Observations sur le dossier de presse " Bioéthanol "
Ces observations portent sur le dossier d’ " information " diffusé très largement par le lobby de l ‘éthanol (France betteraves, Passion Céréales et SNPAA) dans la presse nationale et aux parlementaires, à l’occasion du débat sur la défiscalisation des agrocarburants pendant la discussion de la loi de finances 2008.
Page 2 : Un carburant compétitif ? Non, le coût de production de l’éthanol produit en France est très supérieur au coût de production d’une quantité énergétiquement équivalente d’essence, et l’augmentation du prix du pétrole n’améliore que très peu la compétitivité de l’éthanol, car son efficacité énergétique est faible. Par conséquent, sa production consomme presqu’autant d’énergie fossile primaire que celle de l’essence.
L’E85 n’est compétitif par rapport à l’essence que parce que l’état renonce à percevoir de la TIC sur l’éthanol qu’il contient. Il doit aussi se contenter de seulement 60% de la TIC qu’il percevrait normalement sur la fraction essence que l’E85 contient… Ainsi, le manque à gagner pour le budget de l’état par rapport à l’utilisation d’une quantité énergétiquement équivalente représente plus de 1000 € par hectare de blé et atteint 3200 € par hectare de betterave utilisé pour la production d’éthanol destiné à l’E85 ( selon le barème de 2007) !
Une énergie plus propre ? Non, 40 % d’émissions de CO² en moins, c’est uniquement pour l’éthanol de blé utilisé en mélange direct dans l’essence, si le coproduit est bien valorisé en alimentation animale. Pour l’éthanol de maïs et de betterave, l’impact sur la diminution des émissions de GES est beaucoup plus faible. D’autre part, l’essentiel des volumes d’éthanol sont aujourd’hui incorporés sont forme d’ETBE, dont le bilan effet de serre est quasiment nul, voire même négatif, dans le cas de l’éthanol de maïs notamment.
Un bénéfice pour l’économie ? Non, selon le rapport de 2006 du Conseil Général des Mines et du GREF et de l’inspection générale des finances, la ponction sur le budget des ménages du plan Biocarburants est telle, que macroéconomiquement, il n’y a aucune création nette d’emploi. Par ailleurs , la médiocrité des bilans énergétiques des filières éthanol fait que les économies de carbone fossile importé sont très faibles.
Page 3 : Energies renouvelables et développement durable : du fait de l’efficacité énergétique de l’ETBE, de l’éthanol de maïs et sans doute aussi de l’éthanol de betterave inférieure à 1, le terme d’énergie renouvelable ne peut être employé. En effet, il faut plus d’énergie primaire fossile pour produire ces agrocarburants qu’ils n’en restituent.
Page 4 : Les co-produits des usines d’éthanol réduisent l’importation des produits protéiques, notamment de soja, dont la France est structurellement déficitaire. Le soja est à 70% consommé par les élevages industriels de volailles, pour lesquels il n’est pas substituable par les drêches de blé ou de maïs, insuffisamment concentrées en protéines, et carencées en certains acides aminés essentiels. Pour les 30% restants, ces drêches sont très fortement concurrencées par les coproduits de la filière " Diester " , les tourteaux de colza, plus riches en protéines et moins chers à produire.
Page 5 : Les grandes cultures engagées dans le développement durable. Il est exact que l’agriculture a légèrement diminué sa contribution à l’effet de serre entre 1990 et 2005, mais c’est essentiellement dû à la diminution du nombre des ruminants, fortement émetteurs de méthane. Par ailleurs, cet effet a été presque complètement contrebalancé par la mise en culture de surfaces en prairie, diminuant le stock de carbone séquestré sous forme de matière organique dans les sols.
Sur le blé, les quantités de phytosanitaires épandues ont fortement diminuées, mais c’est parce que les formulations sont plus concentrées, et les matières actives plus efficaces.
Des bilans énergétiques et environnementaux meilleurs que l’essence. Pas pour l’ETBE d’éthanol de maïs et de betterave. D’autre part, ces bilans demeurent trop faibles pour justifier le poids de la dépense publique engagée pour le soutien de ces filières , et le détournement de surfaces agricoles de leur destination alimentaire.
Pas de concurrence avec les débouchés alimentaires : C’est oublier l’incidence de la filière Ester Méthylique d’Huile Végétale, dont la production est 3 fois supérieure à l’éthanol, avec des quantités produites par hectare 2 à 4 plus faibles…




