Le bilan officiel, 1 mois après l’explosion de l’usine AZF, 30 morts, 2242 blessés hospitalisés, ne résume pas les conséquences sanitaires de cette catastrophe industrielle sans précédent en France.
En effet, cette explosion au coeur de Toulouse, a provoqué un séisme de 3,4 sur l’échelle de Richter, une surpression acoustique de 160 à 194 dB, un nuage toxique c’est dégagé au dessus de la ville vers le Nord ouest. Les conséquences sur le plan matériel et humain ont été majeures.
Total annonçait en octobre 2006 : 16 222 dossiers d’expertises médicales donnant droit à indemnisation, dans le cadre de l’accord amiable. Il arrive encore 70 dossiers par mois pour expertise médicale en 2006.
Le Service Médical d’assurance Maladie donnait des précisions quant aux types de lésions : 49,5 % troubles psychologiques, 41,4 % troubles auditifs, 5,4 % troubles articulaires, 1,1 % troubles ophtalmiques, 2,5 % autres séquelles. Pour 47,7 % des victimes ont été indemnisé pour une invalidité partielle (IPP) entre 1 et 9% ce qui veut dire que plus de 7 000 personnes, à ce jour, sont marquées à vie par la catastrophe. Si l’on a pu constater une augmentation du nombre d’infarctus (ils ont été multipliés par 3,3 dans les 5 jours suivants l’explosion) le nombre de morts n’a pas été donné ni par Total, ni par la préfecture, mais une centaine de décès auraient été indemnisés par Total.
Dès le lendemain de la catastrophe, l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) mettait en place, un dispositif complet « d’évaluation épidémiologique » pour mesurer les conséquences sanitaires.
Pour la population toulousaine, interrogée 18 mois après la catastrophe, dans un rayon de 1,7km, 25 % ont été blessés, 12 % sont allés aux urgences, 17 % ont des séquelles auditives, 7 % ont des séquelles esthétiques, 5 % ont des séquelles de motricité.. Si les séquelles de blessures sont moins importantes entre 1,7 Km et 3 Km elles sont non négligeables puisque l’on compte encore 10% de séquelles auditives. Là encore, le retentissement sur la santé mentale est très fort. Le SPT touche 19 % de femmes et 9 % des hommes. La dépressivité touche 17,8% de femmes et 13,5 % des hommes. L’étude montre que l’impact sur la santé mentale est d’autant plus marqué sur les populations : si elles se trouvaient proche de l’explosion, si elles avaient eu des proches atteints, si leur logement avait été inutilisable, ou si elles avaient eu des difficultés financières ou subit un chômage technique On notera un impact plus fort chez les personnes âgées, les femmes (de tous âge) et les personnes défavorisées socialement, à exposition égale.
Ces études et enquêtes concordent avec les résultats bruts des expertises médicales et confirment : un très grand retentissement sur la santé mentale des mois à près l’explosion à tous les âges, un très grand retentissement sur l’audition. Lors du Colloque AZF, organisé le 20 octobre 2006 par l’InVS, le constat était clair sur le manque de prise en charge des victimes qui ont dû se débrouiller seules, en particulier pour les populations économiquement défavorisées.
À Toulouse, on a pu mesurer, en grandeur réelle, l’ampleur des conséquences d’une telle catastrophe industrielle. Il serait bon que ces résultats soient connus des industriels et des politiques qui laissent perdurer des sites à risques en milieu urbain.
Rose Frayssinet, décembre 2006