La mobilisation sur la mondialisation démontre que la protection de l’environnement et le développement économique doivent aller de pair. Les investissements de la Banque Mondiale dans les industries extractives - dans les secteurs pétrolier, gazier, et minier - entraînent la destruction de l’environnement et la l’accroissement de la pauvreté. Pour la Banque Mondiale, la plus importante institution mondiale spécialisée dans le développement et l’un des véhicules principaux de la mondialisation économique, il est temps de prendre des décisions irrévocables : soit perpétuer la pauvreté des plus démunis et la pollution par les industries extractives, soit éradiquer la pauvreté grâce à un développement social et écologique soutenable.
Les associations demandent à la Banque Mondiale financée par les contribuables d’arrêter progressivement le financement des projets miniers, gaziers, et pétroliers. L’appui de la Banque aux industries extractives n’est qu’un exemple de son histoire de destruction écologique et sociale. Les projets miniers, gaziers, et pétroliers permettent aux riches multinationales d’extraire des ressources et des bénéfices financiers dans les pays pauvres, laissant la pauvreté dans leur sillage .Ils alimentent le changement climatique, polluent l’environnement et mènent à la déforestation. Pire, les industries extractives ont fermement maintenu au pouvoir des gouvernements corrompus et dictatoriaux, et exacerbé les violations des droits humains.
Les secteurs du pétrole, du gaz, et des mines matérialisent un modèle de développement économique insoutenable qui a échoué pour les démunis au XXème siècle. Il n’y a aucune raison pour que la Banque Mondiale finance ces secteurs au XXIème. La Banque mondiale consacre une part importante de son portefeuille au secteur minier et pétrolier- 40% en 1999 (y compris ceux de la SFI et la MIGA)-. A l’inverse, une stratégie soucieuse d’un développement social et écologique soutenable conduirait à réaliser des investissements dans les nouvelles industries, les technologies propres, la protection de l’environnement, la création d’emplois et l’éducation. La Banque Mondiale devrait immédiatement bannir toute nouvelle prospection dans les écosystèmes primaires, interdiction qu’ont exigée plus de 200 associations de 52 pays à la Conférence de Kyoto sur le changement climatique. C’est pourquoi nous appelons la Banque Mondiale à arrêter progressivement et totalement le financement des projets pétroliers, gaziers, et miniers. La période transitoire devrait être préparée de manière participative et se concentrer sur les énergies renouvelables, et garantir les moyens d’existence des communautés locales.
1. Les démunis payent souvent le prix le plus fort
La destruction écologique et la déstructuration sociale qui accompagnent les projets miniers, gazier, et pétroliers nuisent avant tout aux plus pauvres. Ce sont eux qui risquent le plus d’être expulsés de leurs terres et de perdre leur logement dans le cadre de ces projets. Ce sont eux qui risquent de vivre dans un environnement pollué et qui disposent le moins de capacités pour exiger une compensation équitable ou une part des revenus tirés des projets. Ce sont eux qui dépendent le plus des ressources naturelles locales pour s’alimenter et assurer leur subsistance ; ce sont eux qui risquent le plus de souffrir lorsque l’aide publique est détournée des secteurs sociaux pour financer les industries extractives.
2. Les communautés indigènes sont mises en péril
L’exploitation minière, gazière, et pétrolière a brisé un grand nombre de communautés indigènes à travers le monde, contribuant à leur disparition, détruisant leur territoire, leur moyens d’existence, et leur identité culturelle. Du bassin amazonien à l’Asie, le mode de vie de ces peuples repose sur des traditions séculaires et une interdépendance avec l’écosystème dans lequel ils vivent. Pour les communautés indigènes, les industries extractives signifient souvent la perte de leurs droits à l’autodétermination, à leurs terres, et à leurs moyens d’existence.
3. Ils contribuent à la déforestation et à la disparition de la diversité biologique
Des forêts boréales de la Sibérie aux mangroves de l’Afrique Centrale et aux forêts humides du bassin amazonien, les projets miniers, gaziers, et pétroliers menacent des forêts précieuses, causent des dommages irréversibles aux écosystèmes, et appauvrissent la diversité biologique. La prospection du pétrole et du gaz, l’exploitation minière et les nouvelles routes nécessaires aux explorations menacent des forêts dans des pays où la situation est explosive, notamment dans la partie extrême orientale de la Russie, en Amérique Latine, et en Afrique de l’Ouest. L’exploitation des mines de charbon en Inde menace de détruire le dernier habitat des tigres en voie de disparition.
4. Ils contaminent les communautés
L’exploitation du pétrole, du gaz, et des mines joue un rôle majeur dans la dégradation écologique, et ce même dans les pays plus riches où le système de protection de l’environnement est plus fermement établi. Dans les pays plus pauvres aux normes environnementales moins développées et à la moindre capacité de surveillance, les risques de pollution de pétrole, d’émissions toxiques, et de contamination est considérablement plus élevée. Les autorités publiques et les communautés sont moins équipé pour limiter les dommages. Entre1982 et 1992 la filiale de Shell au Nigeria a déversé environ 6,048 millions de litres de pétrole dans le delta du Niger à cause de fuites d’oléoducs. Les fuites, les explosions de gaz, la gestion inadéquate des déchets, et les accidents dans les mines entraînent des émanations toxiques qui peuvent être dangereuses pour l’homme et polluer les nappes phréatiques, les terres agricoles, le bétail, et les ressources halieutiques.
5. Ils lèsent les femmes
Les femmes supportent souvent une part disproportionnée des dommages provoqués par les industries extractives. Elles ne sont pas souvent conviées aux procédures de consultation bien qu’il leur incombe de veiller au bien-être de leur famille. Leur vie est rendue plus difficile à cause de la pollution des industries exploitant les ressources naturelles dont elles et leur famille dépendent, notamment une eau potable propre et le bois de chauffe pour la cuisine.
6. Les industries extractives sont souvent liées à la violation des droits de l’homme
Du déplacement sous la contrainte à la répression brutale et quelques fois mortelle de ceux qui ont l’audace d’exiger un juste dédommagement, la réparation et une remise en état de l’environnement dégradé, la recherche effrénée du profit tiré des combustibles fossiles et des minéraux a trop souvent conduit les autorités publiques et les groupes multinationaux à violer les droits de l’homme. La lutte des Ogoni du Nigeria pour la le respect de leur terre par l’industrie pétrolière, ou les demandes des Amungme de l’Irian Jaya en Indonésie aux exploitants de la plus grande mine de cuivre et d’or du monde pour un traitement et une compensation équitable en sont des illustrations. Toutes à la recherche du profit, ces industries sacrifient souvent les droits de l’homme et des communautés.
7. Elles entretiennent des relations privilégiées avec des dictateurs et des autorités publiques corrompues
L’exploitation du pétrole, du gaz et des minerais est souvent réalisée dans des pays qui subissent la corruption et des régimes autoritaires. Que ce soit en Russie, en Colombie, en Indonésie ou au Nigeria, les gouvernements répressifs forment souvent des alliances avec des entreprises multinationales ayant des intérêts dans les industries extractives. Transparency International, une ONG qui lutte contre la corruption, classe depuis deux ans le Cameroun comme la nation la plus corrompue au monde. Malgré cela, la Banque Mondiale allègue toujours que le développement du pétrole profitera aux plus démunis dans ces pays, et s’apprête à financer un projet d’exploitation pétrolière de plusieurs millions de dollars au Tchad et au Cameroun.
8. Soutien aux multinationales
Les bénéfices des entreprises multinationales dans le secteur minier et pétrolier sont souvent si importants, que les revenus des pays emprunteurs de la Banque Mondiale paraissent minuscules en comparaison. Le meilleur exemple est le projet d’oléoduc entre le Tchad et le Cameroun que la Banque mondiale a décidé de financer. Exxon, a des bénéfices annuels quatre fois plus importants que le budget du Cameroun et quarante fois celui du Tchad. Bien qu’on présente ces investissements comme le financement du développement permettant la réduction de la pauvreté à long terme, neuf fois sur dix ils profitent d’abord et surtout aux multinationales dont le siège social se trouve dans les pays industrialisés. Ces multinationales sont riches et n’ont pas besoin de l’argent de l’aide au développement en constante réduction. De plus, lorsque la Banque subventionne ces groupes gigantesques sous le prétexte qu’elle aide les démunis, elle détourne en réalité de l’aide dont ont beaucoup besoin les plus pauvres.
9. Les industries extractives alimentent le changement climatique
Les combustibles fossiles sont la cause principale du changement climatique ; leur utilisation doit être progressivement arrêtée. Le changement climatique fait déjà beaucoup de tort aux plus démunis dans les pays en voie de développement et menace d’aggraver encore leur situation. La Banque Mondiale devrait montrer l’exemple en soutenant les économies d’énergie et les énergies renouvelables, maximaliser l’efficacité énergétique et non pas exploiter les ressources naturelles pour en extraire les combustibles les plus sales qui déstabilisent le plus le climat. Les sommes investies par la Banque Mondiale dans les projets portant sur des combustibles fossiles sont 25 fois supérieures à celles investies dans les énergies renouvelables. Plutôt que de prendre des mesures d’envergure visant à résorber le changement climatique, la Banque Mondiale est actuellement en train de lancer un programme de commercialisation des emissions carbone qui menace de subventionner encore plus l’industrie fossile déjà lourdement subventionnée.
10. Le financement des projets pétrolier, gazier, et minier augmente la dette et la dépendance des pays pauvres
Le développement des secteurs pétrolier, gazier, et minier engage les pays dans la voie de l’endettement et de la dépendance de l’aide extérieure. Ayant désespérément besoin de devises fortes pour payer les intérêts de la dette, les pays pauvres exploitent leurs ressources naturelles (réserves de pétrole, gisements miniers etc.) pour les exporter à un rythme insoutenable. Cette voie de développement entretient un endettement sans fin. La politique de crédit de la Banque Mondiale encourage cette croissance non viable tournée vers les exportations.
Les alternatives à l’exploitation du pétrole, du gaz, et des mines ne manquent pas. Les possibilités varient en fonction des pays. Cela n’est pas un problème si tout est entrepris pour que l’aide étrangère réponde directement aux besoins des démunis et présente des solutions durables aux problèmes écologiques. A cette fin, la Banque Mondiale devrait tout d’abord travailler avec les gouvernements afin d’élaborer une procédure de collaboration et consulter les citoyens dans les pays emprunteurs afin d’identifier les priorités du développement national où investir et les projets à soutenir financièrement. Il peut ne pas s’avérer opportun pour la Banque Mondiale d’investir dans tous ces secteurs. Le principe directeur est qu’elle restreigne son assistance financière dans les pays en voie de développement aux projets et programmes d’aide qui réduisent la pauvreté et promeuvent un développement écologique et social durable. On peut citer à titre d’exemples d’un développement meilleur que ce que fait la Banque Mondiale :
1. Le soutien de l’éducation et de la formation technique
L’investissement le plus bénéfique est celui qui soutient le capital humain. Une éducation de qualité permet à l’individu de défendre ses droits et d’exploiter avec imagination ses propres ressources. L’éducation de base est un droit fondamental et le fondement sur lequel repose une citoyenneté dynamique et informée. Elle est pourtant refusée à des centaines de millions d’enfants dans le monde. L’éducation primaire est cruciale, surtout celle des filles.
2. La défense de la santé publique
Des maladies dont la prévention est pourtant aisée continuent à tuer des millions de personnes chaque année. A peu près un enfant sur quatre meurt avant l’âge de cinq ans et les plus jeunes meurent de diarrhée dans beaucoup de pays d’Afrique sub-saharienne. Le monde doit répondre à l’impératif moral de remédier à ce scandale et à ce gâchis du potentiel humain.
3. Le soutien aux petites entreprises et à des micro projets
Le soutien des initiatives des petites entreprises et des micro projets présente des avantages sociaux évidents par rapport au crédit octroyé aux méga-projets caractéristiques de la Banque Mondiale. Les plus petites entreprises procurent plus d’emplois par franc investi, sont plus susceptibles de réinvestir leurs gains dans l’économie locale et peuvent plus facilement cibler les besoins des femmes et des communautés marginalisées. Les occasions de promouvoir ces initiatives, de la fabrication de filtres de carbone à partir de fibres de noix de coco à la production d’aliments biologiques pour le marché local et régional, sont infinies.
4. L’aide à une agriculture qui réponde aux besoins de la population
Les projets et la politique de crédit de la Banque Mondiale ont souvent été associés avec l’accumulation des terres entre les mains de quelques-uns et la promotion d’une agriculture tournée exclusivement vers l’exportation compromettant la sécurité alimentaire. Elle doit au contraire jouer un rôle plus positif dans le développement d’une agriculture qui veille à la redistribution des terres.
5. La fourniture d’énergie aux plus démunis des zones rurales
A peu près deux milliards d’habitants des zones rurales n’ont pas accès à l’électricité et autres formes d’énergie. Alors qu’elle dispose d’une stratégie pour répondre à ces besoins, la Banque Mondiale ne l’a jamais mise en œuvre de façon appropriée. Elle oriente plutôt son financement vers le développement industriel et les zones urbaines, appauvrissant ainsi davantage les pauvres des zones rurales. La Banque Mondiale pourrait apporter l’énergie à des millions d’habitants des zones rurales grâce aux progrès réalisés dans le secteur des énergies renouvelables. L’analyse coût-avantage démontre que dans la plupart des cas les énergies renouvelables permettent de mieux désenclaver les zones rurales.
6. Améliorer la qualité de vie dans les zones urbaines
La pollution, le crime et une qualité de vie déclinante sont les produits des villes champignon du monde en développement. La Banque mondiale devrait aider à modifier cette tendance en investissant dans des programmes aménagement du territoire, des méthodes de construction qui permettent des économies d’énergie et la maîtrise de la pollution. Des sites propres pour les transports en commun comme les véhicules ferroviaires légers contribueraient à réduire les problèmes de santé publique liés au transport. La Banque mondiale pourrait soutenir des innovations dans la construction et travailler avec des urbanistes. Elle pourrait aussi investir dans des programmes de lutte contre la pollution urbaine.
7. Développer des alternatives à la déforestation
D’après les propres analyses de la Banque mondiale, les projets qu’elle finance contribuent une importante déforestation. Il faut mettre l’accent sur les alternatives à la déforestation par la promotion de l’utilisation durable de certaines ressources forestières. Des alternatives innovantes existent, tel que le développement de l’écotourisme, des produits forestiers non ligneux. Les gouvernements devraient pouvoir étendre les zones protégées pour la conservation et la gestion durable des ressources parce que la protection des forêts est indispensable pour l’environnement mondial et les générations futures.
8. Encourager une utilisation économe de l’eau
La diminution des ressources en eau est une source d’inquiétude grandissante et un foyer possible de conflits. Malgré les sécheresses et son importance vitale pour la vie sur terre, des volumes énormes d’eau sont gâchés inutilement chaque année. Bombay perd 1/3 de son eau et Manille près de la moitié faute d’un système efficace. L’irrigation qui utiliser plus de la moitié de l’eau nécessaire pour les besoins humains est une source de grand gâchis. La Banque mondiale doit améliorer la qualité de vie en utilisant ses financements pour lutter contre le gâchis d’eau, améliorer la gestion et les systèmes d’irrigation.
9. Améliorer l’efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables
Plutôt que de promouvoir la prospection et la production de combustibles fossiles, la Banque Mondiale devrait capter les centaines de millions de dollars perdus chaque année en raison du gâchis énergétique. Des investissements dans des technologies qui évitent les déperditions de chaleur, et des procédés de cogénération qui produisent simultanément de l’eau chaude et de l’électricité pourraient faire économiser aux clients de la Banque Mondiale des milliards de dollars dans les décennies à venir. Leur combinaison avec un éclairage économe en énergie et des techniques idoines de construction d’immeubles réduirait les importations d’énergie et, le cas échéant, permettrait d’exporter le surplus d’énergie. La Banque favoriserait ainsi une énergie qui n’aggrave pas la pollution ou le changement climatique en soutenant les nouveaux marchés des technologies éoliennes et solaires.
10. Annuler immédiatement la dette et reconnaître de la dette écologique
Le problème de la dette des pays les plus pauvres doit être résolu. La Banque mondiale doit annuler dès cette année la dette des pays pauvres très endettés et préparer un programme d’annulation pour les pays à revenu intermédiaire. La Banque mondiale doit aussi reconnaître l’existence d’une dette écologique du Nord envers le Sud. En effet, les consommateurs des pays industrialisés bénéficient de ressources naturelles à bas prix, tel que le gaz, le pétrole et les minerais exploités dans le Sud. L’exploitation de ces ressources a entraîné d’importants dommages pour l’environnement et les communautés.
Déclaration endossée par 200 groupes de 55 pays.
Liste complète des organisations signataires