans le cas des accidents du travail, ils ne reçoivent pas de soin approprié.

Le travail d’esclave est aussi commun dans ce secteur. Les travailleurs, qui viennent généralement de la région du Nordeste ou de la vallée de Jequitinhona, état de Minas Gerais, ont été attirés, recrutés et trompés par des intermédiaires qu’on appelle " gatos ", chargés de choisir la main-d’œuvre pour les sucreries. En 2006, la Fiscalía du Ministerio Publico inspecta 74 sucreries dans l’état de São Paulo et toutes furent inculpées. En Mars 2007, les procureurs du MTE (Ministère du Travail) ont sauvé 288 travailleurs en situation d’esclavage dans six sucreries de São Paulo. Dans une autre opération réalisée en Mars, les contrôleurs du Ministère du Travail au Mato Grosso du Sud ont sauvé 409 travailleurs dans la cannaie d’une distillerie "Centro Oeste Iguatemi". Parmi eux, il y avait 150 indigènes.

En Juillet 2007, des procureurs du Ministère du Travail ont mis en liberté 1108 travailleurs qui récoltaient la canne dans la ferme Pagrisa (Pour Pastoril e Agricola SA) dans la commune d’Ulianópolis (Etat de Parà).

L’OIT (Organisation Internationale du Travail) informe que : " conformément à l’audit judicaire du travail et au coordonnateur de l’action Humberto Célio Pereira, des travailleurs recevaient moins de 10,00 real par mois, puisque les retenues illégales réalisées par l’entreprise rognaient presque tout leur salaire". De plus, l’audit informe que la nourriture offerte aux travailleurs était avariée et que des personnes souffraient de nausées et de diarrhée.

D’après le récit des employés de la ferme, l’eau à boire était la même que celle utilisée pour l’arrosage des cannes à sucre et elle était si sale qu’elle ressemblait à un bouillon de haricots !

Selon Humberto, le logement était surpeuplé et les égouts étaient à ciel ouvert. Etant venus, pour la majorité, de Maranhão et de Piauí, ils ne disposaient pas de moyens de transport qui les amènent de la ferme au centre de Ulianópolis, distant de 40 kilomètres.



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