Une expérience "prouvant" que la coexistence des filières OGM et non-OGM est possible a été menée dans le Gers...en théorie. La pratique est souvent très différente. Rappel.
Dans son édition du samedi 8 février, Sud-Ouest publiait un article intitulé "Maïs transgénique et non-OGM peuvent coexister". Extraits de l’article :
"L’essai a été placé sous le vent et nous avons fait concorder les périodes de floraison entre le maïs OGM et le non-OGM. Mais même en réunissant ces facteurs, on n’atteint pas le seuil de tolérance de 0,9% qui doit être discuté prochainement au Parlement. Les filières et les produits peuvent donc conserver leur spécificités". Une interaction qui a été mesurée tout au long de la production. Autrement dit du semis au silo. Ce qui englobe le transport, le stockage, le séchage... "Autant d’étapes sur lesquelles nous connaissons aujourd’hui l’impact ou le comportement de l’OGM, précise la responsable scientifique du projet. Et pour lesquels nous avons pu établir toute une série de protocoles et de procédures à respecter. Nous avons tout mesuré, jusqu’au nettoyage des camions. C’est une première en France." Résultat : les chercheurs disposent aujourd’hui de sérieux éléments pour assurer et développer la mise en culture de ce maïs Bt résistant à la pyrale. Une perspective qui ne devrait toutefois pas voir le jour sans une révision du moratoire qui réglemente l’usage des OGM. Un texte sur lequel font plus que s’exercer les "dents" du lobby semencier... Quoi qu’il en soit le comité scientifique qui a supervisé cet essai et auquel est associé l’INRA réfléchit déjà à la poursuite de cette expérience.
Dans le présent article, les Amis de la Terre se contentent de rappeler quelques exemples de coexistence non pacifique entre OGM et cultures traditionnelles. Combien de fois, les protocoles ne sont que des chiffons de papiers que personne ne respecte !
Nous assistons en ce moment à une grande offensive des industriels des biotechnologies. Les demandes d’autorisation de nouveaux OGM auprès de la Commission Européenne se multiplient ! Les Amis de la Terre s’attendent à ce que la "co-existence" des filières OGM et non-OGM soit un des prochains grands débats au sein de l’Union Européenne. Le lobby pro-OGM veut obtenir la levée du moratoire et s’ingénie à prouver que la co-existence des filières est possible. La publication des résultats de cette étude s’inscrit dans cette stratégie. Pourtant, cette expérience ne prouve pas grand chose si ce n’est qu’une fois de plus, les semenciers sont au-dessus des lois.
En effet, la directive 90/220 ainsi que sa transposition en droit français (loi du 13 juillet 92) sont très claires :"Toute personne a le droit d’être informée(...)"Ne peuvent être considérées comme confidentielles les informations (..) portant sur le but de la dissémination et le lieu où elle sera pratiquée." Cela n’empêche pas nos expérimentateurs d’avoir opéré dans le secret. En ces temps de répression dure contre les opposants aux OGM, il est important de rappeler que certains sont plus égaux que d’autres devant la loi !
Quant à cette expérience, elle n’a que la valeur théorique d’une expérience. Pas loin du Gers, en Navarre où beaucoup de maïs transgénique est cultivé, un maïs biologique a été pollué par l’événement Bt 176 qui provient du maïs transgénique commercialisé en Espagne sous le nom COMPA CB par la compagnie suisse Syngenta. Les agriculteurs peuvent acheter les semences sans fournir ni leur nom, ni leur adresse. Le décret d’autorisation du maïs Novartis précise pourtant que la firme doit donner au Ministre de l’Agriculture les noms et les communes des acheteurs. Pire même : personne n’est jamais venu visiter leurs exploitations dans le cadre du Plan de Contrôle et des visites prévues par la loi ! Légalement, une partie de chaque champ transgénique doit être ensemencée de maïs traditionnel pour jouer le rôle de zone tampon ; une certaine distance entre les champs d’OGM et ceux des voisins doit être respectée pour éviter les pollenisations croisées. En fait, les agriculteurs n’étaient pas informés de ces dispositions qu’ils doivent respecter, et procédaient avec les cultures OGM, comme s’il s’agissait de plantes traditionnelles...
Aux Etats-Unis, les Amis de la Terre on révélé l’affaire StarLink. Ce maïs exclusivement réservé à l’alimentation animale ou à la fabrication d’éthanol et qui ne devait en aucun cas se retrouver dans la chaîne alimentaire, a été retrouvé dans plus de 300 produits alimentaires à base de maïs et même au Japon et en Corée ! Une usine de corn flakes dut fermer parce que les minotiers ne pouvaient plus lui garantir que leurs stocks de maïs ne contenaient pas de maïs Starlink ! Là aussi, les consignes d’utilisation n’avaient été respectées ni par les vendeurs, ni par les agriculteurs, ni par les minotiers. Quant aux contrôles, n’en parlons pas !
La recherche du maïs contaminé a duré des mois et une partie est passée incognito dans la chaîne alimentaire. De plus, sans qu’il n’y ait pour l’instant d’explication, d’autres variétés de maïs jaune ont été contaminées, ainsi que des variétés de maïs doux, de pop corn et même du maïs blanc, alors que ce maïs est théoriquement bien séparé du maïs jaune lors de la culture, du traitement et de la distribution !
Un cas encore plus inquiétant s’est produit récemment aux Etats-Unis. On a dû détruire 500 000 tonnes de soja d’une valeur de 2,7 millions de dollars parce que ce soja avait été contaminé par un maïs modifié génétiquement pour produire un produit pharmaceutique ! Là aussi des protocoles, des procédures, des règlements avaient été prévus. Mais entre la théorie et la pratique...
Aujourd’hui, avec peu d’OGM cultivés, les cas de contamination sont déjà nombreux. Si on laisse faire le lobby pro-OGM, les cultures d’OGM vont se multiplier et la contamination sera inévitable ! De plus, il va très vite s’agir de plantes OGM, non plus à vocation alimentaire mais aussi de plantes-usines-chimiques ou de plantes-usines-pharmaceutiques. Et là, avec ces plantes qui synthétisent des médicaments (vaccins, hémoglobine, etc..) ou des produits destinés à l’industrie, il ne sera plus question d’accepter des seuils de contamination ! Qui accepterait du maïs à 1% de vaccin, à 0,8% d’agent coagulant ou à 0,5% d’huile industrielle ?
La question du contrôle des procédures et des procédures de contrôles, etc... se posera plus que jamais ; mais,
quelle confiance peut avoir le citoyen dans des administrations qui depuis 10 ans n’ont JAMAIS fait respecter la loi et le droit à l’information du citoyen, des administrations qui ont montré leur totale incapacité à contrôler la situation et à éviter les contaminations ?
quelle confiance le citoyen peut-il avoir dans des industriels qui refusent bec et ongles qu’un régime de responsabilité pénale leur soit imposé et qui, en cas de catastrophe, veulent jouir de la même impunité que les pétroliers ? Justement dans le Gers, il y a quelques années, les producteurs de soja bio ont vu leur production contaminée par des OGM. Qui a payé pour les préjudices énormes subis par ces petits agriculteurs bio ? Personne. Certains sont passés près de la ruine...
quelle confiance peut-on avoir dans des techniciens qui veulent introduire à tout prix une technique (le maïs Bt) alors qu’en Navarre, le très officiel Institut Navarrais de Recherches Agricoles (ITG-A) conseille aux cultivateurs de ne plus cultiver ces maïs Bt, car non rentables...
Non, cette expérience ne prouve qu’une chose. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient : promesses de transparence, promesses de non-contamination, promesses de rentabilité, etc...
En attendant, les Amis de la Terre maintiennent leur position : la France doit rester ferme, le moratoire doit être maintenu et la recherche doit se faire en milieu confiné, en laboratoire.
Pour tout contact :
Christian BERDOT
landes@amisdelaterre.org
A la lumière d’un rapport sur une expérience similaire menée au Danemark, les Amis de la Terre présentent les nombreux problèmes juridiques et financiers liés à la coexistence, dans l’article intitulé "La coexistence des filières OGM avec les filières conventionnelles et biologiques va coûter cher ! Les techniciens qui ont mené l’expérience dans le Gers, passent tous ces problèmes pudiquement sous silence... Qui va payer ces mesures, par exemple ? Faudra-t-il un inspecteur derrière chaque agriculteur ?