Charbon : le mauvais calcul des banques françaises

Ecrit à la suite d’une mission de terrain des Amis de la Terre effectuée en 2014, ce rapport, publié avec Oxfam France et soutenu par l’initiative Fair Finance France, il revient sur les projets de centrales de charbon de Kusile et de Medupi situées en Afrique du Sud et financées en partie par les banques françaises, avec l’aide de l’Etat français. Les conclusions sont sans appel : les soutiens des banques au charbon enferment les pays dans une trajectoire très carbonée, augmentent les inégalités et violent les droits des populations les plus vulnérables. Cela doit cesser.

La France s’apprête à accueillir en décembre 2015 la 21ème conférence des Nations-Unies sur le changement climatique (COP21) au cours de laquelle la communauté internationale devrait s’accorder sur les suites du Protocole de Kyoto afin de limiter le réchauffement de la planète en-dessous du seuil qu’elle juge critique de 2°C . Pourtant, peu voire rien n’est fait pour laisser les énergies fossiles dans le sol et encadrer l’activité des banques de financement et d’investissement pourtant au cœur de l’industrie des énergies fossiles.

Renoncer à extraire les énergies fossiles, et en particulier le charbon, conditionnera pourtant notre capacité au niveau mondial à ne pas émettre plus que ne le permet le budget carbone global – la quantité totale de dioxyde de carbone que nous pouvons encore émettre pour rester sous le seuil des 2°C. D’après une étude récente publiée dans Nature, plus de 80 % des réserves de charbon doivent rester dans le sol pour maintenir la température du globe en-dessous de 2°C . Or, la production de charbon a augmenté de 69% depuis 2000 et la capacité installée des centrales électriques a augmenté de 35% depuis 2005, date de la signature du protocole de Kyoto. Dans cette route qui mène au désastre climatique, les banques françaises de financement et d’investissement ont leur part de responsabilité.

D’après le rapport des Amis de la Terre Charbon : l’argent sale des banques françaises, les banques françaises - BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE / Natixis et Crédit mutuel ont soutenu le secteur du charbon à hauteur de plus de 30 milliards d’euros entre 2005 et avril 2014 et font de la France le 4ème plus gros pays financeur du charbon pour cette période. Et malgré leurs engagements à lutter contre les changements climatiques, les soutiens des banques françaises au secteur du charbon ont augmenté de 218 % entre 2005 et 2013. Ces milliards d’euros de soutiens se concrétisent en projets de mines et de centrales à charbon dont les impacts ne sont pas seulement extrêmement mauvais pour l’environnement local et le climat mais violent aussi les droits des populations.

En Afrique du Sud, pays où 90% de l’électricité est produite à partir de charbon, les 5 groupes bancaires français précités ont tous participé en 2009 et 2010 au financement de deux des plus grosses centrales à charbon au monde, Medupi et Kusile, construites en partie par Alstom, à travers des prêts garantis par l’agence de crédit aux exportations de la France, la Coface. Malgré l’urgence climatique, elles pourraient soutenir les nouveaux projets de centrales à charbon, dont un d’Engie (anciennement GDF Suez), qui alourdiraient la facture climatique d’un pays qui compte déjà parmi les plus gros émetteurs au monde.

Car contrairement à la Coface qui a mis un terme à ses soutiens aux centrales à charbon, les banques françaises continuent de les soutenir en raison des besoins en électricité des pays en développement. D’après elles, le charbon demeure l’énergie la plus accessible et la plus abordable pour y répondre. Pourtant, l’exemple de l’Afrique du Sud prouve le fort potentiel des énergies renouvelables, et surtout les impacts très coûteux d’une économie et d’un système énergétique fondés sur le charbon, dont les bénéfices pour les populations sont dérisoires en termes d’emploi et inexistants en termes d’accès à l’électricité.

Conscientes des externalités environnementales, climatiques et sanitaires du charbon, les banques tendent à conditionner dans certains cas leurs soutiens à l’utilisation des meilleures technologies étiquetées comme relevant du « charbon propre » et théoriquement à-même de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des infrastructures charbon. Une fois de plus, l’exemple de l’Afrique du Sud démontre que le « charbon propre » promu par les industriels du charbon ne permet pas de concilier l’inconciliable, charbon avec climat et charbon avec développement.

Pour les Amis de la Terre France et Oxfam France, soutenus par l’initiative Fair Finance France, les banques françaises doivent enfin prendre leurs responsabilités au regard des impacts des projets qu’elles financent, cesser leurs soutiens aux énergies fossiles, à commencer par le charbon, et réellement financer la transition énergétique.

Le rapport complet est disponible dans la colonne de droite. Un briefing axé sur certains des enjeux est disponible ci-dessous et en colonne de droite.

Photo : Pierre Bussière

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Ce rapporta été réalisé avec le soutien financier de la Commission européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité des Amis de la Terre France et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union Européenne.

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