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Campagne publique : en mai, les Amis de la Terre font le tour des AG

Presqu’un passage obligé, l’interpellation publique lors des Assemblées générales (AG) des multinationales est un pari qui peut payer, bien au-delà du simple « coup de com ». Retour d’expérience.

Le mois de mai synonyme de longs week-ends et de barbecue au soleil ? Pour les Amis de la Terre, les week-ends ont été courts et du barbecue, on ne retiendra que le charbon… sujet brûlant ! Le mois a en effet été ponctué par la tenue de 6 Assemblées générales, celles de nos cibles récurrentes et nominés Pinocchio favoris. Des moments clés pour interpeller publiquement les directions de GDF, EDF, BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole, sur leurs activités controversées et climaticides.

Dans notre viseur, avec l’échéance du Sommet Climat de l’ONU l’an prochain à Paris : leur soutien au charbon, une énergie des plus polluantes qui tue chaque année de centaines de milliers de personnes et qui menace la possibilité d’assurer un climat sûr et sain demain. Chez Total en revanche, (voir article page ci-contre), les gaz et huile de schiste étaient au menu.

_Différentes du rendez-vous de plaidoyer, complémentaires de la lettre ouverte, les Assemblées générales sont la base d’un mode de dialogue plus direct où la société civile se joue du tempo des entreprises. Elles font apparaître aux yeux de tous les rapports de force et intérêts des différentes parties prenantes. D’un côté, les objectifs de profit.« Le Conseil d’administration a dû voter sur une diminution de la rémunération des actionnaires » annonce-t-on à l’AG d’EDF, provoquant un tollé général « …mais rassurez- vous, il s’y est opposé » conclut-on d’un air goguenard. De l’autre, l’irruption des impératifs de justice sociale et environnementale que sous-tend notre présence.

Les Assemblées générales ne laissent pas la place aux débats ni au dialogue approfondi. Cadrée, parfois chronométrée, chaque intervention est normée selon des règles définies par l’entreprise. Ainsi, si tous les actionnaires sont d’ordinaire autorisés à poser une question, il ne s’agit que d’un droit concédé par l’entreprise ; le maître de séance, souvent le PDG, peut donc arbitrairement décider de ne pas l’octroyer à ceux jugés indésirables.

Sifflements, insultes… ou applaudissements

Ce fut le cas cette année à l’AG du Crédit Agricole qui ne souhaitait pas se voir rappeler sa responsabilité dans les impacts du Mountain Top Removal (MTR). Cette pratique d’extraction de charbon à ciel ouvert est à l’oeuvre dans les Appalaches, financée par la banque malgré l’adoption d’une politique sectorielle l’année dernière. Caméra coupée afin de ne pas diffuser sur grand écran les photos illustrant les ravages autant humains qu’environnementaux du MTR, micro arraché, l’intervention de Paul Corbit Brown, notre partenaire états-unien de la fondation Keepers of the Mountains se fait dans la douleur suivie du refus du Crédit agricole de nous laisser intervenir ensuite… Scénario très similaire chez EDF où le PDG Henri Proglio a refusé d’entendre notre partenaire Natasa Djereg, directrice de l’association CEKOR venue de Serbie pour dénoncer le projet d’investissement dans la centrale à lignite Kolubara B.

Ces expériences ne font pas exception et ce sont souvent par des sifflements et des insultes que les assemblées ponctuent nos interventions.
Que notre action déplaise n’est pas surprenant puisque nous ne faisons que détourner un outil de sa fin – le droit actionnarial. Propre à la France d’après nos partenaires étrangers qui assistent à des Assemblées générales dans de nombreux pays, la violence de telles réactions n’est cependant pas systématique, même dans l’hexagone.
Par exemple, hués l’an dernier à l’AG de la BNP Paribas, nous avons cette année, été applaudis par les mêmes actionnaires suite à notre intervention reconnaissant les avancées de la banque dans un secteur, mais critiquant son soutien massif au charbon.

Certes, les Amis de la Terre assistent aux AG pour obtenir des réponses publiques, plus que pour convaincre les entreprises ciblées, toutefois la réaction de l’assemblée reste importante puisqu’elle avalise ou non l’hostilité de la direction à notre égard et influence sa disposition à annoncer des mesures allant dans notre sens et visant à changer ses pratiques.

Aucune annonce révolutionnaire ne fut faite cette année mais les Assemblées générales constituent surtout un temps symbolique dans une campagne de plaidoyer et de mobilisation. Les victoires se construisent sur la durée, comme nous le rappelle celle sur la centrale nucléaire de Kaliningrad. Chères entreprises, nous vous disons donc à l’année prochaine !

> LUCIE PINSON
Chargée de campagne Finance privée
> MALIKA PEYRAUT
Chargée de campagne Institutions financières internationales


Cet article est issu de La Baleine 176 - TAFTA : sauvons la souveraineté populaire

Photo : Action d’occupation, par Bizi, de l’antenne régionale de la Société Générale à Bayonne dans le cadre de la mobilisation contre Alpha Coal, mai 2014.

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