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Charbon : l’Accord de Paris partira-t-il en fumée grâce au Crédit Agricole et à Société Générale ?

Mercredi 27 juillet 2016. Crédit Agricole et Société Générale devraient décider cet été de financer ou non le projet d’extension de la centrale à charbon Tanjung Jati B en Indonésie, sept mois après la COP21 (1). Les Amis de la Terre, BankTrack, et Greenpeace leur demandent de ne pas commettre cette erreur et de se retirer du projet, comme l’a déjà fait BNP Paribas. Par une action à la tour Eiffel aujourd’hui, les Amis de la Terre rappellent que derrière ce seul projet se joue la valeur de leurs engagements pris à la COP21 en faveur du climat (2).

Des militants des Amis de la Terre ont déroulé une banderole du premier étage de la Tour Eiffel aujourd’hui afin de dénoncer l’implication du Crédit Agricole et de Société Générale dans le projet d’extension de 2000MW de la centrale à charbon de Tanjung Jati B sur l’île de Java, en Indonésie (1). Les deux banques sont en train d’analyser ce projet et pourraient le financer malgré son incompatibilité avec l’objectif international de limiter le réchauffement de la planète bien en-dessous de 2°C, et de tendre vers 1,5°C, adopté à Paris il y a quelques mois seulement par la communauté internationale (2). BNP Paribas s’est, elle, déjà retirée du projet, mettant la pression sur ses deux consœurs dont la décision finale sera lourde de conséquences pour le climat mais aussi pour leur réputation.

Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée / Coface aux Amis de la Terre, dénonce : « Où sont leurs engagements émis à la COP21 ? Déjà partis en fumée ? Au lieu de tant vanter dans ses publicités l’usage local de l’argent qui leur est confié, que Crédit Agricole explique à ses clients qu’ils financent toujours de nouveaux projets charbon après s’être engagé à tout faire pour que les objectifs de l’Accord de Paris soient respectés voire dépassés ! (4) De même pour Société Générale qui s’est engagée à aligner ses financements avec un scénario 2°C (6). Une décision de financement du projet TJB2 serait d’une hypocrisie honteuse ».

Car ce projet s’inscrit dans un plan de développement énergétique national ultra carboné qui prévoit 13GW de nouvelle capacité charbon pour l’Indonésie d’ici 2019, en majorité sur l’île pourtant déjà électrifiée mais aussi sur-polluée de Java. Or, les banques connaissent tout aussi bien que les ONG les rapports démontrant qu’il est impossible de construire de nouvelles centrales à charbon - même en remplacement de vieilles centrales – pour respecter le budget carbone restant, même en utilisant les meilleures technologies disponibles. Il nous faut donc engager dès à présent la fermeture du parc existant si nous voulons rester sous la barre des 2°C (6).

Yann Louvel, coordinateur de la campagne Climat-Energie à BankTrack, ajoute : « Tanjung Jati B 2 est un test clé pour le climat et pour les banques qui se sont engagées à la COP21. Comme l’a rappelé Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale, récemment, si l’Indonésie et les pays d’Asie du Sud-Est construisent les centrales à charbon qu’ils prévoient, nous sommes finis et cela entraînera un désastre pour nous et notre planète. Il est donc indispensable que ces projets ne voient jamais le jour, d’où la surveillance particulière des ONG sur les investisseurs dans cette région du monde ».

Bondan Andriyanu, de Greenpeace Indonésie, qui a rencontré les deux banques en mai 2016 (7), conclut : « Financer TJB2, c’est faire le choix de la pollution, des morts, et de la déforestation. Comme beaucoup de pays d’Asie, nous sommes déjà asphyxiés par le charbon. 6500 personnes meurent déjà prématurément chaque année du charbon et TJB2 pourrait en ajouter plus de 1000. Et non seulement les populations sans électricité ne bénéficieront ni de TJB2 ni des autres projets de centrales à charbon, mais l’expansion des concessions minières afin de répondre au doublement de la consommation de charbon prévue aggravera la déforestation de notre pays. L’alternative existe en Indonésie et l’énorme potentiel en énergies renouvelables pourrait être développé à un coût inférieur à celui du charbon. Crédit Agricole et Société Générale se sont engagés à prendre en compte tous ces facteurs ; nous attendons donc qu’elles suivent l’exemple de BNP Paribas et se retirent du projet »

Avec une action à la tour Eiffel, lieu symbolique de la COP21, les Amis de la Terre France entendent rappeler aux banques qu’elles jouent leur réputation sur ce dossier et que la sincérité de leur engagement en faveur du climat et la transition sera jugée à l’aune de la décision qu’elles prendront (2). Le même jour, les Amis de la Terre Japon remettent une lettre à Nexi, un des autres financeurs du projet, lui demandant de s’en retirer également.

Contact presse :
Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée, Amis de la Terre, 06 79 54 37 15, lucie.pinson@amisdelaterre.org

Crédit photo : Cédric Bufkens

En savoir +

(1) Le financement de projet devrait être conclu cet été, après réception de l’ensemble des études préalables nécessaires par les financeurs. Les autres banques impliquées dans ce projet d’une valeur de 4 milliards de dollars sont BTMU, Mizuho Bank, SMBC et Sumitomo Trust. http://www.pfie.com/french-banks-support-tjb2/21231277.article
(2) Pour plus de détails sur l’action et pour avoir les photos, contactez Lucie Pinson au 0679543715
(3) Voir la note de presse publiée en mai par les Amis de la Terre France et Greenpeace « Indonésie : le test climatique du Crédit Agricole et de Société Générale » : http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/pao-notesgca-web.pdf
(4) Après avoir pris des engagements concernant ses soutiens aux mines et aux centrales à charbon en mai puis septembre 2015, Crédit Agricole a signé l’Appel de Paris (Paris Pledge for Action) : http://www.parispledgeforaction.org/
(5) Voir le résumé des engagements pris par Société Générale en amont de la COP21 : https://www.societegenerale.com/fr/construire-demain/s-engager-durablement/societe-generale-s-engage-en-faveur-du-climat
(6) Le rapport ‘The Coal Gap : planned coal-fired power plants inconsistent with 2˚C and threaten achievement of INDCs’, publié en décembre 2015 par Climate Action Tracker démontre que même sans « sans nouvelle construction, les émissions induites par la production d’électricité à partir de charbon seraient en 2030 toujours 150% supérieures au niveau nécessaire pour limiter le réchauffement de la planète sous le seuil de 2°C au-dessus des niveaux pré-industriels ». http://climateactiontracker.org/assets/publications/briefing_papers/CAT_Coal_Gap_Briefing_COP21.pd
Un autre rapport publié début 2016 par Greenpeace, Sierra Club et CoalSwarm a démontré que bien que de plus en plus de centrales sont arrêtées, le rythme de fermeture n’est pas assez rapide pour compenser l’ouverture de nouvelles centrales : http://sierraclub.org/sites/www.sierraclub.org/files/uploads-wysiwig/final%20boom%20and%20bust%202017%20(3-27-16).pdf
Le dernier rapport d’Ecofys démontre que même l’usage des meilleures technologies disponibles pour les centrales à charbon ne rend pas le charbon davantage compatible avec les objectifs adoptés à la COP21 : http://awsassets.panda.org/downloads/the_incompatibility_of_high_efficient_coal_technology_with_2c_scenarios_report.pdf
(7) http://www.amisdelaterre.org/Indonesie-le-test-climatique-du-Credit-Agricole-et-de-la-Societe-Generale.html

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