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Changements climatiques : la contribution des compagnies pétrolières

Les producteurs d’énergie contribuent considérablement aux changements climatiques et leurs pratiques sont de plus en plus émettrices de gaz à effet de serre.

Les négociations de Copenhague (Danemark) devront impérativement fixer des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) pour les Etats et les industriels. Parmi ces derniers, l’impact des producteurs d’énergie est considérable. A l’échelle mondiale, le secteur énergétique a en effet été responsable de 25 % des émissions de GES en 2007. Du côté de l’Union européenne, très industrialisée et énorme productrice et consommatrice d’énergie sous toutes ses formes, et notamment d’électricité, ce taux atteignait 61 % en 2003.

Investissements climaticides

La contribution au réchauffement climatique des grandes compagnies pétrolières et gazières est considérable et croissante. Figurant parmi les entreprises les plus puissantes au monde, presque toutes les grandes compagnies privées du secteur pétrolier (Exxon, Total, Shell, BP, Chevron, ENI ou encore Repsol), « s’activent » dans l’exploitation des sables bitumineux, au Canada depuis plusieurs années, et désormais en Afrique. Total, déjà très présent dans les sables canadiens, s’est ainsi engagé dans un projet à Madagascar, et semble également intéressé par des réserves au Congo. Or, la production d’un baril de pétrole à partir de sables bitumineux est tellement énergivore que son impact en termes d’émissions de GES est estimé au triple de celui d’un baril produit à partir de pétrole conventionnel. L’exploitation des sables bitumineux et autres pétroles extralourds revient alors à laisser les compagnies pétrolières gaspiller les énergies fossiles les moins polluantes, telles que le gaz, pour produire les plus sales jamais utilisées dans l’histoire de l’Humanité. Un récent rapport des Amis de la Terre Europe a d’ailleurs mis cette schizophrénie en évidence : les investissements de la compagnie anglonéerlandaise Shell pour exploiter ses réserves dans les sables bitumineux multiplieront par deux l’impact climatique de sa production par baril de pétrole produit, déjà considérable, dans les années à venir.

Total et le torchage

En France, Total, première entreprise hexagonale, n’est pas en reste. Ses émissions de GES se sont ainsi élevées à 57,9 millions de tonnes équivalent CO2 en 2007, soit presque 11 % du total des émissions françaises de l’année ! Plus du quart de ces émissions sont imputables au torchage des gaz extraits des puits de pétrole et non valorisés, une pratique désastreuse sur le plan environnemental et sanitaire pour les populations avoisinantes, et qui représente un véritable gâchis énergétique. C’est notamment le cas au Nigeria, où le torchage pratiqué par les grandes compagnies pétrolières privées a entraîné le rejet de 70 millions de tonnes équivalent CO2 en 2004. Le torchage représente la première source d’émission de GES du continent africain, qui subira le plus durement les effets du réchauffement climatique dans les prochaines années.

Alors que toutes les compagnies pétrolières communiquent ad nauseam sur leur soi-disante prise en compte du réchauffement climatique, on est donc en droit de s’interroger : le secteur n’est-il pas, plutôt, le principal contributeur au phénomène, aussi bien directement qu’indirectement ?

> GWENAEL WASSE

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