Paris, le 12 décembre 2007
Il y a seulement deux semaines, Dr. Gueorgui Kastchiev, l’ancien directeur de l’autorité de sûreté nucléaire bulgare, mettait en garde la Commission Européenne sur ce projet en présentant toute une série de préoccupations sérieuses. « Le projet Belene présente des risques environnementaux et de sécurité intolérables », déclarait-il alors. Parmi les problèmes identifiés par le Dr. Kastchiev, on peut citer des problèmes de design, le manque d’expérience opérationnelle pour ce type de réacteur, le manque de main d’oeuvre qualifiée et de contrôles appropriés et la corruption rampante dans le secteur de l’énergie en Bulgarie. « Si quelqu’un considère l’important risque sismique du lieu et le faible niveau de la culture de la sécurité nucléaire en Bulgarie, il ne peut en venir qu’à une conclusion : ce projet ne doit pas continuer », ajoutait-il.
Au cours de la rencontre entre les ONG et les représentants de la Commission Européenne le 30 novembre dernier, ces derniers ont reconnu que les questions soulevées par le projet Belene étaient légitimes. Ils ont mentionné le manque de clarté du financement mais également des préoccupations concernant la qualité de la construction et la gestion des déchets radioactifs. Sébastien Godinot, coordonnateur des campagnes aux Amis de la Terre, commente : « Le fait que la Commission ait donné un avis positif inconditionnel après avoir reconnu de si graves préoccupations démontre que cette décision a été prise sous la pression politique ».
Le projet Belene doit être construit en pleine zone sismique alors que les scientifiques soviétiques avaient mis en garde contre ce projet dès 1984 et que le Cabinet bulgare l’avait qualifié de « techniquement dangereux et économiquement non viable » en 1990. Le gouvernement bulgare l’a pourtant remis sur les rails et a déjà accordé à la compagnie russe Atomstroyexport un contrat d’exploitation, avec Areva et Siemens comme sous-traitants. « La décision de vendredi dernier prouve que la Commission n’écoute ni la voix de la raison ni celles des citoyens européens quand il est question d’énergie nucléaire », dénonce Jean-Yvon Landrac du Réseau « Sortir du nucléaire ».
La décision de la Commission Européenne ouvre la voie à des demandes de financements publics de la Bulgarie à Euratom et à la Banque Européenne d’Investissement. « Il y a une décision cruciale à venir. Euratom n’a pas financé la construction de nouvelles centrales nucléaires depuis plus de 20 ans, et ce serait la toute première fois qu’il apporterait son soutien à la construction d’un réacteur russe au sein de l’Union Européenne. Nous sommes déterminés à bloquer le versement d’argent public pour le projet Belene, qui mettra en danger la santé et la sécurité de millions de personnes », explique Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre. « Le projet Belene a été refusé par des banques commerciales et ce serait un scandale si l’argent des contribuables était utilisé pour achever ce projet. Plus de 30 000 Européens ont signé la cyberpétition contre la Commission dans les deux dernières semaines et ce n’est que le début de la mobilisation qui s’annonce », conclut-il.
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