Climat : on ne se mobilisera pas en vain

Le Sommet de Ban Ki-Moon s’achève à New York et le ballet des chefs d’Etat laisse une impression de déjà-vu. Une fois de plus, le contraste est criant entre ceux qui, en première ligne du changement climatique, prennent des engagements ambitieux, et ceux qui laissent passer le train, comme s’ils n’avaient pas compris, comme s’ils croyaient vraiment que leurs enfants seraient épargnés par les changements irréversibles qui nous menacent tous.

Tuvalu annonce une électrification basée sur 100 % d’énergies renouvelables, Samoa prévoit d’avoir mis fin aux énergies fossiles et d’atteindre les 100 % d’énergies renouvelables dès 2017, l’Ethiopie vise à être neutre en émissions d’ici 2025. En parallèle, François Hollande dans son discours affirme que : « Nous avons aujourd’hui l’obligation de réussir » mais n’engage aucune des réformes structurelles et ambitieuses qui pourraient garantir ce succès, et notamment la fin du soutien public de la France aux énergies fossiles et en priorité le charbon. En 2017, quand Samoa prouvera que l’on peut fonctionner sans énergies sales, EDF et GDF, entreprises françaises dont l’Etat est actionnaire et qui accompagnaient François Hollande à New York, continueront donc de déclencher des bombes climatiques en ouvrant des centrales à charbon un peu partout.

L’agenda des solutions, si cher à notre gouvernement français, ne doit pas devenir l’agenda des fausses solutions. Pourtant - et François Hollande s’est bien gardé de le mentionner - la France a rallié l’une des initiatives aberrantes lancée à l’occasion de ce sommet : « l’Alliance pour une agriculture intelligente face au climat ». Peut-on parler d’intelligence pour ce modèle d’agrobusiness productiviste, autorisant agrocarburants, pesticides et OGM qui ravagent l’agriculture paysanne, mettent en péril la souveraineté alimentaire et les droits des communautés ? Distingue-t-on une once d’intelligence lorsque, au nom de la lutte contre le changement climatique, le nucléaire ou les gaz de schiste, pourtant polluants, dangereux et inefficaces, sont présentés comme des solutions, comme on a pu l’entendre lors du discours du Royaume-Uni ? Est-ce là le type de réponses qu’ils se contentent d’apporter aux centaines de milliers de personnes qui, partout dans le monde, se sont mobilisées pour ce sommet ?

A tous ceux-là, il faut rappeler qu’ils n’ont pas marché en vain.

A New York, Paris, Gonesse ou New-Delhi, c’est la multitude de banderoles et de slogans qui a démontré où était l’intelligence collective : « Non aux fossiles et au fissile », « Stop aux grands projets inutiles et imposés », et surtout « Changeons le système, pas le climat ». Il s’agit à présent de continuer. C’est dans l’action de long terme que nous démontrerons notre capacité. Dans les territoires fourmillent une pluralité d’initiatives locales, citoyennes et concrètes : alternatives à la nourriture industrielle, aux transports polluants, à la surconsommation, au système bancaire irresponsable, à l’épuisement des ressources, qui ne demandent qu’à être diffusées, adoptées et démultipliées. La dynamique Alternatiba, qui vise précisément à mettre en synergie ces alternatives sur les territoires et à rappeler aux dirigeants leurs responsabilités, gagne du terrain.

C’est aussi en allant démasquer les responsables et les dénoncer que nous serons de plus en plus à même de peser, comme ce qu’ont fait des milliers de militants de tous horizons (leaders indigènes, artistes, pacifistes, etc.) en paralysant de manière non-violente et déterminée le quartier de Wall Street à New York le lendemain de la marche pour dénoncer les impacts du système financier. Partout, les initiatives se déploient, comme ce jeudi 24 septembre où une centaine de paysans de la Confédération paysanne occupent le siège social de Cargill, première multinationale agro-alimentaire mondiale, pour s’opposer aux traités de libre échange TAFTA et CETA.

Ainsi, en construisant au jour le jour une transition juste, climatique, sociale et écologique, en s’engageant dans l’action constructive et la résistance non-violente et déterminée au système qui nous est imposé, nous devons continuer à avancer.

Les Amis de la Terre France, le 24 septembre 2014.

Contact presse : Caroline Prak - 06 86 41 53 43

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