La Banque mondiale pourrait accepter de prêter 3,75 milliards de dollars à la compagnie d’électricité sud-africaine Eskom, dont 3 milliards iraient à la construction de la centrale de Medupi. Outre les diverses pollutions liées à son fonctionnement (contamination au soufre, mercure…), cette centrale géante de 4 800 MW émettra 25 millions de tonnes de CO2 par an (5% des émissions françaises totales), contribuant fortement aux changements climatiques.
Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Finance aux Amis de la Terre, explique : « L’Afrique du Sud a un potentiel énorme en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, et la société civile sud-africaine demande qu’il soit développé. Pourtant seuls 7 % du prêt de la Banque mondiale iraient aux renouvelables, et 13 % à l’efficacité énergétique. Allouer 80 % de ses fonds à un méga projet charbonnier est un choix aberrant. Il est d’autant plus scandaleux que la Banque mondiale essaie de se présenter comme une institution exemplaire dans la lutte contre les changements climatiques. »
La centrale de Medupi est principalement conçue pour de gros industriels, qui bénéficient de tarifs artificiellement bas pour l’électricité en raison d’accords inéquitables signés à la fin de l’apartheid, au début des années 90. Par conséquent, le coût de production de l’électricité pèse de façon disproportionnée sur la population.
Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, précise : « Eskom a déjà annoncé des augmentations de tarif de 35 % par an aux particuliers : l’énergie va devenir inabordable pour un grand nombre de ménages sud-africains. En parallèle, les industries, principalement contrôlées par de riches multinationales, bénéficient du prix de l’électricité le plus faible au monde. En soutenant Eskom, la Banque mondiale ne contribue donc pas à l’amélioration de l’accès à l’énergie de la population, et encore moins à la lutte contre la pauvreté, mais elle aggrave au contraire un système injuste à la botte de grandes entreprises occidentales. »
Les Amis de la Terre demandent à la France de ne pas approuver le prêt de la Banque mondiale à Eskom.
Anne-Sophie Simpere conclut : « La France a un conflit d’intérêt dans le projet, car Alstom fait partie des constructeurs de la centrale. En octobre dernier, Nicolas Sarkozy nous écrivait au sujet de la Banque mondiale que la France serait « particulièrement vigilante à ce que les financements publics soient désormais cohérents avec les objectifs nationaux et internationaux de lutte contre le changement climatique. »[2]. Nous attendons de voir s’il tiendra cet engagement ou s’il cèdera à la pression d’Alstom… »
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Caroline Prak
01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43
Notes :
[1] Voir la Déclaration de la société civile sud-africaine et africaine contre le projet Eskom
[2] Voir le courrier de Nicolas Sarkozy en date du 13 octobre 2009




